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Tech - Télécom

Scaleway (Iliad) perd son directeur général

L’activité cloud de l’opérateur de Xavier Niel change de tête dans un contexte de concurrence féroce avec Amazon et Google.

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ALAIN JOCARD

Les salariés de Scaleway ont appris la nouvelle vendredi 16 décembre de la bouche de Xavier Niel himself : le fondateur d’Iliad (actionnaire de l’Informé à titre individuel) leur a annoncé le départ surprise du directeur général, Yann Lechelle. Arrivé peu avant la crise du Covid en 2020, il avait fai...

Dans un message interne, Thomas Reynaud, directeur général d’Iliad souligne que le changement de gouvernance intervient pour « accélérer encore la stratégie de développement (...) Yann Lechelle, en tant que CEO, a joué un rôle structurant depuis 2020 dans cette dynamique. Il a géré avec succès, dès son arrivée, la crise de la Covid-19. Un nouveau CEO entrera en fonction l’année prochaine. Le comité de direction de Scaleway assurera la transition d’ici là, avec l’entier soutien du groupe Iliad ». L’objectif reste de peser face à Amazon (AWS), Google (Google Cloud) et Microsoft (Azur). Pour ce faire, les effectifs ont déjà triplé en quatre ans passant de 217 salariés en 2018 à plus de 600 salariés actuellement, dont la moitié de développeurs. Et une nouvelle vague d’embauche de 200 personnes est déjà prévue pour l’année prochaine.

Depuis 2018, le chiffre d’affaires a bondi de 71,8 millions d’euros à 94 millions d’euros fin 2021. L’entreprise espère boucler l’année 2022 à 100 millions d’euros… Mais cette croissance s’est faite au détriment de la rentabilité. La société a basculé dans le rouge en 2019 avec une perte de 3,1 millions d’euros en raison d’investissements dans le matériel et le recrutement. En 2021, Scaleway avait toutefois réduit ses pertes à 860 000 euros. Le groupe revendique près de 50 000 clients dont l’Université de la Sorbonne, l’Éducation nationale ou Deezer qui utilisent ses infrastructures à Paris, Amsterdam et Varsovie.

Selon nos informations, Xavier Niel réfléchit aussi à séparer les activités data center et cloud de Scaleway. La première entité pourrait regrouper tous les autres centres de données d’Iliad en Europe aujourd’hui situés en Pologne (UPC Polska) et en Italie. Cette réflexion en cours s’inscrit aussi dans un contexte de risque de récession mondiale en 2023.

Les géants américains comme Amazon ou Microsoft ont déjà commencé à licencier des salariés en masse. Selon le site Layoffs.fyi, quelque 986 sociétés du domaine de la tech ont annoncé 152 400 licenciements. Mais Scaleway estime que l’Europe pourrait être épargnée en raison de son retard dans la migration vers l’informatique dans les nuages.

Autre défi à relever, il reste difficile de convaincre les grands groupes, notamment ceux du CAC 40, de passer des contrats avec des entreprises européennes. Ils préfèrent bien souvent nouer des liens avec les Gafam, tout comme le font les administrations. En août dernier, Thomas Reynaud, directeur général d’Iliad, avait milité dans les Echos pour que Bruxelles lance un « Buy European Act ». Un dispositif « qui inciterait les administrations à passer au moins une partie de leurs contrats cloud à des acteurs européens qui maîtrisent la couche logicielle du cloud et qui ne se contentent pas de revendre des solutions non européennes ». Une attaque en règle contre les projets de Thales avec Google (S3NS), d’Orange et Capgemini avec Microsoft (Bleu) ou encore d’Atos avec Amazon.