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Santé

Mis en vente par Sagard, Nutrisens intéresse des fonds et… de gros industriels

Si le champion de la nutrition médicale vise plutôt l’entrée d’un autre investisseur financier, des géants du secteur lui font des appels du pied. Le nom de Danone est cité dans ce deal qui avoisinerait le demi-milliard d’euros.

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felipe caparros cruz / digicomphoto - stock.adobe.com

L’année s’annonce décidément bien remplie pour Sagard. L’investisseur contrôlé par la famille du milliardaire canadien Paul Desmarais a entamé la levée d’un nouveau fonds de LBO visant à réunir jusqu’à un milliard d’euros. Sur le plan transactionnel, le financier doit céder sa place d’actionnaire de référence du fabricant d’emballages médicaux Sterimed au profit du fonds IK. Il va également vendre ses parts dans le constructeur d’équipements aéroportuaires Alvest, à l’occasion de l’arrivée de PAI Partners. Le gestionnaire d’actifs vient aussi de réinvestir dans l’expert de la climatisation Climater et le laboratoire pharmaceutique vétérinaire Ceva, deux participations de longue date. Et ce n’est pas fini ! Sagard planche aussi sur une autre cession, celle de Nutrisens, industriel basé près de Lyon, qui produit des aliments pour des personnes âgées ou malades éprouvant des difficultés à ingérer normalement leur repas. Il en avait pris le contrôle en 2021 en rachetant les parts d’ Evolem, la holding familiale de Bruno Rousset, le fondateur du courtier en assurances April.

Selon nos informations, les enchères doivent en théorie débuter lors de la seconde quinzaine d’avril, sous l’égide de la banque d’affaires Amala Partners, et sur la base de « due diligences » préparées par Eight Advisory (pour le volet financier) et le BCG (pour les aspects stratégiques). Plusieurs sources laissent penser que l’entreprise pourrait être valorisée 13 à 14 fois son Ebitda, voire même un peu au-delà… Comme l’excédent brut d’exploitation s’établirait aujourd’hui entre 35 et 40 millions d’euros à la suite du rachat récent du brésilien Prodiet par Nutrisens, la valorisation du Lyonnais pourrait donc approcher le demi-milliard d’euros en cas de nouveau LBO, contre 140 millions d’euros en 2021. Les fonds de private equity sont sur les starting-blocks. Parmi les prétendants plus ou moins motivés figurent entre autres Ardian (via sa gamme de fonds « mid-cap » Expansion), Astorg, PAI, Cobepa, HLD ou même des fonds anglo-saxons du calibre d’Advent.

Un intérêt de Danone ?

Mais le sort du fabricant ne laisse pas non plus insensibles les acquéreurs industriels potentiellement capables de mettre le prix fort en tablant sur des synergies avec la cible. Cela n’est pas une première, puisque certains d’entre eux lorgnaient déjà l’entreprise il y a quatre ans. Si Sagard et Nutrisens semblent privilégier une nouvelle opération de LBO et ne pas avoir cherché à tester les grands groupes en parallèle, ils n’auraient pas totalement fermé la porte aux éventuelles déclarations d’amour. « Il y a eu des approches de la part de ce type d’acheteur, témoigne un proche du dossier. L’un d’entre eux a même travaillé plus que les autres. » Selon une source, ce dernier pourrait bien être Danone, qui serait même assisté d’une banque d’affaires (il s’agirait de Rothschild & Co) pour tâter le terrain. Interrogé par l’Informé, le géant agroalimentaire français se contente de répondre qu’il « ne commente pas les rumeurs et spéculations dont il fait souvent l’objet en tant qu’acteur majeur du marché ».

Le poids lourd du CAC est un acteur important dans la nutrition médicale. Un marché qu’il couvre au travers de sa marque Nutricia et qu’il a érigé parmi ses priorités… La perspective d’un rachat de Nutrisens aurait donc du sens. Mais il a aussi des projets d’acquisitions sur d’autres segments, comme l’activité eaux de Nestlé ou le spécialiste américain des probiotiques Lifeway - qu’il tente de croquer malgré la réticence de la cible. Et ses concurrents dans la nutrition médicale sont sérieux : Lactalis, Fresenius, Abbott ou Nestlé… L’intérêt de ce dernier pour Nutrisens était d’ailleurs lui aussi évoqué à un moment.

À la tête de près de 700 salariés, l’industriel lyonnais aborde ce changement d’actionnaire alors qu’il ambitionne d’atteindre les 250 millions de chiffre d’affaires en 2025, en tenant compte de son acquisition récente au Brésil. Les ventes ont ainsi presque doublé depuis 2022. La moitié de son activité est générée dans le « medical food » - de la nourriture normale par exemple transformée en purée ou en eau gélifiée pour permettre aux personnes âgées ou malades de s’alimenter. L’autre moteur de la croissance du groupe, dont le développement est plus récent, se trouve dans la nutrition clinique : Nutrisens produits des concentrés ou des compléments alimentaires adaptés à certains types de patients - comme par exemple des personnes souffrant d’allergies alimentaires, de maladies chroniques ou de cancers, ou ayant fait l’objet d’une intervention chirurgicale digestive (notamment pour pallier des problèmes d’obésité). L’entreprise est en train d’achever la construction d’un nouveau site de production en Espagne, le septième en Europe. Il sera dédié aux formes liquides.