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Continuer la lectureRolex volées, villa impayée... un candidat de téléréalité condamné pour des escroqueries en série
Pierre Garric, ancien participant à la Villa des cœurs brisés, vient d’être condamné à 36 mois de prison dont 28 avec sursis. Même le juge s’est montré incrédule face à la longue liste de ses méfaits.
Le 20 juin dernier, c’est dans une tenue des plus sobres que Pierre Garric s’est présenté au tribunal correctionnel d’Aix en Provence. Ensemble noir et veste grise, le jeune homme fait profil bas. Ces derniers mois, cet ancien candidat de téléréalité a pourtant habitué à plus de faste : vêtements de marques, voiture flambant neuve… Il épatait. Pour mieux duper. Comme l’Informé l’a révélé, l’instagrameur aux 45 000 abonnés est accusé d’avoir perpétré des escroqueries en série dans la région Paca. Devant la juridiction aixoise, le sudiste a reconnu la quasi-totalité des faits. « Je sais qu’il est complètement inconscient d’avoir commis autant de délits en une si courte période… j’essayais d’impressionner tout le monde », a-t-il murmuré, penaud. Mais l’acte de contrition n’a pas suffi à attendrir le tribunal : il vient d’être condamné à 36 mois de prison dont 28 avec sursis. À cela s’ajoutent 4 mois de sursis datant d’une ancienne condamnation, portant sa peine de prison ferme à un an. Le jeune homme devra aussi indemniser ses victimes et se plier à une obligation de travailler ou de suivre une formation.
Lorsque l’Informé a recueilli des témoignages de personnes arnaquées, en novembre dernier, toutes décrivaient le même mode opératoire : l’aigrefin repérait des vendeurs de montres de luxe sur Leboncoin et leur proposait de les rencontrer pour acheter leur bijou. À coups de bonnes manières, l’ex participant à la Villa des cœurs brisés les charmait et arrivait à les convaincre d’abandonner leur toquante hors de prix contre une « preuve de virement »… Mais la somme n’arrivait jamais sur le compte des intéressés, et pour cause : le document était un faux. Jean* a ainsi vu s’envoler une Rolex à 30 000 euros, Adam* a perdu un bijou à 9 000 euros, Thomas* a fait le deuil d’une Hublot à 6 300 euros et Marc*, celui d’une Rolex à 4 600 euros. Fin 2022 déjà, le conseil d’une victime, Cédric Freydier, confiait à l’Informé avoir recensé de nombreux autres malheureux et prédisait un « dossier important ».
Abus de confiance et filouteries
L’avocat a eu le nez creux. Il s’avère que les méfaits de l’influenceur ne se limitent pas au vol de montres, loin s’en faut : Pierre Garric a été reconnu coupable d’une longue liste d’escroqueries diverses et variées. Voyez le tour qu’il a joué à Arnaud*, chauffeur VTC. En 2020, le conducteur reçoit une demande au nom de « Pierre Borel » pour effectuer un trajet de Paris à Nantes. Pour cette longue course, les deux hommes se mettent d’accord sur la somme de 1 200 euros, versée par virement. Lors du voyage, Garric – puisque c’est bien sûr de lui qu’il s’agit - est accompagné de deux jeunes filles et mentionne plusieurs fois au chauffeur sa participation à La Villa des cœurs brisés. Mais, faut-il s’en étonner, l’argent n’arrivera jamais sur le compte d’Arnaud. « Au départ, il m’a expliqué que le retard de paiement était dû au fait que son compte bancaire était basé à Dubaï, puis il a changé de ton et m’a accusé de vouloir l’arnaquer et être payé deux fois », se souvient, estomaqué, le professionnel.
De la même façon, le jeune homme est mis en cause par un hôtel tropézien dans lequel il a séjourné une nuit avec des amis, sans jamais payer la facture. Cette dernière avoisinait 1 400 euros tout de même, dont 880 euros dépensés en nourriture et alcool. Pire encore, Garric a avoué avoir loué pour lui et ses amis une villa de luxe dans le sud de la France à 40 000 euros la semaine… sans jamais régler la société propriétaire des lieux. De son côté, Edgar*, gérant d’un magasin de location de matériel audiovisuel à Aix-en-Provence, n’a jamais revu les enceintes que lui a louées Pierre Garric. Le préjudice du commerçant avoisine 4 000 euros.
Les méfaits de notre homme ne s’arrêtent pas là : l’ex-vedette de téléréalité était également poursuivie pour avoir soutiré 550 euros à un internaute qui lui avait acheté une console de jeux vidéo sans jamais la recevoir. Il a également reconnu avoir acquis deux places VIP pour un grand prix de formule 1 à hauteur de 700 euros, sans jamais payer le vendeur. Enfin –comme si les talents du garçon étaient sans limite– il a avoué avoir profité de la naïveté d’un internaute prêt à lui verser 1 500 euros pour obtenir une certification Instagram… que Garric n’était bien sûr pas en mesure de fournir. Ah, et n’oublions pas le vol d’un bracelet Cartier d’une valeur de plus de 1 000 euros, jamais versés au vendeur. Toutefois, l’avocate du jeune homme, Marylou Diamantara, a indiqué qu’il avait le matin même de l’audience rendu le bijou à la gendarmerie.
« Ça ne pouvait que mal finir »
Lors de l’exposé de l’ensemble des faits, le président de la juridiction est resté circonspect devant le mode opératoire de Garric. « À chaque fois, vous donnez votre carte d’identité avec votre nom, il y a une sorte de fuite en avant quasi-suicidaire dans vos escroqueries. Ça ne pouvait que mal se finir… Vous réfléchissez à ça ? » a-t-il demandé, incrédule. « Pas avant, mais maintenant, oui », a alors lâché l’escroc dans un souffle. Quant à l’expertise psychologique du garçon, elle a écarté toute disposition pathologique : Garric ne serait pas malade, mais disposerait d’une « intelligence pratique et concrète », tout en n’étant que « peu ouvert à l’introspection ». « Il est difficile de se fier à vos propos car il vous arrive de ne pas dire la vérité », a ironiquement relevé le président, pointant à plusieurs reprises des divergences entre les explications avancées par l’accusé et la réalité des faits.
Évoquant tour à tour un dur retour à la réalité après sa participation à La villa des cœurs brisés ou encore le décès de son père en 2021, l’instagrameur a tenté d’expliquer ses actes par son mal-être. Son avocate a ainsi longuement raconté le monde cruel de la téléréalité, qui « propulse des anonymes en célébrités » et « fabrique des Pierre Garric en puissance ». Dans son réquisitoire, le Procureur de la république a contesté ce lien de cause à effet, rappelant le casier bien rempli du prévenu déjà jugé antérieurement pour falsification de chèque, escroquerie, vol, ou encore usurpation d’identité. « Monsieur Garric, vous n’êtes pas une victime. Les victimes, elles sont autour de vous », a-t-il asséné en pointant les trois personnes qui s’étaient déplacées pour l’audience.
Le juge a finalement condamné l’ex personnalité publique à 36 mois de prison dont 28 avec sursis. À ces 8 mois de prison ferme s’ajoutent 4 mois de sursis datant d’une précédente condamnation, portant la peine ferme définitive à un an. Le procureur avait bien requis cette peine, assortie d’un aménagement avec le port d’un bracelet électronique, afin que le jeune homme puisse « continuer à travailler » Son avocate a d’ailleurs souscrit à cette proposition, indiquant que son client occupait actuellement un poste dans un restaurant aixois. « Il faut le laisser dehors pour réparer, pour assumer. En faisant ce choix de la confiance, vous le contraindrez à reprendre sa vie en main. » a-t-elle conclu. Dans une dernière prise de parole, Pierre Garric s’est enfin excusé auprès de ses victimes.
« Je savais que cette relation tournait autour de l’argent »
À noter que l’influenceur a été relaxé pour deux autres faits qui lui étaient reprochés et qu’il avait contestés. Le premier concernait une affaire d’achat de billets VIP pour un match PSG/OM. Le deuxième s’apparentait à une arnaque sentimentale. Lors de l’audience, Franck* a ainsi expliqué avoir été contacté en 2021 par Pierre Garric sur Instagram. Au fil de leur discussion, les deux hommes sont devenus proches et une relation quasi-amoureuse se serait installée, toujours à distance. Après quelques semaines, l’ex participant à La villa des cœurs brisés aurait expliqué à son correspondant être bloqué au Maroc, lui demandant de lui payer deux billets d’avion pour rentrer. L’un pour lui, l’autre pour sa « cousine ». Sa compagne de l’époque, en réalité.
Selon Franck, c’est le début d’une spirale : l’influenceur réclame toujours plus d’argent et de cadeaux à son bienfaiteur, jusqu’à ouvrir lui-même un crédit de plus de 30 000 euros au nom du quinquagénaire, afin d’acheter une Audi A3. Lors de l’audience, le jeune homme a contesté avoir fait quoi que ce soit sans l‘accord de Franck. Le président lui a tout de même demandé s’il admettait avoir « profité de sa gentillesse ». « Bien sûr », lui a répondu Garric. Et d’ajouter : « Je savais que cette relation tournait autour de l’argent ». Le tribunal correctionnel d’Aix-en-Provence a finalement relaxé Pierre Garric pour ces faits. « Assez sceptique » devant cette décision, Maître Molines estime qu’il y avait pourtant « suffisamment d’élément matériel dans le dossier pour condamner M. Garric ». « Reste à voir si le parquet fera appel de cette relaxe partielle », conclut l’avocat.
*Les victimes sont citées sous couvert d’un prénom d’emprunt.
Contactés, Pierre Garric ainsi que son conseil Me Diamantara n’avaient pas répondu à nos sollicitations à la publication de cet article.