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Médias - Culture

Les Anges de la téléréalité, la très mauvaise affaire d’Arthur. Partie 1

Rachetée par l’animateur pour 6,6 millions d’euros, la société de production de l’émission a été plombée par des scandales. Depuis, la célébrité multiplie les procès. Première partie d’une enquête en deux volets.

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Foc Kan WireImage / Getty Images

Ce 30 août 2019, après plus de dix saisons toutes plus agitées les unes que les autres, les trois producteurs des Anges de la téléréalité se séparent. Thibaut Valès, Jérémy Michalak et Alexandre Dos Santos (alias Zuméo) viennent de céder leur société de production la Grosse Equipe pour 6,6 millions d’euros à Satisfaction group, détenu par l’animateur et homme d’affaires Arthur. Le quinquagénaire du Paf met ainsi la main sur un catalogue riche en cris, larmes et coups de foudre sur la plage, avec les Anges (programme star de NRJ12), Hollywood Girls, Les incroyables aventures de Nabilla et Thomas en Australie ou encore Allô Nabilla. Il devient du même coup propriétaire des célèbres répliques de cette influenceuse : « Allo ! T’es une fille t’as pas de shampoing c’est comme si je dis t’es une fille t’as pas de cheveux ». Une marque déposée, tout comme le non moins célèbre « Allo, non mais allo quoi ». Sic.

Pour le trio, cette vente tombe à pic. D’abord, leurs relations ne sont plus au beau fixe, Alexandre Dos Santos n’est même pas présent le jour de la vente et veut se consacrer à l’écriture. Ensuite, la dernière saison diffusée des Anges accuse une baisse d’audience, signe d’un essoufflement. Arthur le sent. Après avoir fait une première offre à 10,5 millions d’euros, il révise sa proposition de près de 4 millions en moins en raison d’un chiffre d’affaires 2019 attendu en deçà des prévisions (9,5 millions d’euros au lieu de 12 millions). Les trois associés acceptent tout de même le deal. L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais au pays de la téléréalité, les rebondissements et les crises ne sont jamais très loin. Trois ans plus tard, voilà tout ce beau monde prêt à s’écharper devant le tribunal de commerce de Paris. Selon nos informations, le présentateur de Vendredi tout est permis estime avoir été trompé lors de ce rachat (un « dol » dans le jargon des juristes), et réclame aujourd’hui 4,8 millions d’euros au trio en réparation du préjudice subi. Il juge avoir été victime de « déclarations mensongères dans le cadre de la cession » et dénonce « l’absence d’informations concernant les accusations graves proférées par des participantes des émissions produites antérieurement à la cession ».

Tout s’est envenimé en avril 2021, quand d’anciennes candidates révèlent les conditions de tournage qu’elles ont vécues, bien avant le rachat de la société de production par Arthur pour certaines. Sur Instagram, elles dénoncent du harcèlement lors des enregistrements. Trois d’entre elles, Angèle Salentino, Rania Saidi et Nathanya Sion, sont même invitées à s’exprimer sur le plateau de Touche pas à mon poste ! de Cyril Hanouna quelques jours plus tard, et affirment que de l’alcool et de la cocaïne ont été « fournis par la production » lors de tournages. La presse s’empare de l’affaire. Mediapart révèle qu’une participante, Aurélie Preston, avait porté plainte contre la Grosse Equipe en 2016 après qu’un candidat lui a jeté de la javel au visage. Une affaire clôturée depuis. Devant cette mauvaise publicité, NRJ12 refuse de reconduire l’émission une année de plus. Les audiences déclinantes et les difficultés de production en pleine pandémie jouent aussi.

Tout n’est pas terminé pour autant car la Grosse Equipe et la chaîne de la TNT sont liées par un accord-cadre de 30 millions d’euros sur trois ans, qui ne prend fin qu’en décembre 2021. La chaîne commande donc une nouvelle création. La série de fiction quotidienne Influences débute le 20 septembre 2021 mais elle n’attire pas les foules. L’épisode 30, titré Naufrage, était prémonitoire. La voilà donc déprogrammée au bout de trois semaines seulement et, cette fois, NRJ12, libérée de tout contrat, ne passe aucune nouvelle commande. Une très mauvaise nouvelle pour Arthur car le diffuseur pouvait représenter jusqu’à 90 % du chiffre d’affaires annuel de la Grosse Equipe. Perdre ce client revient à tout perdre. Inacceptable pour l’animateur de TF1 qui décide alors de se retourner contre les anciens propriétaires en leur réclamant 4,8 millions d’euros de préjudice. Selon nos informations, il assigne également la chaîne de la TNT pour avoir rompu le contrat sans avoir respecté le préavis légal et lui réclamerait 6 millions d’euros. Interrogé, le groupe NRJ n’a pas souhaité faire de commentaires.

De leur côté, Thibaut Valès, Jérémy Michalak et Alexandre Dos Santos ripostent. Ils jugent qu’Arthur fait preuve « de mauvaise foi » en avançant dans sa plainte de « prétendus manquements » dont certains concernent des événements survenus bien après la cession de la Grosse Equipe. Dans une lettre datant de mai 2021 adressée à Satisfaction et fournie à la justice, Thibaut Valès rappelle qu’un audit a été réalisé durant plus de six mois avant de conclure la transaction. « La plupart des plaignantes n’a pas tourné sous notre direction » et évoquent des faits « qui auraient été perpétués sous votre direction ! ». Et d’ajouter : « la vérité est que c’est votre seule responsabilité qui est en cause et que si l’image des Anges est dégradée, elle est de votre fait ».

Afin d’appuyer sa démonstration, Valès rappelle qu’en mars 2021, deux candidats avaient pris à partie le maire de Saint-André à la Réunion et sa famille. Cette bagarre est « advenue sous votre unique direction et responsabilité », pointe-t-il. Le tournage avait été alors annulé puis déplacé à Saint-Domingue en République Dominicaine. « Vous ne pouvez pas sérieusement imaginer faire supporter et payer [aux anciens propriétaires] de La Grosse Equipe les conséquences de dommages dont l’origine est de votre fait », conclut la lettre. Le trio s’étonne également que cette procédure intervienne plus de deux ans après la vente et demandent que Satisfaction soit débouté de ses demandes et condamné.

Contactés, Thibaut Valès, Jérémy Michalak et Alexandre Dos Santos n’ont pas souhaité s’exprimer sur cette affaire tandis que Satisfaction indique ne « rien pouvoir communiquer sur les dossiers en cours d’instruction ».

Avec une fortune évaluée à 500 millions d’euros selon le magazine Challenges et sept sociétés de production réunies sous Satisfaction Group, Arthur connaît très bien le monde de la téléréalité. Parmi ses réalisations, on retrouve la Villa des cœurs brisés ou la Bataille des couples.


Quand Arthur refuse de payer 1,3 million d’euros

Il était le seul des trois actionnaires à être resté après la cession de la Grosse Equipe. Thibaut Valès a accompagné le staff d’Arthur jusqu’à fin 2020 en tant que consultant et devait toucher pour cela un complément de prix de 1,3 million d’euros le 10 janvier 2021. Il n’en a rien été. Satisfaction a refusé de lui verser cette somme avant que ne soit tranchée l’affaire racontée dans cet article. Valès a donc saisi la justice et obtenu gain de cause en première instance en février 2022. Le dossier se poursuit en appel. Jérémy Michalak et Alexandre Dos Santos, partis en 2019, affirment avoir découvert à l’occasion de cette procédure le chèque promis à leur ex-ami et demandent aujourd’hui à toucher un tiers chacun de cette somme, soit 438 333 euros.