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Médias - Culture

Kaamelott : la longue bataille d’Alexandre Astier contre son producteur historique

Alors que le deuxième long-métrage inspiré de la série culte sort en salle ce mercredi, son acteur phare reproche toujours à Calt Production de l’avoir spolié sur les premières saisons.

L'auteur et réalisateur de Kaamelott, Alexandre Astier, interprète le rôle du roi Arthur, en 2006, lors du tournage de la série diffusée sur M6.
L'auteur et réalisateur de Kaamelott, Alexandre Astier, interprète le rôle du roi Arthur, en 2006, lors du tournage de la série diffusée sur M6. MARTIN BUREAU / AFP

Ce mercredi sort en grande pompe le film Kaamelott, une adaptation sur grand écran de la série culte. Il s’agit du second volet d’une trilogie, quatre ans après un premier long-métrage conçu, interprété et réalisé par Alexandre Astier qui avait connu un succès retentissant avec 2,6 millions d’entrées...

Mais selon nos informations, derrière cette sortie tant attendue se joue un conflit sur les droits de la série Kaamelott, toujours rediffusée sur les chaînes du groupe M6 - en ce moment, le lundi soir sur 6Ter. L’Informé révèle en effet qu’une procédure en justice est en cours entre Alexandre Astier et le producteur historique de la série. Considérant qu’il aurait dû toucher une plus grosse part du gâteau, l’interprète du roi Arthur a, via sa société Dies Irae, assigné en référé fin 2024 la société Calt Production, une filiale du groupe Robin & Co basé à Clichy (Hauts-de-Seine), devant le tribunal de commerce de Nanterre. Il demande à la juridiction de reconnaître qu’il détient 50 % des droits, là où il n’en possède actuellement que 30 %. Considérant qu’il n’y avait pas d’urgence à juger cette affaire en référé, le tribunal de commerce de Nanterre a rejeté l’assignation de la société d’Alexandre Astier, dans un jugement du 1er juillet. Mais l’affaire se poursuit au fond. Le tribunal de Nanterre s’est déclaré incompétent, et, dans une décision du 16 septembre, a renvoyé le dossier auprès du tribunal des affaires économiques de Paris.

Il faut dire que l’accord initial conclu avec Calt était très défavorable à Alexandre Astier. Signé en 2004 pour la première saison diffusée en 2005 sur M6, il prévoyait que sa société Dies Irae ne détienne que 15 % des droits, et donc des recettes, contre 85 % pour le producteur. Résultat : en 2005, Dies Irae a engrangé un chiffre d’affaires de seulement 383 000 euros. Face au carton de la série, Alexandre Astier a progressivement renégocié des termes plus avantageux. Un avenant en 2006 lui a accordé 30 % des droits. Enfin, un autre en 2007 pour la 6e et dernière saison lui en a octroyé 50 %. « Par la suite, les relations entre Dies Irae et Calt se dégradent, aucun nouvel épisode n’est produit », indique le jugement du tribunal.

Depuis, Alexandre Astier s’est lancé dans un long combat pour revoir à la hausse sa part sur les cinq premières saisons, afin d’atteindre les 50 % obtenus lors de la sixième saison. Calt faisant la sourde oreille, le créateur de la série a notamment écrit à M6 pour se plaindre de son ex-producteur. En 2020, il a retiré le mandat de commercialisation de la série à Calt, qui a malgré tout continué à vendre le programme aux chaînes de télévision. Calt a même signé un contrat concernant la série avec sa nouvelle maison mère, le groupe Fédération Entertainment, qui a racheté Robin & Co début 2022 sur une valorisation de 17 millions d’euros.

Finalement, en février 2024, Calt a enfin accepté d’octroyer 20 % de droits supplémentaires à Astier sur les cinq premières saisons. Mais jugeant ce geste trop tardif, la star a décidé de saisir la justice consulaire pour récupérer le manque à gagner correspondant aux années durant lesquelles les pourcentages étaient moins élevés. De son côté, Calt lui réclame au moins 5 000 euros de dommages pour l’avoir dénigré auprès de M6.

Le conflit n’est donc pas soldé à l’heure où le film est projeté dans les salles. C’est d’ailleurs ce bras de fer qui pourrait expliquer le temps mis pour adapter Kaamelott sur grand écran, en dépit des appels du pied des fans de la première heure. En effet, la société d’Astier, Dies Irae, avait initialement signé en 2008 un accord pour faire le film avec une société sœur de Calt, Monkey Pack Films, sans finalement aboutir. Puis, en 2013, le réalisateur avait dévoilé au grand jour ses bisbilles avec son producteur. Dans une publication ensuite supprimée, il révélait, excédé, que le blocage était dû à un différend sur le partage des droits, avant d’effacer le message. « C’est la gerbe », y fulminait-il, étrillant au passage des contrats le forçant à « travailler dans un contexte ridicule ». « La situation a tellement changé depuis 2004 qu’il me semble impensable de me lancer dans dix ans de production (une trilogie cinéma et un spin-off Résistance) dans de telles conditions », ajoutait-il.

Deux ans plus tard, en 2015, les deux parties avaient toutefois trouvé un compromis. Un accord entre Dies Irae et Calt avait été signé, convenant que les adaptations au cinéma seraient confiées cette fois à Regular, la société détenue majoritairement par Astier. En pratique, Calt et Dies Irae vendaient les droits d’adaptation à Regular pour 4,5 % du coût du film (soit 2,25 % chacun), plus un tiers des recettes nettes part producteur (RNPP), c’est-à-dire l’argent restant après tous les reversements aux exploitants de salles, aux distributeurs, etc. Au total, les dépenses pour l’« achat des droits d’adaptation de l’œuvre d’origine », s’élèvent pour les trois films à 1,8 million d’euros, dont 900 000 euros vont à Dies Irae et 900 000 à Calt.

Alexandre Astier va aussi toucher une somme conséquente en tant que réalisateur et scénariste de la trilogie. Contractuellement, il perçoit un minimum garanti de 612 500 euros pour la réalisation des trois films, plus un million d’euros pour son travail sur le scénario. Des sommes auxquelles s’ajoute une rémunération proportionnelle aux entrées en salles, et son salaire de comédien, qui n’est pas connu. Dans ces fresques aux très nombreux personnages, les cachets des acteurs s’élèvent à plus de 2 millions d’euros pour les trois films, dont plus de 820 000 euros rien que pour ce deuxième volet. La rémunération des « guests » étrangers s’élève en outre à 152 825 euros, dont celle du chanteur Sting qui apparaît dans le dernier opus. Les spectateurs n’y verront en revanche pas une des figures de la série, Perceval, incarné par le comédien Franck Pitiot, qui a quitté le projet. Un des nombreux mystères qui entourent la trilogie.