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Continuer la lectureRenault : le patron de la branche Mobilize débarqué
Le dirigeant italien Gianluca de Ficchy dirigeait les services financiers du constructeur depuis 2023. Il fait les frais de la reprise en main du groupe par François Provost, le successeur de Luca de Meo.
La valse des dirigeants continue chez Renault. Directeur général de Mobilize, structure qui chapeaute la florissante banque de Renault, RCI Banque SA, Gianluca de Ficchy a été brusquement remercié lundi 12 octobre, selon nos informations. Interrogé, le groupe de Boulogne-Billancourt se borne à confirmer qu’il « est effectivement absent depuis cette date. La directrice juridique, Quitterie de Pelleport, assure l’intérim. » Figure historique de la marque au losange, Gianluca de Ficchy avait repris de l’envergure sous la direction générale de Luca de Meo. Mais le successeur de ce dernier, François Provost, affirme avec ce nouveau départ une vision différente, après avoir déjà remodelé son comité de direction en septembre avec les sorties de l’emblématique patron de Dacia, Denis Le Vot, et du DRH Bruno Laforge.
La marque Mobilize regroupe deux branches distinctes : les services financiers dans « Mobilize Financial Services » (MFS) et les investissements d’avenir au sein de « Mobilize Beyond Automotive », qui abrite les services au-delà de la mobilité, des bornes de recharge aux quadricycles 100 % électriques Duo et Bento, en passant par des start-up et d’autres projets « data ». Patron de l’ensemble, Gianluca de Ficchy était aussi président non exécutif des activités de financement.
En tant que banque historique de Renault, MFS est supervisée par la Banque centrale européenne et pilotée par des experts chevronnés de la régulation bancaire. « Au prétexte que la structure était régie par d’autres règles que celles du groupe Renault, de Ficchy était assez franc-tireur dans sa stratégie sur les nouvelles mobilités, remarque une source interne. Il décidait d’investir dans des nouveaux business que le reste du groupe n’avait pas forcément envie de soutenir. Il y a eu quelques errements stratégiques. » De fait, les nouveaux services de mobilité n’ont jamais vraiment décollé : ils représentaient 69 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024, un grain de sable à l’échelle du groupe. Mais ils cumulaient les déficits : 35 millions d’euros en 2023 et 28 millions l’année dernière. « Il y a effectivement un certain nombre de projets qui sont questionnés », confirme un proche du dossier.
Au-delà, c’est surtout le style de management « brutal » du patron de Mobilize qui expliquerait son départ, affirment plusieurs sources en interne. « Il est beaucoup trop dur avec ses équipes, rapporte une source. Ce n’est pas du tout en accord avec les valeurs que veut porter l’entreprise. » Proche de l’ancien directeur Luca de Meo, Gianluca de Ficchy n’avait pas été inquiété jusqu’ici par les signalements transmis à la DRH. Mais l’arrivée de François Provost cet été à la tête du groupe aurait changé la donne, celui-ci affirmant « vouloir rompre avec les managements toxiques ».
Une des solutions privilégiées, aujourd’hui, pour succéder à Gianluca de Ficchy serait de répartir ses fonctions en interne, selon nos informations. Dans ce schéma, la supervision de la banque reviendrait sous la responsabilité directe du directeur financier de Renault, Duncan Minto. « On reviendrait à l’organisation qui prévalait à l’époque de Carlos Ghosn où la directrice financière Clotilde Delbos avait aussi la tutelle de la banque », remarque une source proche du dossier. Les nouveaux services de mobilité logés chez Mobilize seraient, eux, repris par Eric Laforge, un ancien de Fiat (Stellantis) qui a rejoint Renault en février dernier comme directeur des services commerciaux. « Ce serait le signe d’un changement de vision et d’objectifs, estime-t-on en interne. Avant, on pensait que ces nouveaux business de recharge électrique, de véhicules partagés et de véhicules de livraison du dernier kilomètre étaient surtout des sujets financiers. Aujourd’hui, il s’agirait de les rattacher à la partie commerce car leur utilité est avant tout de soutenir les ventes de véhicules et de services associés. »
Le départ de Gianluca de Ficchy est, en tout cas, un coup de tonnerre chez Renault, en raison des enjeux financiers de RCI Banque : cette captive financière est la cash machine du groupe automobile. Elle a dégagé 1,3 milliard d’euros de marge opérationnelle en 2024, soit près d’un tiers des bénéfices d’exploitation de Renault. Et ce changement intervient alors qu’un accord structurant était sur le point d’aboutir entre Mobilize et la banque espagnole Santander : un projet de coentreprise dans le leasing en négociation depuis plus de deux ans. Un sujet qui intéressait de Ficchy au plus haut point - un peu trop ? En tant que président de conseil d’administration, il n’était pas censé gérer l’activité au jour le jour de la banque, qui avait par ailleurs un directeur général très expérimenté, en provenance de Santander justement, Martin Thomas.
L’éviction du patron de Mobilize ne remettrait toutefois pas en cause l’accord. « Le leasing reste un axe de développement structurant pour le groupe, et en particulier sur les marchés étrangers, assure une source au fait des négociations. L’accord sur une JV n’est pas simple et prend du temps, mais les discussions avec Santander continuent. » Le projet continue néanmoins de susciter des critiques en interne : le leasing est perçu comme une activité d’avenir très rémunératrice, qu’il conviendrait de ne pas partager avec des entreprises extérieures. Par ailleurs, ce rapprochement avec une banque espagnole plutôt que française ne semble pas des plus pertinents pour le constructeur dont le premier actionnaire est l’État français (15,01 % du capital). Notamment parce qu’il pourrait avoir un coût en termes d’emplois en France. 300 postes seraient en effet menacés en cas de signature du deal, affirment plusieurs sources internes.
Gianluca de Ficchy n’avait pas répondu à nos questions à l’heure de notre publication.