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Industrie

Saur, le 3e distributeur d’eau en France, va changer de main

Le sort du challenger de Veolia et Suez agite le marché. Son actionnaire majoritaire, le fonds suédois EQT Partners, discute avec plusieurs fonds en vue de la cession de 49% du capital.

Patrick Blethon
Patrick Blethon ERIC PIERMONT / AFP

L’avenir d’un acteur tricolore stratégique se joue en ce moment même : Saur, numéro trois de la distribution d’eau dans l’Hexagone, est sur le marché et les discussions s’accélèrent. Le fonds EQT Partners, détenteur de la majorité du capital, cherche à réduire sa participation et travaille depuis plusieurs semaines à la cession d’un bloc de 49%. Selon nos informations, le dossier intéresse différents financiers. Deux candidats ont choisi de faire équipe ensemble et semblent bien placés : il s’agit du fonds de pension néerlandais PGGM et de Swiss Life Asset Management, la filiale de gestion d’actifs de l’assureur helvétique. Mais d’autres noms circulent également. Parmi eux, le fonds de pension canadien Omers, JP Morgan Asset Management (par l’intermédiaire de son activité de fonds d’infrastructure), ou même l’assureur français Predica (filiale du Crédit Agricole).

L’affaire avait aussi de quoi séduire des industriels, comme l’allemand Rethmann, présent dans le secteur via sa filiale Remondis. En embuscade, le groupe d’outre-Rhin aurait ainsi manifesté son intérêt auprès d’EQT ces dernières semaines. Contacté, le conglomérat précise qu’il « ne commente jamais les rumeurs de  marché ». Au printemps 2021, il avait déjà tenté une incursion sur le marché français en proposant d’entrer au capital de Suez, à l’occasion de l’OPA de Veolia. En vain. EQT Partners et Saur ne livrent aucun commentaire sur les discussions.

En juillet, l’hypothèse d’une vente de près de la moitié du capital par EQT avait été révélée par Les Echos. Le quotidien avait alors avancé une valorisation globale de 3,5 à 4 milliards d’euros, sachant que le suédois avait pris le contrôle de Saur pour environ 1,5 milliard d’euros en 2018. La période est plutôt favorable à l’opération : le groupe affichait en 2021 un chiffre d’affaires de 1,7 milliard d’euros, pour un Ebitda de 247 millions d’euros. Sa dette nette s’élève quant à elle désormais à 870 millions d’euros, contre 974 millions un an plus tôt. L’opérateur revendique 20 millions de résidents desservis en eau dans le monde et, sur le marché français (deux tiers de son chiffre d’affaires), l’entreprise a plutôt bénéficié de la guerre Veolia-Suez : l’outsider a par exemple raflé, en mars, le marché de la production et la distribution de l’eau de la métropole de Saint-Etienne, bastion de Suez depuis 30 ans. Il avait également gagné fin 2020 le service de l’eau de 32 communes de la communauté d’agglomération Saumur Val de Loire fin 2020. Il assure aussi le service de l’eau pour les villes d’Agen, Biscarosse ou Marmande.

Pour rappel, Saur revient de loin. Après avoir frôlé la faillite en 2013, plombée par une dette colossale dépassant 1,6 milliard d’euros, l’entreprise avait obtenu in extremis un refinancement auprès des banques. Elles en sont alors devenues propriétaires, jusqu’au passage de relais à EQT, cinq ans plus tard. Le groupe, aujourd’hui présidé par Patrick Blethon, a remonté la pente. Il compte 12 000 salariés dans le monde et a depuis procédé à plusieurs acquisitions importantes comme les sociétés portugaise Aquapor et néerlandaise Nijhuis Industries. En mai, il a annoncé son intention de racheter - pour 190 millions d’euros - la division européenne Mobile Water Services de Veolia, contraint de la céder pour respecter les règles antitrust de la Commission européenne.