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Industrie

Cybersécurité : pourquoi l’ogre ChapsVision débarque en Bretagne

La société d’Olivier Dellenbach, nouveau poids lourd du secteur après des rachats en série, entend se développer auprès du privé comme du public dans cette région stratégique.

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Przemek Klos / Przemek Klos - stock.adobe.com

ChapsVision part à la conquête de l’Ouest. Selon nos informations, la société de sécurité informatique se prépare à ouvrir une antenne à Rennes. Objectif : capitaliser sur son rachat de la branche cyber de Risk & Co, spécialisée dans la cybersécurité des systèmes industriels (SCADA), pour proposer ses services aux entreprises de la région. Parmi ses cibles figurent le secteur agroalimentaire (Lactalis), l’automobile (Stellantis) et la grande distribution (Leclerc), mais également l’armement, le transport maritime et terrestre, ainsi que l’industrie pétrolière et gazière. Elle compte aussi bénéficier de l’entrée en vigueur de la directive européenne NIS 2, qui renforce les obligations des entreprises en matière de sécurité informatique.

ChapsVision entend simultanément se rapprocher des clients de l’ex-branche cyber de Risk & Co, comme la Direction générale de l’armement - maîtrise de l’information (DGA-MI) à Bruz, Naval Group (lire notre article précédent ici) à Brest et Lorient, ainsi que plusieurs collectivités et opérateurs publics locaux. Selon nos sources, l’entreprise aimerait enfin s’appuyer sur sa collaboration avec la DGA pour faire affaire avec CS Group et Orange Cyberdéfense, détenteurs du lot « sécurité informatique » du marché UO4 du ministère des armées, pesant 30 à 40 millions d’euros et jadis opéré par… Risk & Co (lire notre article précédent ici).

Il s’agit aussi de planter le drapeau ChapsVision en Bretagne, terre de cyber. Côté étatique, la région accueille, en plus de la DGA-MI, des antennes régionales de l’ANSSI et du Commandement de la cyberdéfense (COMCYBER), mais aussi plusieurs laboratoires (IRISA), incubateurs de start-up (Cyber Défense Factory) et écoles (ESNA). Côté privé, Orange Cyberdéfense, Thales, Atos, Airbus, Sopra Steria, Capgemini y sont solidement implantées. De quoi garantir à ChapsVision une certaine croissance… Mais aussi de la concurrence.

Main basse sur le cyber-renseignement français

L’entreprise devrait élire domicile au Cyberplace, un immeuble de bureaux dédié à la cybersécurité dans le quartier d’affaires ViaSilva, qui accueillera des sociétés telles que Wallix, GLIMPS et l’incubateur Cyber Défense Factory. Dans un deuxième temps, ChapsVision tentera de développer dans le Grand Ouest ses autres offres cyber : gestion de crise (Crisotech), réseaux d’échanges sécurisés (CrossinG), réponse aux incidents (Tracip) et renseignement sur la menace (Smart CTI).

Le groupe, lancé dans une stratégie effrénée de croissance externe, doit valoriser ses diverses activités. Après avoir racheté Flandrin Technologies (cyberrenseignement) puis Elektron (interceptions judiciaires), son patron, Olivier Dellenbach, a repris en moins de deux ans Deveryware et Ockham Solutions (logiciels d’enquête), Qwam Content Intelligence (analyse de texte) Geotrend (logiciels d’intelligence économique), ACIC (vidéosurveillance « intelligente »), Owlint (investigations en sources ouvertes), et dernièrement Systran (traduction automatique).

Ces multiples rachats lui ont permis d’acquérir en très peu de temps une position dominante sur de nombreux contrats sensibles de renseignement technique pour le compte de l’État français. Décrochant au passage, selon Intelligence Online, le marché de la plateforme « souveraine » d’analyse de données en masse (big data) OTDH, qui doit remplacer les outils de l’américain Palantir chez les espions de la DGSI. Pour financer ces acquisitions, ChapsVision a levé sur la même période un total de 190 millions d’euros auprès de Bpifrance, Tikehau Capital, Qualium Investissement et GENEO Capital Entrepreneur. Une stratégie risquée, mais pour l’instant fructueuse.