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Continuer la lectureLe Campus Cyber déjà rentable… grâce aux subventions
Avec 137 actionnaires à son capital (CMA CGM, Orange, LVMH…) et presque autant de locataires, ce symbole du savoir-faire français voulu par Emmanuel Macron a dégagé son premier bénéfice après deux ans d’existence.
Ce mercredi 8 novembre au Campus Cyber, un message d’accueil affiché sur écran géant remercie les 10 équipes sélectionnées pour jouer une partie de « Cache-Cache » d’un genre particulier. Organisé par la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), ce jeu propose aux participants de tenter d’extraire en moins de sept jours les données d’un smartphone protégé. Un défi technique lancé aux résidents de la tour Eria, dans le quartier d’affaires de la Défense à l’ouest de Paris, où se sont installés de nombreux experts cyber depuis plus d’un an.
Dans ce bâtiment inauguré l’an dernier par le ministre de l’Économie, Bruno le Maire, se côtoient des spécialistes tricolores du domaine venus du secteur public (gendarmerie, sécurité intérieure et extérieure, armées…) mais aussi du privé (grands groupes, start-up…) ou du monde de la recherche (CEA, CNRS…). Cet emblème de la cyberdéfense française voulu par le président Emmanuel Macron, a dégagé ses premiers bénéfices au bout de deux ans, a constaté L’Informé.
« L’objectif a toujours été de faire rayonner le savoir-faire français mais aussi d’atteindre rapidement la rentabilité », souligne Gérôme Billois, expert en cybersécurité chez Wavestone, l’un des huit actionnaires fondateurs. La structure vit essentiellement de la sous-location de bureaux auprès de 134 résidents. Le montant des loyers ne couvre toutefois pas toutes les dépenses, qui s’élèvent entre 18 à 19 millions d’euros par an. « Le prix que nous proposons aux start-up est inférieur à celui que nous payons au propriétaire de la tour car nous voulions les attirer, précise Michel Van Den Berghe, président du Campus Cyber. En revanche, nous gagnons de l’argent sur la mise à disposition de l’amphithéâtre ou du toit terrasses pour des événements et sur les diverses prestations proposées. »
En vérité, c’est grâce à l’argent public que la structure est aujourd’hui rentable. Sans les 2,7 millions d’euros de subventions versées par Bpifrance et la région île de France, le Campus aurait du mal à atteindre l’équilibre (après avoir accusé une perte de 1,13 million en 2021). Dans le détail, la collectivité locale présidée par Valérie Pécresse a apporté une aide ponctuelle de 2 millions d’euros tandis que le soutien de Bpifrance correspond à une tranche d’un financement de 4,3 millions d’euros étalé sur quatre ans. Le Campus Cyber table encore sur un profit supérieur à 500 000 euros en 2023, même sans le renouvellement de la subvention régionale.
L’aide de Bpifrance doit permettre d’accueillir des délégations, d’anticiper de nouveaux marchés mais aussi de développer des communs, pour reprendre le terme employé ici : un partage des connaissances entre les différents locataires de la tour souvent confrontés à des menaces similaires dans leurs secteurs (banques, luxe, transport, énergie…). Un « Studio des Communs » a déjà publié des rapports mis en ligne. « Ces travaux peuvent aller de la sensibilisation, à la formation en passant par l’impact de l’intelligence artificielle, précise François Deruty, directeur des opérations chez Sekoia.io. Au début de la guerre en Ukraine, nous avons, par exemple, constitué un groupe pour détecter d’éventuelles menaces dans le secteur de l’énergie. »
Ce rapprochement vise donc à faciliter les échanges entre les spécialistes de la cybersécurité avec une ligne rouge : ne pas débaucher les talents chez son voisin. « Tous se sont engagés à respecter une charte, explique Michel Van Den Berghe. En cas de débauchage, une tentation forte dans un secteur en manque de main-d’œuvre, des sanctions sont prévues. »
Après les confinements et le développement du télétravail, il n’était pas évident d’attirer des équipes en banlieue parisienne en 2021 et 2022. Mais finalement, le pari semble gagné. « Le Campus est en train de devenir le centre de gravité de tout l’écosystème en France, estime Loïc Guézo, vice-président du Clusif, association française de la cybersécurité. Il reste encore à le faire vivre sur la durée. Le moment clef interviendra à la fin des baux quand il s’agira de les renouveler ou pas ».
La plupart des grands groupes se sont engagés à rester neuf ans (plus de 60 % des locataires). Qui plus est, nombre d’entre eux sont actionnaires du Campus, preuve de leur implication dans ce projet. Fin 2022, 44 investisseurs ont rejoint les 93 que la société avait attirés à ses débuts, pour des tickets allant de 10 000 à 100 000 euros maximum. Ces 137 associés ont injecté au total près 9 millions d’euros et possèdent 61 % du capital, l’État conserve 39 %. L’armateur CMA CGM et le groupe de luxe Kering ont rejoint Orange, BNP Paribas, Hermès, Bull, Renault, LVMH, Safran, TotalEnergies*… Deux noms manquent cependant à l’appel. Selon nos informations, l’américain Accenture, et, surtout, le groupe britannique Deloitte ont bien tenté eux aussi de se joindre à cette liste. Mais ils ont été empêchés car non européens.
« Maintenant, le défi est de répliquer ce Campus en région mais surtout de réussir à l’international, ajoute Gérôme Billois. Cela permettrait aux entreprises françaises de trouver des débouchés hors des frontières. » Une nouvelle étape.
* Liste des entreprises ayant versé 100 000 euros dans le Campus Cyber : Airbus, Alstom, Altarea, Avisa, Apave Développement, ArcelorMittal, Axa, Bouygues, BPCE, Covéa, Crédit Agricole, Dassault Systems, Enedis, Engie, FDJ, La Poste, Legrand, L’Oréal, Michelin, Naval Group, Orange, BNP Paribas, Hermès, Bull, Renault, LVMH, Pernod Ricard, Safran, TotalEnergies, Sodexo, CMA CGM, Kering, Capgemini, Thales, Euro-Information, Saint-Gobain, Sanofi-Aventis, Schneider Electric, SFR, Siemens, SNCF, Société Générale, Sopra Steria, Stime-Mousquetaires, Sparlys, Veolia.