Industrie

Crise interne chez Eramet : les cabinet d’avocats se succèdent sur l’enquête

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Le groupe minier a fait appel à de prestigieux conseils pour l’aider à résoudre les dysfonctionnements internes pointés par l’ex-directeur général.

Christel Bories, PDG d’Eramet, lors de la visite du président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema à l’Elysée, le 20 juillet.
Christel Bories, PDG d’Eramet, lors de la visite du président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema à l’Elysée, le 20 juillet. LUDOVIC MARIN / AFP

Les investigations se poursuivent à la tête d’Eramet. Selon nos informations, le groupe minier français a fait appel à quelques-uns des plus célèbres cabinets d’avocats de la place de Paris pour tenter d’éclaircir de potentiels dysfonctionnements internes. Après le cabinet Franklin, c’est au tour de ...

Quelques mois après son arrivée en avril 2025, l’ancien patron d’Appian Capital Brazil s’était en effet inquiété de multiples lacunes dans la gestion du groupe. Il avait alors décidé de mettre en place une « task force », directement rattachée à lui, pour investiguer sur ces éventuels dysfonctionnements. Outre des fautes graves imputables au management, des pratiques douteuses lui avaient été remontées, allant de manquements dans la gestion interne des lanceurs d’alerte, à des soupçons de corruption et de pots-de-vin au Gabon, en passant par des fraudes comptables et des fraudes dans les rapports environnementaux du groupe…

Une première mission avait donc été confiée en fin d’année au cabinet Franklin, chargé de mener une enquête au sein la filiale de R&D du groupe minier, Eramet Ideas, en pleine crise de management. Mais les événements se sont rapidement précipités. Mi-janvier, les divergences entre la direction et les actionnaires sur la stratégie financière sont devenues si vives que le conseil d’administration a choisi de renvoyer Paulo Castellari le 1er février. Dans la foulée, plusieurs dirigeants appartenant à sa garde rapprochée ont été eux aussi évincés, mettant en péril l’avenir du chantier « mains propres » et la mission du cabinet Franklin.

Mais les soupçons de manquement à la probité remontés aux administrateurs par le dirigeant avant son départ étaient suffisamment graves pour que le comité d’audit des risques et de l’éthique, présidé par Miriam Maes, décide de se saisir à son tour de la question. L’enjeu, pour l’organe de gouvernance, est alors de respecter son obligation de surveillance sur des sujets pouvant mettre en péril la responsabilité pénale du groupe. Difficile toutefois pour Christel Bories, la présidente du conseil d’administration assurant l’intérim à la tête de la direction générale, de conserver la firme choisie par son prédécesseur. Le chamboule-tout s’est donc étendu aux conseils et c’est le cabinet d’avocats Gide qui a été chargé de reprendre la main sur les investigations.

Si le calendrier de restitution des conclusions du cabinet n’est pas connu, Eramet, qui doit présenter ses résultats semestriels le 29 juillet, a intérêt à rapidement s’afficher sous son meilleur jour. D’abord parce que la famille Duval, son premier actionnaire avec 37 % du capital devant les 27 % détenus par l’État, planche sur la cession de ses parts. Ensuite parce que l’entreprise a annoncé mi-février son intention de renforcer d’ici décembre ses fonds propres à hauteur de 500 millions d’euros, qu’il va falloir trouver. Enfin, parce que la société minière est en pleine discussion avec l’État gabonais, dont le président Brice Clotaire Oligui Nguema veut interdire l’exportation de manganèse brut en 2029 pour en accroître la transformation dans son pays. Si des manquements internes étaient corroborés par l’enquête, ils pourraient gêner Eramet dans son rapport de force vis-à-vis du Gabon.

Pour l’instant, le processus se poursuit : un protocole d’accord sur le sujet vient d’être signé le 20 juillet entre Eramet et Libreville, à l’occasion de la visite à Paris du chef d’État gabonais. La « feuille de route industrielle conjointe » prévoit de transformer jusqu’à 700 kt de minerai par an d’ici 2031. Cet objectif s’appuie sur trois scénarios industriels portant sur la réfection du site local de l’industriel à Moanda et la construction de deux nouvelles usines près de Libreville et sur la côte.

Contacté, Eramet n’a pas répondu à nos sollicitations à l’heure de la publication de cet article.

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