L'abonnement à l'Informé est à usage individuel
Un autre appareil utilise actuellement votre compte
Continuer la lectureSopra Steria lance un think tank pour lutter contre la désinformation
Le groupe de conseil veut y rassembler des participants de l’État, de l’entreprise et de la recherche. Avec les Jeux olympiques et les élections européennes en ligne de mire.
Il devait s’appeler la « Ligne Rouge ». Manque de pot, c’était déjà le nom d’une émission de BFM TV. Le nouveau cercle de réflexion contre la désinformation lancé par Sopra Steria s’appellera finalement « Cercle Pégase », en référence à une statue d’Antoine Coysevox, « la Renommée à cheval sur Pégase...
Devenu conseiller défense de Sopra Steria après 41 ans d’une carrière en partie consacrée à la cyberdéfense et à l’influence, il a lancé son idée au printemps 2023. Une première conférence a alors mobilisé une cinquantaine de spécialistes de la lutte contre ce type d’ingérences, dont une bonne partie issue de ministères régaliens.
« Cette volonté de s’opposer à la désinformation, c’est assez pionnier, estime le général Courtois. L’objectif, c’est d’aller vers un think tank, qui serait relativement autonome. Un enfant de Sopra Steria qui gagnerait en indépendance.» Épaulé d’une petite équipe de cinq personnes, dont Emmanuel Rémy, un ancien de la marine, il a fait valider son projet par la direction de la société de conseil début janvier. Le principe ? Les rencontres prennent la forme de tables rondes, sur des thématiques du moment. Les prochaines doivent ainsi porter sur les élections européennes et les jeux olympiques, deux événements qui pourraient faire l’objet d’attaques informationnelles russes et chinoises, notamment. « C’est l’obsession de tout le monde, note un participant. Mais il n’y a pas d’initiative de l’État. Sur les JO, il n’y a pas de stratégie nationale. » Un autre, peu convaincu par une réunion sur les mercenaires russes Wagner, trouve toutefois l’action louable : « J’ai l’impression qu’ils sont dans une démarche de chercher de vraies solutions. Pour l’instant, ça manque d’expertise. »
Rapidement, les dirigeants de Sopra Steria ont encouragé leur conseiller défense à se rapprocher du monde de l’entreprise. Contact a été pris avec le Medef, qui se montre intéressé par les risques informationnels. Quelques start-up spécialisées dans le domaine ont aussi rejoint la boucle. Parmi elles, Bloom Social Analytics, pionnière française dans l’analyse des données issues des réseaux sociaux et IO Sekoia, spécialisée dans la détection d’attaques numériques. « L’objectif est à présent d’intégrer des Airbus et des Thales », explique Bruno Courtois.
Côté recherche, on trouve dans les carnets du Cercle Pégase des spécialistes de la propagande, de l’influence et des réseaux de Sciences Po, de l’École normale supérieure (ENS), de l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM) ou encore de l’Institut Géode (Paris 8), spécialisé sur la géopolitique des données. Côté État, se croisent des représentants des différents ministères régaliens, du Secrétariat général à la défense et à la sécurité nationale (SGDSN) et du tout jeune Service de vigilance et protection contre les ingérences numériques (Viginum). Environ 200 interlocuteurs ont aujourd’hui intégré le réseau. « Ce qu’il nous manque, regrette l’officier, ce sont des représentants des réseaux sociaux et un peu plus de spécialistes des sciences humaines et cognitives. »
Interrogé sur le potentiel en termes de business, Bruno Courtois assure que ce n’est pas le sujet à ce stade : « Sopra Steria me dit ‘nous estimons que c’est un sujet important’. Nous nous engageons même si nous ne savons pas s’il y aura des contrats à la clef. Nous espérons que ça rapporte mais nous sommes aussi une entreprise citoyenne. » En attendant de mieux définir le marché, les fondateurs du Cercle Pégase proposent aimablement d’ouvrir les locaux de Sopra Steria à ceux qui pourraient contribuer à la définition du besoin… Sans la moindre arrière-pensée, bien sûr.