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Industrie

Défense : la vente du français Arquus au belge John Cockerill bientôt bouclée

Dans les tuyaux depuis des mois, la cession du fabricant de véhicules blindés viendra renforcer l’axe militaire franco-belge.

Véhicule blindé Arquus
Véhicule blindé Arquus PHILIPPE LOPEZ / AFP

Selon nos informations, Arquus, détenu par le suédois Volvo, règle les derniers détails de son rapprochement avec le groupe belge John Cockerill. L’annonce pourrait être faite en début de semaine. L’opération marquera un tournant dans la structuration de l’industrie militaire terrestre européenne, en renforçant significativement l’axe franco-belge. Cette signature achève un cycle pour l’ancien Renault Trucks Défense que son actionnaire cherche à céder depuis plusieurs années. Elle en ouvre un autre pour le groupe d’outre-Quiévrain qui veut se renforcer sur ce secteur de longue date : en 2017, ce dernier avait déjà fait une offre sur le fabricant de véhicules blindés. Cette nouvelle manifestation d’intérêt - dont La Lettre s’était fait l’écho en octobre - sera la bonne.

Avec la guerre en Ukraine et la multiplication des risques de conflits armés, la réorganisation et le renforcement de l’industrie de défense européenne est plus que jamais nécessaire. « La Belgique, qui représente environ un quart de la commande française d’équipements militaires terrestres, veut faire partie de l’effort européen de réarmement. Elle ne veut pas rester en dehors du mécano industriel tiré ces dernières années par les alliances entre la France et l’Allemagne », rappelle un proche du dossier.

Le premier ministre belge, Alexander De Croo, a donc mis tout son poids dans la balance pour renforcer l’axe franco-belge, dans le prolongement du projet de coopération de défense « CaMo » (pour capacité motorisée) signé entre Paris et Bruxelles en 2018. Cet accord est une déclinaison belge du vaste programme français de modernisation de l’Armée de terre « Scorpion ». En décembre dernier, le contrat de préconception du futur véhicule blindé d’aide à l’engagement (VBAE) destiné aux armées françaises et belges à horizon 2030, signé en décembre 2023 entre Nexter, Arquus et l’Organisation conjointe de coopération en matière d’armement (Occar), a aussi fait une place à John Cockerill Défense en tant que sous-traitant.

Industriellement, le rapprochement des activités défense de John Cockerill et de celles d’Arquus permettrait de faire émerger un acteur plus conséquent, mais encore bien petit comparé à ses concurrents. En 2015, les deux groupes d’armement terrestre Nexter et Krauss-Maffei Wegmann se sont rapprochés pour former KNDS. Face à eux, le puissant conglomérat allemand Rheinmetall continue de pousser ses pions pour garder son titre de leader industriel du secteur.

Présent dans l’environnement, les services et l’industrie, le liégeois John Cockerill a engrangé un chiffre d’affaires de 1,045 milliard d’euros sur le dernier exercice (en hausse de 10 % par rapport à l’année précédente) et vise un revenu de 1,75 milliard d’euros en 2025. La société a certes vu son résultat se détériorer en 2022, mais a achevé l’année avec une trésorerie à 230 millions d’euros. Détenu majoritairement par l’homme d’affaires belge Bernard Serin - également président du Football Club de Metz -, le groupe ne cache pas ses ambitions de faire évoluer son modèle. En mai, l’entreprise a par exemple annoncé la création d’une coentreprise avec le groupe français d’ingénierie Technip Energies : Rely, dédiée à la production d’hydrogène vert.

Et si l’activité de sa branche défense, spécialisée dans la fabrication des systèmes tourelle-canon de véhicules blindés, s’est contractée en 2022 (à 165 millions d’euros), elle est restée très fortement contributrice aux résultats. Ce mariage élargit aussi les perspectives commerciales du groupe belge. « Les licences d’exportation d’armes sont très restrictives en Belgique. La France sait bien mieux s’imposer sur ces aspects », veut espérer une source interne. Les quelque 350 salariés de John Cockerill Défense (sur un effectif total de 6 000 salariés) sont répartis sur trois sites de production. L’un est en Belgique à Aubange et les deux autres en France, à Distroff et Guénange (Moselle). S’y ajoute le Campus Cockerill, centre de formation international, mis en place à Commercy en Lorraine en 2015, où sont formés les opérateurs des systèmes d’armes vendus à ses clients. Le site avait été épinglé par l’ONG Amnesty International en 2020, pour avoir accueilli des soldats saoudiens en plein conflit entre Ryad et le Yémen.

Chose sûre, le rapprochement avec Arquus renforcerait encore le prisme francophile de l’industriel belge, qui a placé deux dirigeants français à la tête du groupe et à celle de ses activités défense : François Michel, ancien de Saint-Gobain, est le PDG depuis 2022, tandis que Thierry Renaudin, un ex-ArcelorMittal, pilote John Cockerill Défense depuis 2018. L’ancien ministre de la défense Gérard Longuet est par ailleurs au conseil d’administration du groupe, tout comme Jérôme Pécresse, l’ancien patron d’Alstom Renewable Power, devenu GE Renewable Energy.

Belle endormie

De son côté, Arquus avait besoin d’un nouveau souffle. Le groupe dirigé par Emmanuel Levacher ressemble à une belle endormie depuis la première tentative de vente initiée par Volvo. « Ces dernières années, la stratégie était peu lisible en interne, regrette une source maison. Le marché de l’armement terrestre est compliqué pour une entreprise de taille modeste comme la nôtre et celui des blindés à roues l’est encore plus. Aucune diversification n’a été engagée et les événements en Ukraine ont peu profité au groupe. ». Avec environ 1 500 collaborateurs répartis dans quatre sites de production dans l’Hexagone (Limoges, Saint-Nazaire, Marolles-en-Hurepoix, Garchizy), l’ex-Renault Trucks Défense affiche 560 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2022 pour un résultat net de 8,14 millions d’euros.

Contactés, Arquus n’a pas répondu à nos sollicitations ; John Cockerill et Volvo nous ont indiqué ne pas avoir de commentaires à faire sur ce sujet.