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Continuer la lectureLe drôle d’email adressé par Carrefour à ses franchisés de proximité (City, Express…)
Dans son courrier, le distributeur rappelle ses efforts à leur égard et accuse un ancien de la maison de vouloir déstabiliser le réseau.
Le 3 juin, près de 3 000 franchisés, gérants et patrons de magasins Carrefour City, Express, ou Contact ont reçu un courrier inattendu de Benoît Soury, le patron de la proximité. Trois pages (consultables ci-dessous) destinées à resserrer les rangs, et même à calmer certaines velléités. Car ces derni...
Ce courrier est donc destiné à attirer leur attention sur quelques points, « en toute transparence et dans le respect des droits et des opinions de chacun ». Il mentionne les échanges organisés ces dernières années entre la direction et l’AFC pour tenter de mieux travailler ensemble, ou les démarches entreprises pour développer la rentabilité, la numérisation ou encore l’attractivité commerciale (baisses de prix, promotions) des magasins, sans demander de recours financier aux franchisés. Dans cet inventaire qui se veut factuel, le groupe « apporte quelques précisions » et rappelle, notamment, qu’il est l’un des seuls à confier des magasins à des personnes dont l’apport est limité à 7 500 euros.
Droits et devoirs réciproques entre associés
Mais le message s’adresse aussi, entre les lignes, aux magasins tentés de rejoindre les frondeurs, façon mise en garde. « Lorsque certains partenaires, pour des raisons diverses ou parce qu’ils écoutent et font confiance outrageusement à leurs conseils externes ou aux affirmations de l’AFC, outrepassent leurs droits, Carrefour se doit de défendre ses intérêts légitimes et d’entamer si nécessaire les procédures juridiques qui s’imposent », explique l’entreprise.
Il s’agit de calmer les défiances, de plus en plus nombreuses, contre ce système de franchise et son enchevêtrement de plusieurs contrats (contrat de franchise, contrat d’approvisionnement, etc.). Mécontents, certains gérants se plaignent des tarifs élevés auxquels le groupe leur revend les marchandises destinées à approvisionner leurs propres magasins : ils pourraient, parfois, acheter les produits moins chers en se fournissant dans les hypers voisins ! D’autres portent leurs dossiers devant les tribunaux pour sortir leur entreprise du périmètre de Carrefour et remettent en cause la minorité de blocage que le franchiseur détient au capital. Dans ce fameux courrier, dès les premières phrases, le distributeur évoque des tentatives de déstabilisation. « L’AFC a été créée ou co-créée par un ancien collaborateur du service juridique de Carrefour, ayant fait le choix de devenir salarié d’un de nos concurrents (Système U, ndlr) puis apporteur d’affaire rémunéré ; son fonds de commerce est la déstabilisation de notre réseau, le conseil rémunéré auprès de franchisés, le dénigrement public de Carrefour et de ses dirigeants, par tous moyens. »
L’Informé a contacté l’ancien salarié en question, Jérôme Coulombel. Devenu la bête noire du groupe, il indique à ce jour aider bénévolement l’AFC. « Mon objectif est de rééquilibrer la relation commerciale, juridique et financière entre Carrefour et ses franchisés. Mon rôle n’est pas de casser les réseaux de franchise Carrefour. » Il évacue par ailleurs les griefs de déstabilisation d’un revers de main « Si, comme à en croire ce courrier, 99 % des franchisés sont satisfaits, je ne vois pas comment les avocats de l’entreprise pourraient plaider pour de la déstabilisation ».
Les deux parties sont également engagées dans une bataille de chiffres. Selon Carrefour, les contentieux juridiques concernent moins de 1 % de ses 3 000 partenaires. Du côté de l’AFC, on estime à un peu plus de 300 le nombre de franchisés en litige. « Ils sont de plus en plus à contester le modèle actuel. Ce courrier traduit selon moi une certaine fébrilité, ainsi qu’une volonté de faire rentrer les récalcitrants dans le rang », ajoute Jérôme Coulombel. Le développement du parc de supérettes et magasins Express, City ou Contact ne s’en ressent pas. Carrefour en dénombrait 4 561 fin 2023 contre 3 918 en France en 2018.