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Continuer la lecture« Concurrence déloyale » : Carrefour se casse encore les dents contre Coopérative U
La multinationale ferraille depuis plusieurs années contre l’ex-Système U, qu’elle accuse de vouloir débaucher ses franchisés. La justice vient encore de lui donner tort.
Les magasins de proximité de Carrefour (Carrefour City, Carrefour Contact, Bio c’Bon…) contribuent pour une part importante à la rentabilité du groupe. Mais aussi à ses soucis. Depuis des années, ces supérettes (on en dénombrait 4 784 en France fin 2024) détenues quasi exclusivement par des franchisé...
Mais, en coulisses, une autre fronde sourd… En 2020, Carrefour s’est mis à suspecter son concurrent U de manœuvrer pour déstabiliser ses franchisés afin de les débaucher, et ce depuis 2019. La coopérative aurait, selon lui, diffusé des études comparatives critiquant la rentabilité de son réseau ou usé de dénigrement, entre autres. Le dossier n’en était pas resté au stade amiable. Carrefour avait assigné U pour concurrence déloyale, lui réclamant 17 millions d’euros de dédommagement. Les arguments de la multinationale présidée par Alexandre Bompard n’avaient pas fait mouche. En 2023, le tribunal de commerce de Créteil l’avait débouté de toutes ses demandes comme l’Informé l’avait raconté. Selon nos informations, Carrefour, qui avait fait appel et réclamé 18 millions d’euros, s’est de nouveau cassé les dents sur ce dossier.
Des conclusions identiques en appel
Une nouvelle fois, les points litigieux ont été épluchés par les juges. Les magistrats sont restés sur les mêmes positions que lors du premier procès. Toutes les demandes de Carrefour ont été rejetées : que ce soit sur le dénigrement, la désorganisation du réseau ou le détournement d’informations confidentielles. Dans son jugement du 11 juin dont l’Informé a pris connaissance, la cour d’appel de Paris indique ainsi : « En définitive, il ne résulte pas du dossier d’éléments permettant de conclure à une immixtion fautive de la société Coopérative U dans la relation contractuelle entre les franchisés Carrefour et leur franchiseur ou à une stratégie déloyale, excédant ce qui doit être admis dans l’exercice des activités économiques, notamment dans le cadre de la pratique du ralliement propre à la grande distribution ». Quant à l’entreprise de déstabilisation agitée par Carrefour, « elle a été peu profitable à U, ainsi que l’ont relevé les premiers juges ». Entre 2018 et 2019, seuls 5 magasins de proximité Carrefour étaient en effet passés chez U.
S’agissant des études économiques soi-disant biaisées et déclenchées par U, les juges considèrent qu’elles n’ont pas fait l’objet d’un recours « généralisé et massif ». Elles ne concernaient de plus pas uniquement Carrefour, et avaient en réalité été commandées et payées par des franchisés, et non pas par le groupement lui-même.
Mais le fond de l’affaire qui oppose Carrefour à U est plus rocambolesque. Derrière la bataille que se livrent les deux enseignes se trouve une figure du secteur de la grande distribution. Il s’agit de Jérôme Coulombel. Ancien directeur juridique du département contentieux de Carrefour, pour lequel il traitait les aspects liés à l’activité franchise, il avait quitté ce groupe en 2017 après 26 ans de présence et un burn-out. Il avait ensuite été embauché chez U en qualité de « directeur national adjoint ralliement ». Avec une mission assez évidente : utiliser sa connaissance fine des contrats Carrefour pour débaucher des franchisés. Mais son mandat n’aura pas duré longtemps. À la faveur de la création d’une alliance fortuite - et courte - dans le secteur des achats entre les deux géants du commerce conclue en 2018, la présence de ce transfuge était soudainement devenue dérangeante. Il avait été poussé vers la sortie fin janvier 2020 via une rupture conventionnelle. Rupture transformée immédiatement par U en contrat d’apporteur d’affaires : une mission plus discrète prévue pour une durée de 6 ans.
Cependant, une fois encore, un imprévu va changer la donne. Et sceller le sort de Jérôme Coulombel chez U. Ce dernier a en effet œuvré sans relâche pour fédérer les franchisés mécontents, notamment au travers de l’AFC, l’association des franchisés Carrefour dont il a participé à la création. U n’entendant être mêlé « ni de près ni de loin » au combat mené par Jérôme Coulombel au sein de l’AFC, la coopérative résiliera dès le mois de juillet 2020 son contrat d’apporteur d’affaires, invoquant divers manquements contractuels. Lors du procès en appel, U n’a pas été tendre avec son ancien collaborateur, soutenant « qu’elle n’est jamais intervenue, de quelque manière que ce soit, dans les lettres de revendications reçues par Carrefour, les agissements déloyaux reprochés ayant été initiés par le seul M. Coulombel en dehors de la mission qui lui était confiée ».
Après ces évènements, notre homme dénoncera une entente anticoncurrentielle entre Carrefour et U et déposera une plainte auprès de l’Autorité de la concurrence. Selon nos informations, la plainte a été classée sans suite. Contactés par l’Informé, ni Coopérative U ni Carrefour n’ont fait de commentaires.