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Continuer la lectureCarrefour - Système U : la guerre des franchisés prend une tournure inattendue
Le groupe d’Alexandre Bompard accuse la coopérative de pratiques déloyales pour inciter des magasins de proximité à changer d’enseigne. Un dossier qui réserve des surprises…
Au siège de Carrefour Proximité France, à Mondeville (Calvados), les missives s’amoncellent. Depuis 2019, la direction du groupe reçoit des salves de courriers courroucés, tous signés de ses franchisés. Dans cette montagne de plus de 500 lettres aujourd’hui, les commerçants se disent mal traités par ...
Seulement voilà, le tribunal de commerce de Créteil vient de le débouter de toutes ses demandes, a appris l’Informé. D’abord, les juges ont largement relativisé l’impact ou la nature déloyale de plusieurs points soulevés. Après tout, entre 2018 et 2019, seuls 5 magasins Carrefour sont passés sous panonceau U. Surtout, les magistrats ont estimé que le groupement coopératif n’était pas responsable des agissements dénoncés et n’avait donc rien à régler à son concurrent. Le tribunal pointe plutôt « la responsabilité directe et à titre personnel » d’un certain Jérôme Coulombel dans ce dossier. Un personnage bien connu des pros de la distrib’. Après 26 ans chez Carrefour dont une bonne partie à la direction du service contentieux, ce dirigeant a claqué la porte du groupe en 2018, essoré et sur fond de désaccord. Il a alors rejoint immédiatement la coopérative U, en tant que directeur adjoint chargé du ralliement, avec un objectif clair : faciliter le débauchage de magasins concurrents. Autrement dit « bouffer du Carrefour » comme il se murmurait dans les couloirs à l’époque.
Mais pas de chance… La création d’une alliance aux achats entre les deux géants du commerce au même moment le met sur la touche. Il ne faudrait pas que la présence de ce transfuge, bête noire de Carrefour, crispe les relations entre Alexandre Bompard et Dominique Schelcher. Une rupture conventionnelle est actée fin janvier 2020. Sans que la relation ne soit toutefois rompue : dès le lendemain, un contrat d’apporteur d’affaires, plus discret, est signé et confère à notre homme une mission identique d’une durée de 6 ans.
Un nouveau contentieux entre Carrefour et Système U
Pourtant le deal ne sera finalement pas honoré. La raison ? Selon les éléments dont nous avons pris connaissance, Système U indique avoir découvert que M. Coulombel, lorsqu’il était son salarié, « a déployé, sur son temps personnel et avec ses moyens personnels, une activité parallèle au bénéfice des franchisés Carrefour ». En dehors des heures de travail, depuis sa propre adresse mail, et sans faire mention de son appartenance à la coopérative de commerçants, Jérôme Coulombel conseille et assiste ces franchisés. Il a aussi été, à partir de février 2020, secrétaire de l’Association des franchisés Carrefour, fédérant les mécontents et œuvrant pour une amélioration de leurs contrats. Système U décide alors immédiatement de rompre avec son apporteur d’affaires, pour déloyauté et perte de confiance, un contentieux étant d’ailleurs toujours en cours à ce propos.
Jérôme Coulombel a donc le profil du bouc émissaire parfait. Mais - serait-ce par précaution, ou inimitié ? - aucune des deux parties n’a souhaité l’assigner à comparaître dans cette affaire. Carrefour peine à croire que son ancien cadre soit seul responsable des faits. Le distributeur nous a indiqué « ne pas partager l’analyse des juges consulaires sur l’absence d’implication de la Coopérative U Enseigne dans la stratégie de déstabilisation de nos réseaux de proximité, que le tribunal impute exclusivement à M. Jérôme Coulombel ». Et a en conséquence relevé appel de cette décision. De quoi constituer un nouvel épisode dans la bataille des prétoires à laquelle se livrent désormais les deux ex-partenaires. Il y a quelques mois, ils s’étaient déjà affrontés au sujet de la rupture brutale de leur collaboration aux achats, comme révélé par l’Informé.
Des franchisés pieds et poings liés à Carrefour ?
Si certains franchisés Carrefour dénoncent des tarifs d’achats trop élevés, une rentabilité faible et la difficulté à gagner correctement sa vie, d’autres dénoncent aussi un carcan juridique qui les empêche de quitter Carrefour au terme de leur contrat de franchise. Signé pour 7 ans, il s’avère en réalité difficile à interrompre. Lors de la création de la société d’exploitation d’un magasin franchisé, Carrefour prend 26 % du capital. Un dispositif appelé franchise participative. Petit problème, les statuts imposés par le groupe indiquent que toute décision extraordinaire (comme mettre un terme au contrat pour rejoindre un concurrent) doit être validée au trois-quarts des voix, soit 75 %, ce qui est impossible sans avoir l’appui de Carrefour.
Un verrouillage qui occasionne une guérilla juridique, comme le rapportait récemment la lettre A. Si les juges finissent par imposer au commerçant de modifier ces dispositions, le coup serait rude pour le groupe. Les magasins de proximité de Carrefour (enseignes Contact, City ou Express) représentaient l’an dernier 4350 magasins sur les 5750 du groupe en France. Et s’ils pèsent relativement peu en termes de chiffre d’affaires (7 milliards sur les 42 générés en France) par rapport aux supermarchés et hypermarchés, ils représentent une grande partie de la marge du groupe. Au point d’être souvent qualifiés de poule aux œufs d’or.