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Continuer la lectureLa CGT veut une commission d’enquête parlementaire sur Carrefour
Le syndicat accuse le distributeur d’externaliser les suppressions d’emplois en cédant ses magasins à des franchisés et locataires gérants. Il espère le soutien des députés LFI.
Grilles du magasin fermées, sifflets et sono à fond. Le mardi 21 novembre, une centaine de manifestants étaient rassemblés à l’appel de la CGT devant l’hypermarché Carrefour du centre commercial Bercy 2, en lisière de Paris. L’objet de la protestation ? L’utilisation régulière de la location-gérance ...
La secrétaire générale de la CGT Sophie Binet, qui avait fait le déplacement, n’entend pas en rester là. Elle a réclamé la formation d’une commission d’enquête parlementaire sur le sujet, comme l’a appris l’Informé, et « exigé » la conditionnalité du versement d’aides publiques au maintien de l’emploi. « À partir d’aujourd’hui, la peur change de camp. Et j’ai un message pour monsieur Bompard. Maintenant, vous allez souffrir » a lancé au micro la patronne du syndicat, qui souhaite voir le PDG venir s’expliquer sur le sujet devant les députés.
Plus de 20 000 employés basculés chez des locataires gérants en 6 ans
En tant que syndicat, la CGT n’a pas le pouvoir d’obtenir l’ouverture d’une telle commission. Elle s’appuiera certainement sur le député LFI-Nupes Alexis Corbière, présent lors de la manifestation. Ce dernier nous a indiqué qu’il prévoyait tout d’abord de poser une question au gouvernement sur le sujet de la location-gérance et de l’emploi chez Carrefour. Et de discuter de la possibilité d’une commission parlementaire avec son collègue Éric Coquerel, député LFI-Nupes et président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale. Rien ne garantit pour autant sa mise en place, tant les règles sont strictes : l’opportunité de créer une telle commission doit être validée en séance publique. Si les groupes d’opposition ou minoritaires disposent d’un « droit de tirage », qui leur permet, une fois par an, d’obtenir automatiquement une création, gageons qu’ils n’utiliseront pas cette unique cartouche sur un dossier si spécifique.
Mais la CGT pousse le dossier, avec un angle d’attaque bien précis : mettre en parallèle les aides publiques touchées par Carrefour (notamment sur l’emploi, comme bien d’autres entreprises) et les réductions d’effectifs engagées par les locataires gérants, souvent obligés de baisser la masse salariale pour retrouver un équilibre financier. Il est néanmoins compliqué de calculer précisément l’évolution du nombre d’employés en location-gérance, vu la kyrielle de magasins concernés, qui sont autant de structures indépendantes, et non consolidées.
Depuis l’arrivée de l’actuel PDG aux commandes de Carrefour en 2017, le levier de la location-gérance a été actionné de nombreuses fois. Plus de 20 000 salariés sur 115 000 ont ainsi quitté le périmètre direct de l’entreprise. Sans compter les 10 000 suppressions de postes opérées via des plans de départs volontaires notamment. La CGT, chauffée à blanc contre l’enseigne, prépare également une action en justice pour contester ce système qualifié de « fraude à la loi sociale », comme indiqué par nos confrères de la Lettre la semaine dernière.
Contacté, Carrefour n’avait pas répondu à notre sollicitation à l’heure où nous publions. Régulièrement interpellée sur le sujet, la direction du groupe a souvent, par le passé, indiqué que « c’est en grande partie grâce à la location-gérance et à un management de proximité qu’aucun hypermarché Carrefour n’a fermé en France depuis 2018 ». Les accrochages entre la centrale syndicale et la deuxième enseigne de France (derrière E.Leclerc) ne sont pas neufs. En 2020, la mise en place d’une nouvelle organisation de travail dans les hypermarchés, baptisée Top, avait été contestée par la CGT, qui en réclamait la suspension. En première instance, le syndicat avait obtenu gain de cause, avec, en prime, 18 millions d’euros car la direction avait mis du temps à s’exécuter. Mais le 16 novembre dernier, la cour d’Appel de Paris a annulé cette décision.