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Continuer la lectureFermeture de la centrale de Cordemais : pourquoi EDF ménage la CGT
Le top management tâtonne sur la réponse à apporter aux débordements de fin septembre sur le site de Loire-Atlantique.
Le sujet paraît moins stratégique que le déploiement des futurs EPR 2, mais il occupe pourtant les discussions au sein d’EDF. Des managers aux organisations syndicales, on s’interroge : comment l’énergéticien va-t-il se dépêtrer industriellement et socialement de la fermeture de la centrale thermique de Cordemais (Loire-Atlantique), officialisée fin septembre par la direction. La situation est compliquée à plus d’un titre. Industriellement d’abord, l’entreprise doit convaincre les syndicats de la pertinence du nouveau projet qu’il prévoit sur le site : en l’état, une usine de préfabrication des tuyauteries destinées aux EPR 2, confiée à sa filiale Framatome.
Un processus de concertation avec l’intersyndicale sur le devenir de Cordemais va s’ouvrir en novembre, mais dans un climat de relatif scepticisme : initialement, la centrale thermique devait continuer à produire de l’électricité, en changeant simplement de combustible pour passer du charbon aux déchets de bois. Ce projet de reconversion, baptisé Ecocombust, a été abandonné pour des raisons technico-économiques. L’annonce inattendue de ce changement de braquet pour Cordemais soulève plusieurs interrogations. Du côté de la CGT, très implantée sur le site, on déplore les zones d’ombre du nouveau plan notamment en matière de reconversion des salariés du site (environ 350 agents EDF, auxquels s’ajoutent près de 150 prestataires permanents) et de calendrier. « Il s’agit d’une décision précipitée, sur laquelle tout doit être précisé », avance le syndicat.
Managérialement, ensuite, la partie s’annonce serrée pour le PDG Luc Rémont. Au lendemain de l’annonce de la fermeture de la centrale, le site de Cordemais a été le lieu de vifs débordements. Emmenés par une CGT très remontée et fer de lance de la contestation locale, des agents ont manifesté sur place le 27 septembre, faisant notamment usage de pétards de gros calibre. L’altercation a conduit - ainsi que l’a révélé Ouest France - à une demi-douzaine de constats d’accidents du travail et d’arrêts dont celui du directeur de l’usine Michel Durand, qui a depuis quitté ses fonctions. Sauf que la direction d’EDF reste pour l’instant d’une discrétion de violette sur les suites qu’elle entend donner à l’épisode, suscitant l’incompréhension de son encadrement. Après avoir évoqué dans Ouest France une « exaction syndicale », l’énergéticien fait désormais savoir à l’Informé qu’il ne « fait aucun commentaire ».
En interne pourtant, le sujet fait débat dans le top management. Si le patron de la direction du parc nucléaire et thermique (DPNT) Cédric Lewandowski a expliqué devant plusieurs centaines de cadres que des mesures seront prises à l’encontre des intéressés, la direction des ressources humaines, pilotée par Caroline Chanavas, reste de son côté silencieuse. « L’entreprise a deux mois pour agir après les faits et engager une procédure disciplinaire et il s’est déjà écoulé un mois », pointe un collaborateur. Ironie du calendrier, quelques jours après les échauffourées, un message de Luc Rémont, destiné à l’ensemble des salariés, rappelait le caractère prioritaire de la sécurité dans le groupe et la responsabilité des managers dans son organisation…
Sauf que pour gérer les suites des incidents de Cordemais, EDF est obligé d’avancer avec précaution. Le groupe doit trouver comment sanctionner les impétrants, sans se mettre à dos la CGT, très impliquée dans les incidents et toujours très influente dans l’entreprise. Malgré la surprise des élections professionnelles de 2023, où le syndicat est arrivé deuxième derrière la CFE CGC dans la plus grosse de ses filiales EDF SA (65 000 salariés sur les 140 000 du groupe en France), la Confédération générale du travail n’en demeure pas moins un acteur majeur de la gouvernance. « Pendant l’hiver 2022, l’organisation avait été la tête de pont des mouvements de grève dans les centrales nucléaires pour peser sur les négociations salariales en pleine période d’inflation. Avec succès », rappelle un observateur. Ces jours-ci, les discussions informelles se multiplient donc entre la direction et le syndicat. « Le téléphone sonne beaucoup, commente une source interne. L’employeur ne sait pas trop jusqu’où il peut aller dans les sanctions et cherche en contrepartie de sa modération des assurances d’acceptation sociale de la CGT sur des sujets plus larges ».
Quant aux autres syndicats, ils préfèrent pour l’instant afficher profil bas, tiraillés entre leur mission de la défense des salariés malmenés lors des heurts, leur crainte d’être vus comme des soutiens de la direction et leur volonté de préserver leurs relations avec la CGT.
Dernier rebondissement en date, la fermeture de la centrale de Cordemais a pris depuis le 22 octobre un tour politique, susceptible de contraindre l’État - actionnaire à 100 % d’EDF - à devoir se positionner. Huit parlementaires, encartés de LFI au Modem, ont interpellé par lettre Emmanuel Macron sur la fermeture de la centrale. Les signataires dénoncent « une trahison de la parole présidentielle » et un « renoncement incompréhensible » du chef de l’État, qui s’était engagé en 2023 à ce que le site soit converti à la biomasse en 2027. De quoi rendre encore plus étroite la voie de sortie interne que va devoir trouver Luc Rémont.