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Grande conso

L’actionnaire rebelle de Bel perd ses derniers espoirs… tout comme Lactalis

Alors qu’elle se battait depuis des années pour vendre ses parts, une des trois familles actionnaires du fromager Bel (Babybel, Boursin, Vache qui rit…) a épuisé son dernier recours. Une mauvaise nouvelle aussi pour le rival Lactalis.

Usine de fabrication de Babybel, l’une des marques phares du groupe Bel
Usine de fabrication de Babybel, l’une des marques phares du groupe Bel JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

Sur les emballages, La Vache qui rit est toujours hilare. Mais en coulisses, le sourire n’est guère de mise. Une lutte intestine fait rage depuis plus de vingt ans entre les trois branches familiales qui se partagent en parts à peu près égales le géant fromager Bel (Vache qui rit, Kiri, Boursin, Baby...

Par cette procédure, ils espéraient obtenir la « nullité de l’ensemble contractuel indivisible constitué de plusieurs sociétés familiales ». En d’autres termes, les Dufort demandaient que les structures de gouvernance en place, qui verrouillent le contrôle d’Unibel soient annulées. Une telle décision aurait permis aux Dufort de vendre leur participation ou de demander la remise à plat de la gouvernance, choses aujourd’hui impossibles sans l’aval des deux autres branches, liées par un pacte d’actionnaires. Les trois familles, qui descendent du fondateur du groupe Jules Bel et de son gendre, sont aujourd’hui actionnaires à parts égales de plusieurs sociétés qui détiennent la quasi-totalité du capital d’Unibel. Mais dans ce montage complexe, les Dufort n’ont pas de pouvoir de décision dans les instances de contrôle, et restent spectateurs.

Des actionnaires « prisonnier de leurs titres »

Si les Fiévet et les Sauvin entendent de concert rester aux commandes du fromager et poursuivre le développement de l’entreprise créée dans le Jura il y a plus d’un siècle (ils ont d’ailleurs entamé une diversification vers le végétal et le fruit), les Dufort eux, ont multiplié les procédures devant les juges pour tenter de s’extirper de ce carcan. Les épisodes sont nombreux, du tribunal de commerce en passant par le TGI de Paris, la cour d’appel (à deux reprises), avant le verdict final de la Cour de cassation. Ces dissensions durent depuis des années : les représentants de la famille Dufort expliquaient ainsi en 2016 devant le tribunal de commerce de Paris qu’aucun accord n’avait pu être trouvé entre les familles pour résoudre leur situation « à savoir une éviction de fait de toute gouvernance dans toutes les sociétés qui contrôlent le groupe Bel, tout en étant prisonnier de ses titres ».

Lactalis lorgne le capital de Bel

Au-delà de ces querelles de cousins, un déverrouillage des accords actuels aurait eu des conséquences majeures pour tout le secteur agroalimentaire français. « Une victoire des Dufort aurait pu mener à une réorganisation profonde du capital, et possiblement à une vente du groupe » nous explique une source proche du dossier. De fait, comme son père avant lui, Emmanuel Besnier, le patron du géant laitier Lactalis (marques Président, Galbani, Societé, Lactel…) cherche de longue date à avaler son concurrent, et son précieux portefeuille de marques appréciées des consommateurs.

Le PDG du groupe mayennais a multiplié en vain les offres de rachat ces dernières années. Et un morceau de fromage lui reste en travers de la gorge. En 2021, Lactalis avait dû accepter de céder les 23 % qu’il détenait du groupe Bel en échange de sa marque Leerdammer. Un joli coup réalisé par Antoine Fiévet, président de Bel et membre du directoire d’Unibel, qui récupérait la seule portion du capital encore en dehors des mains familiales. Ce qui lui permettait dans la foulée de retirer le fromager de la cote et d’en renforcer le contrôle. Juste avant ce départ programmé d’Euronext Paris début 2022, Lactalis avait joué son va-tout et formulé une nouvelle offre de rachat. Refusée par les Fiévet et les Sauvin. Et au grand dam des Dufort qui avaient tenté de torpiller ce retrait de la Bourse, en déposant un recours en annulation de la décision de conformité de l’AMF. Recours finalement rejeté, et assorti de 100 000 euros à verser à Unibel et Bel.

Le groupe Bel n’est « pas à vendre »

Faute de pouvoir racheter les parts des Dufort, Lactalis en est désormais réduit à surveiller toute brèche potentielle dans le capital de Bel. Ce qui revient à miser sur des désaccords au sein des deux autres familles. Hypothèse qu’une bonne source interne balaie d’un revers de la main, en mettant en avant la solidité de la gouvernance et du pacte d’actionnaires ainsi que l’alignement stratégique des deux branches aux commandes. Joints par l’Informé, les représentants des familles Dufort, Fiévet et Sauvin n’ont pas souhaité faire de commentaires.

Il y a quelques mois, dans une interview accordée au JDD, Antoine Fiévet se défendait d’être fragilisé par des conflits familiaux. « Les familles Sauvin et Fiévet, très unies, sont liées par un pacte qui leur garantit le contrôle. (…) La branche Dufort, minoritaire, qui s’était préparée à diriger Bel lors de mon arrivée à la direction, est sortie du pacte il y a plus de vingt ans. C’est une réalité avec laquelle nous composons. En succédant à mon grand-père Robert, je lui ai promis qu’en tant que représentant de la cinquième génération, je m’attellerais à assurer la pérennité de l’édifice et à le transmettre à la sixième génération ».