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Continuer la lectureKusmi Tea réfléchit à remplacer l’un de ses actionnaires
Sylvain Orebi, le patron de la marque de thé, dément toute vente de son entreprise. Mais admet se préparer au départ d’un de ses investisseurs.
Y aura-t-il bientôt du nouveau au capital de Kusmi Tea ? L’hypothèse n’est pas à exclure pour cette marque de thé haut de gamme, devenue une référence depuis son rachat par Sylvain Orebi en 2003. Le dirigeant - toujours majoritaire dans la PME de 500 salariés avec sa famille - étudie le sujet en compagnie de BNP Paribas, a appris L’Informé. Contacté, l’intéressé confirme des réflexions, dans un cadre informel, avec les équipes de la banque… tout en en relativisant leur portée . « L’un de nos minoritaires a une option de sortie dans les vingt-quatre prochains mois. Je réfléchis donc à son éventuel remplacement », répond le patron. L’actionnaire en question est la société d’investissement américaine Next World Evergreen, qui avait mobilisé 20 millions d’euros en 2017 pour entrer au capital. Plusieurs sources ont néanmoins assuré à l’Informé qu’une cession du contrôle de la société voire même une vente faisaient partie des options évaluées : une prise de température aurait même été réalisée en ce sens auprès de divers acteurs… Pourtant, selon Sylvain Orebi, de telles éventualités ne sont pas à l’ordre du jour : le dirigeant dit rester pleinement focalisé sur le développement de sa société, « en slalomant entre Covid, guerre en Ukraine, inflation et grèves contre les retraites. »
Le contexte économique actuel n’est pas très favorable aux opérations de fusions-acquisitions et de private equity dans l’agroalimentaire, où la hausse des coûts n’est pas facilement répercutable. Les actionnaires savent que ce n’est pas forcément le bon moment pour se désengager d’une entreprise de la filière, et préfèrent attendre. Mais quelques sociétés arrivent tout de même à affoler les acquéreurs, grâce au positionnement ou à la qualité de leurs produits. Exemple : la marque française de tisanes Les Deux Marmottes a été rachetée à prix d’or fin 2022 par Jacobs Douwe Egbert, la maison mère des Cafés Grand’mère et L’Or. La multinationale néerlandaise aurait signé un chèque de 140 millions d’euros pour ravir la PME savoyarde. Le montant équivalait à sept fois le chiffre d’affaires.
Difficile de dire si Kusmi Tea peut prétendre à pareil multiple de valorisation, le calcul étant de toutes façons différent s’il s’agit d’une prise de participation majoritaire ou minoritaire (il y a en général une décote dans ce dernier cas). « Les marchés de la tisane et du thé ont des caractéristiques qui leur sont propres, ajoute un très bon connaisseur de la filière. Dans le premier, des marques comme les Deux Marmottes s’approvisionnent en direct auprès des producteurs de plantes, tandis que le second fonctionne avec des intermédiaires, en l’occurrence avec une poignée de grossistes. »
Surtout, Kusmi Tea a un modèle de distribution bien à lui. Ses produits peuvent s’acheter dans les grandes surfaces, les circuits de « travel retail » ou les boutiques spécialisées, mais aussi dans près de 90 magasins développés par le groupe sous son enseigne. Un réseau qui a pâti de la pandémie : ses échoppes en centre commerciaux sont restées closes pendant de longs mois, tandis que l’absence de touristes et les fermetures de cafés-restaurants ont aussi pénalisé les ventes. Mais la croissance serait néanmoins repartie sur les chapeaux de roues. La PME générait près de 80 millions de chiffre d’affaires avant le Covid-19, son usine havraise alimentant une bonne trentaine de pays.