L'abonnement à l'Informé est à usage individuel
Un autre appareil utilise actuellement votre compte
Continuer la lectureComment Thierry Marx a sabordé la loi sur les plats « fait maison »
Pour plus de transparence, un texte voulait imposer aux restaurateurs de mentionner les plats qu’ils n’avaient pas confectionnés eux-mêmes. Le président de l’UMIH, soutenu par d’autres organisations patronales, a œuvré pour le vider de sa substance.
La nouvelle a jeté un froid lundi soir au palais des Congrès de Tours, où la crème des chefs était réunie pour la cérémonie de remise des étoiles du guide Michelin. En fin de journée, à l’Assemblée nationale, le président du groupe Renaissance, Sylvain Maillard, a décidé de retirer une proposition de...
Pour beaucoup, un chef a une large part de responsabilité dans ce renoncement : l’étoilé Thierry Marx. Président de l’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie (UMIH), le cuisinier aurait travaillé, en coulisses, à vider le texte de sa substance, jusqu’à le rendre bancal. Dans un courrier adressé en urgence à Emmanuel Macron, le 15 mars, et consulté par l’Informé, il n’a pas mâché ses mots. « Cette proposition de loi sacrifie la valorisation du travail des professionnels au profit d’une stigmatisation des plats et produits, des établissements et de leurs clients », assurait le restaurateur dans cette lettre cosignée avec le président de la Confédération Générale de l’Alimentation de Détail (représentant les boulangeries et autres boucheries) et la présidente du Groupement des hôtelleries et Restaurations de France (GHR). Ils ajoutaient que l’affichage « non fait maison » était une « ligne rouge à ne pas franchir »... et suggéraient ensuite des modifications à travers un lobbying très assumé : « nous avons échangé de manière positive avec le rapporteur du texte et lui avons construit un dispositif d’affichage spécifique et obligatoire », précisait le courrier.
De fait, le même jour, Christopher Weissberg, par ailleurs restaurateur, a déposé un amendement détaillant un nouvel « affichage spécifique et obligatoire » allant dans le sens de Marx et ses alliés : le dispositif n’aurait à s’appliquer qu’aux plats « faits maison »- et non aux autres. « Le fait de ne pas préciser la mention générique constitue une pratique commerciale trompeuse », soulignait l’amendement. Conséquence ? Les cartes des restaurants ne proposant aucun produit fait maison n’aurait pas eu à changer d’un iota ; la seule contrainte aurait porté sur les plats faits maison : sans mention associée, ils auraient pu faire l’objet d’une sanction ! « J’ai toujours défendu le « fait maison » ; mais je tiens à rassembler, assurait Thierry Marx à l’Informé lundi. L’avis des adhérents de l’UMIH devait être pris en compte. » Aujourd’hui, le chef se dit déçu du retrait de la loi, « pour une fois que les syndicats étaient alignés ».
Dans l’entourage de la ministre délégué aux entreprises, Olivia Grégoire, on fait grise mine, soulignant que « cette loi portait une belle ambition : celle d’une meilleure transparence au service des consommateurs ». La déception est d’autant plus forte qu’en octobre 2023, lorsque la ministre avait annoncé son souhait d’instaurer plus de transparence dans la restauration « pour protéger artisans et consommateurs », elle avait reçu un soutien appuyé du syndicat patronal Groupement des Hotelleries et Restauration de France. La structure avait alors promis être « un allié » sur le projet. Or le GHR a cosigné la lettre torpillant le texte.
Dans la profession, des voix s’élèvent pour dénoncer le rôle de l’UMIH derrière ce raté. Après tout, le syndicat, consulté de longue date, avait également fait allégeance au projet dans plusieurs communiqués.« Ce retrait, c’est une honte pour les restaurateurs ! L’amendement déposé vendredi dernier revenait à imposer une contrainte aux seuls restaurateurs artisanaux, et pas aux autres ! C’était une déclaration de guerre envers les artisans », dénonce le Stéphane Manigold, à la tête des restaurateurs de l’UMIH Paris, tout en accusant Thierry Marx de soutenir des intérêts contraires. On ne peut pas à la fois défendre les groupes industriels derrière Bleu Blanc Coeur, faire des publicités pour Lidl, et représenter les restaurateurs. » Ecarté fin 2023 du conseil d’administration de l’UMIH pour s’être opposé à son président, le patron du groupe Eclore, est très remonté. Comme son confrère Adrien Pedruzzi, président de l’UMIH Lot-et-Garonne. « Moi j’étais pour la mention « non fait maison », c’est important de valoriser le travail de ceux qui font des efforts en travaillant les produits brut, assure le propriétaire du Pronto Al Gusto, à Agen. Et bien personne ne m’a demandé mon avis. La question n’a pas été abordée en conseil d’administration de l’UMIH, je ne comprends pas pourquoi. »
Le gouvernement se dit ouvert à relancer les discussions pour trouver un accord - une hypothèse qui ne pourrait se produire avant l’automne étant donné le calendrier parlementaire.