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Grande conso

Imbroglio autour de la collecte et du recyclage de l’électroménager à Paris

L’éco-organisme Ecosystem a subitement rompu le contrat du prestataire Ecogem qui ramasse les frigos et lave-linge usagés dans la capitale, pour défaut de respect des normes. Selon Ecogem ce serait avant tout une question de gros sous.

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CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Depuis quelque temps, il est impossible de prendre rendez-vous sur le portail de la ville de Paris pour venir faire retirer à son domicile un vieux frigo ou une machine à laver. Aucun créneau n’est disponible, et ce n’est pas un bug. C’est la conséquence du conflit qui s’est noué en coulisses entre Ecogem et Ecosystem. Le premier est une structure de gestion des déchets électroménagers, qui va chez les particuliers pour collecter le GEM (gros électroménager) dont ils ne veulent plus. Ce qui permet de le récupérer, et, le cas échéant, de le réparer et de lui donner une deuxième vie.

Ce type de prestataire est précieux pour Ecosystem, l’éco-organisme qui doit piloter la gestion de fin de vie de l’électroménager mis sur le marché, en l’occurrence les déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE). Mais le torchon brûle désormais entre les deux structures. Ecosystem (dont les actionnaires sont les fabricants et distributeurs d’électroménager comme Philips, But, Fnac Darty, etc.) vient de mettre un terme au contrat qui le liait à Ecogem, et deux versions des faits s’affrontent. De son côté l’éco-organisme considère que le contrat est désormais caduc, faute d’avoir obtenu les preuves, réclamées depuis des mois, que les entrepôts d’Ecogem respectent bien la réglementation ICPE (Installation Classée pour la Protection de l’Environnement), car ils stockent des déchets avant de les envoyer au recyclage ou vers le réemploi.

Son de cloche radicalement différent chez la jeune PME créée il y a seulement trois ans. « Nous avons un contrat jusqu’en 2028 pour Carros (Alpes-Maritimes) et 2027 pour Paris avec Ecosystem, pour le compte duquel nous gérons la réception de la collecte du gros électroménager dans la capitale, indique Benjamin Carlu, directeur des opérations d’Ecogem. L’éco-organisme nous a demandé récemment une baisse très conséquente de nos prix, que nous ne pouvons pas effectuer. » Et de souligner : « Et, du jour au lendemain, Ecosystem a rompu notre contrat sans aucune mise en demeure car, soi-disant, nos sites de stockage ne rempliraient pas toutes les conditions en termes de réglementation. Nous nous retrouvons avec 70 personnes sur les bras qui n’ont plus rien à faire, avec un risque de licenciement économique et de cessation d’activité ». L’entreprise nous précise que le bâtiment de Paris où elle opère possède pourtant un classement ICPE 1510 répondant bien aux obligations légales.

Cette rupture signifie qu’Ecogem, qui gère notamment la collecte du GEM sur l’ensemble de Paris, n’a plus accès à la ressource. Elle a aussi des conséquences sur le site de Carros (AlpesMaritimes), lui aussi mis à l’arrêt comme le rapporte Nice Matin. Une action a été lancée en référé pour contester cette rupture, avec une décision attendue d’ici la fin octobre. « En attendant de statuer, le tribunal a attesté que nous devions continuer notre activité. Or, on nous a coupé les flux, nous n’avons plus d’activité. On voudrait nous mettre la pression qu’on ne ferait pas autrement », se désole Benjamin Carlu.

L’imbroglio est aujourd’hui total, mais une solution se dessine pour les parisiens désireux de se débarrasser de leur sèche-linge ou de leur lave-vaisselle. Ecosystem, qui n’a pas souhaité faire de commentaires quant à la thèse de la supposée baisse de prix du contrat, nous a précisé que la collecte devrait redémarrer très prochainement dans Paris, le temps qu’un nouveau prestataire se réorganise pour pouvoir gérer ces flux de machines. « Avec la ville de Paris et nos partenaires, nous avons fait le choix de suspendre la prise de rendez-vous par mesure de précaution, plutôt que de prendre le risque de ne pas pouvoir les honorer », indique la société. Contactée, la Ville de Paris n’avait pas répondu à l’heure de la publication.

L’année 2025 est décidément mouvementée pour l’éco-organisme, qui enchaîne les dossiers chauds. Après les départs d’adhérents importants ces derniers mois (comme United.b, la maison mère de Boulanger et d’Electro Dépôt), entraînant une baisse des éco-contributions perçues, Ecosystem a également vu partir dans la foulée sa directrice générale cet été, « pour s’investir dans de nouveaux projets professionnels ». Occupant le poste depuis 2021, Nathalie Yserd était présente dans l’entreprise depuis 13 ans. Et sur le front des relations avec ses prestataires, l’ambiance est parfois tendue. Outre le dossier Ecogem, plusieurs structures du réseau Envie (spécialisé dans l’insertion professionnelle et l’économie circulaire) se désolent d’avoir été exclues, en avril dernier, d’un appel d’offres logistique lancé par Ecosystem, qui risque de mettre en danger leur fonctionnement et les emplois associés. « On écarte les acteurs qui ont fait leurs preuves, sans critères de réemploi, ni exigence d’impact social. Le réemploi mérite mieux qu’une logique de prix à la tonne », avait déclaré Jean-Paul Raillard, président de la Fédération Envie. Là aussi, une procédure judiciaire est en cours pour contester cette non-sélection.