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Grande conso

Nature & Découvertes, WeFix : les filiales de Fnac Darty dans le dur

Les deux enseignes tournées vers la nature et la réparation de smartphones ont vu leurs pertes s’accroître ces dernières années.

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ANTOINE BOUREAU / Hans Lucas via AFP

En cette année de morosité commerciale, Noël s’annonce déterminant pour bien des enseignes. Pour Nature & Découvertes peut-être encore un peu plus que les autres. L’Informé a eu accès aux résultats du distributeur de télescopes, huiles essentielles ou autres jouets en bois… et ils sont inquiétants. L’an dernier, le réseau d’une petite centaine de boutiques en France a réalisé un chiffre d’affaires de 181,3 millions d’euros, en baisse de 6 %. C’est bien simple, depuis que Fnac Darty a racheté la chaîne à son fondateur François Lemarchand et à sa famille en 2019, elle n’a jamais retrouvé ses revenus d’alors (201 millions). Plombée par le mouvement des gilets jaunes, les grèves, le Covid et maintenant les tensions sur le pouvoir d’achat, l’enseigne voit son activité patiner et ses pertes se creuser : après avoir été tout juste à l’équilibre en 2020 et 2021 (respectivement 121 000 et 374 000 euros de bénéfices), elle est retombée dans le rouge, avec un déficit de 4,3 millions en 2022 et même de 10,8 millions l’an dernier. Lors du point d’étape semestriel réalisé cet été, Fnac Darty, qui ne détaille pas les performances de ses filiales, faisait état, pour le groupe, de « frais de restructuration pour environ 11 millions d’euros dont près de la moitié chez Nature & Découvertes ». Une situation qui a certainement précipité le départ de Frédérique Giavarini, DG du réseau, dont le remplaçant, Alain Keravec, officiellement annoncé le 25 octobre devra « accompagner l’entreprise dans son retour à une croissance durable ».

Et il va avoir du pain sur la planche. Face à la crise du pouvoir d’achat, les articles de loisir font moins recette. D’autant qu’ils subissent, en outre, la concurrence galopante des plateformes de vente en ligne type Temu, avec leurs babioles vendues une poignée d’euros, ou d’Amazon bien sûr. Pour faire face, la chaîne cherche, d’abord, à revoir son catalogue, avec des références plus différenciantes, plus durables, plus françaises et moins nombreuses. « Lors des différentes réunions avec la direction, nous avons souligné depuis longtemps le besoin de travailler l’offre commerciale pour mieux accrocher la clientèle, car on a de plus en plus tendance à trouver des produits similaires à ce qui se fait ailleurs », souligne un représentant de la CGT.

Le réseau prévoit aussi « le renforcement et le développement (de son) modèle omnicanal et expérientiel » selon un communiqué officiel. Un exercice d’équilibriste qui consiste à accroître la vente en ligne tout en réenchantant les magasins, comme disent les pros. Le tout à un moment où les investissements sont comptés, alors que Fnac Darty vient de boucler le rachat de l’italien Unieuro, spécialisé dans la distribution d’appareils électroniques et électroménagers. Des leviers de croissances peu coûteux sont aussi explorés. « En ce moment, l’accent est mis sur le développement d’une marketplace d’expériences : on propose aux clients d’acheter des sorties nature, des ateliers d’astronomie, etc. », nous signale un salarié. Et effectivement, il est possible de s’inscrire en ligne à des activités très variées dans toute la France, comme un atelier d’initiation au crochet à 29 euros, un stage menuiserie et bricolage pour enfants à 80 euros ou un séjour photo animalier dans la Somme à 750 euros.

Mais ces adaptations ne suffiront pas. Des aménagements plus douloureux sont en cours, avec la mise en place d’un plan de réorganisation et de restructuration, pour une entreprise qui comptait 106 magasins fin 2023, essentiellement en France (93 unités), avec quelques unités en Belgique, ainsi que 7 magasins franchisés en Suisse. Pour redresser les comptes, la direction a même proposé en début d’année de supprimer le versement du 13e mois. Une mesure rejetée en bloc par les équipes, quelques semaines avant qu’un nouveau coup de massue ne tombe sur la tête des salariés : l’annonce d’un plan de sauvegarde de l’emploi en France et la suppression programmée de 74 postes (sur les 1 000 que compte la société). « Ce PSE est toujours en cours. Il y a eu des coupes un peu partout, dans les services logistiques, au siège, ainsi qu’en magasins », nous indique un employé. Les boutiques de Gaîté Montparnasse (Paris), Levallois (92) et Mulhouse (68) pourraient ainsi baisser le rideau prochainement. En Suisse, 3 magasins franchisés exploités par le groupe Payot ont déjà fermé leurs portes depuis le début de l’année à Neuchâtel, Sion et Vevey, faute de rentabilité suffisante. Pas vraiment la ligne directrice prévue dans le plan Ambition 2025 fixé il y a trois ans, ciblant entre autres l’accélération du parc en franchise, un levier d’expansion utilisé sans retenue par Fnac et Darty. Contacté par l’Informé, Fnac Darty n’a pas fait de commentaires.

WeFix, une autre « pépite » de Fnac Darty en difficultés

En 2018, Enrique Martinez, DG de Fnac Darty, annonçait tout sourire le rachat de WeFix, entreprise de réparation de smartphones. Avec cette acquisition, le groupe d’électroménager et de produits culturels espérait avancer encore plus vite en matière d’économie circulaire. Ces espaces de réparation sur place revendiquent 227 000 prestations réalisées en 2023 en France et en Belgique dans leur réseau de 128 espaces de service (64 corners, 11 boutiques et 53 shop-in-shops). Mais si leur chiffre d’affaires a bien progressé (25,1 millions d’euros en 2019, puis 35,2 millions en 2021 et 37,8 millions en 2023), les pertes restent conséquentes. Représentant entre 4 et 5 millions par an jusqu’alors, elles ont beaucoup augmenté en 2022 (9,9 millions d’euros) puis 2023 (8,4 millions en 2023). Le magazine Challenges rapportait pour sa part que le chiffre d’affaires aurait été inférieur de 20 % aux prévisions budgétaires en 2023, en raison de la durabilité accrue des nouveaux modèles de smartphones et de la baisse de la demande de réparations. Et que pas moins d’un tiers des comptoirs étaient en insuffisance brute d’exploitation.

Pour autant, selon une source interne à l’entreprise, l’année dernière a été atypique en raison de nombreux tests et développements suite à l’obtention de l’agrément officiel d’Apple pour la réparation. Cette activité, qui nécessite souvent l’immobilisation pendant plusieurs jours des appareils, a été depuis rebasculée chez Darty, WeFix étant revenu à son business model de base, à savoir la vente de produits (smartphones, tablettes…) de seconde main et la réparation immédiate sur place. Ce retour aux origines a été bénéfique selon notre informateur, qui évoque un redressement assez rapide de cette filiale, et un possible équilibre financier dès cette année. D’autant que l’activité est portée par l’augmentation du prix des appareils qui favorise leur réparation, plutôt qu’un achat neuf.