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Énergie - Environnement

Mini-réacteurs nucléaires : la liste des implantations se dessine

Autorités administratives et start-up engagées sur des projets de petits réacteurs modulaires (SMR en anglais) ont établi un premier bilan des besoins et des lieux d’installations possibles.

Le site nucléaire du CEA à Cadarache (Bouches-du-Rhône)
Le site nucléaire du CEA à Cadarache (Bouches-du-Rhône) BORIS HORVAT / AFP

Où seront construits demain les petits réacteurs modulaires (PRM, en anglais Small modular reactor, SMR) nucléaires sur lesquels planchent aujourd’hui une dizaine de start-up tricolores ? Doucement mais sûrement, la carte des implantations potentielles commence à prendre forme. Selon un document consulté par l’Informé, les jeunes pousses engagées dans l’appel à projets « réacteurs nucléaires innovants » initié par France 2030 ont fini un premier round de discussions avec la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC) et l’Agence de programme pour le nucléaire innovant (APNI), créée au sein du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) pour accompagner ces nouveaux acteurs du nucléaire.

Les échanges se sont concentrés sur deux volets : les besoins fonciers des intéressés et les sites potentiels existant sur le territoire. Premier constat issu de ces débats : les surfaces varient substantiellement selon les projets. La mission d’un PRM joue : un réacteur destiné à produire de la chaleur n’a pas les mêmes impératifs qu’un mini-réacteur destiné à produire de l’électricité. Les puissances promises influent aussi nettement : avec son réacteur à eau légère Cal-30, Calogena s’engage sur une puissance de 30 MW thermiques, quand le réacteur caloporteur au sodium d’Otrera vise 300 MWth… Les candidats lorgnent donc des surfaces allant de 1 à 6 hectares, pour les moins gourmands, à des superficies de 30 à 40 hectares pour les projets les plus imposants que lorgnent les entreprises. Les uns entendent y construire leur réacteur, les autres les usines nécessaires à leur projet. Autre paramètre clé qui déterminera les emplacements, la nécessité - ou non - de se trouver à proximité d’une source d’eau froide nécessaire pour le refroidissement de certains des réacteurs.

Pour l’instant, ces premiers échanges se déroulent très en amont d’une sélection définitive. Sept start-up sont en phase préparatoire (Hexana, Stellaria, Blue Capsule, Newcleo, Naarea, Thorizon et Otrera) et deux seulement ont atteint la phase réglementaire : Calogena, dont le dossier est en pré-instruction auprès de l’ASNR et Jimmy, passé à l’étape d’instruction de la demande d’autorisation de création. L’ex-Nuward, le projet de SMR porté par EDF, est lui en cours de reconfiguration chez l’énergéticien, à la suite de la décision du groupe d’abandonner la V1 en juillet (voir article). Côté disponibilités géographiques, les grands donneurs d’ordre de la filière (le CEA, Orano, EDF…) ont été mobilisés pour un état de l’art sur leur foncier.

100 hectares à Marcoule

Sans surprise, trois emplacements particulièrement bien dotés sont identifiés : les implantations du CEA à Marcoule (Gard) et Cadarache (Bouches-du-Rhône) et le site Orano de Pierrelatte près de la centrale nucléaire du Tricastin (Drôme). Le premier est particulièrement attractif avec son vaste foncier : le site dispose d’une centaine d’hectares disponibles. L’hypothèse d’une installation de Nuward avait d’ailleurs déjà été envisagée à Marcoule il y a plusieurs mois (voir notre article). Cadarache compte, lui, une demi-douzaine de lieux pour des projets de petite taille, tout comme Pierrelatte, où deux terrains pourraient accueillir des PRM. Leur atout commun : être situés sur des sites nucléaires existants, ce qui simplifierait l’acceptabilité, faciliterait les impératifs de sûreté et de sécurité et ferait gagner du temps aux intéressés… « Ces zones sont déjà caractérisées sur les sols, l’environnement, les conséquences en cas de rejets radioactifs, etc. », précise un spécialiste du secteur.

Si la détermination d’un site n’est pas nécessaire pour déposer le dossier d’option de sécurité auprès de l’ASNR (examen des options de sûreté préalable à une demande d’autorisation de création d’installation nucléaire de base), l’identification d’un lieu est pourtant « fortement recommandée », précise le document. La première sélection des zones potentielles opérées par la DGEC et l’APNI n’est cependant pas exhaustive : d’autres emplacements - comme ceux actuellement occupés par des installations nucléaires en cours de démantèlement - voire des ressources foncières non nucléaires - pourraient encore être recensés.

En attendant, les start-up restent pour la plupart concentrées sur la recherche - difficile - d’investisseurs privés. En vue, le démarrage de la deuxième phase de l’appel à projet (AAP) sur les réacteurs innovants, censée être lancée à l’issue du prochain Conseil de politique nucléaire (CPN), attendu depuis l’automne mais plusieurs fois repoussé faute de gouvernement stable. Il est désormais espéré pour mars.