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Continuer la lectureMini-réacteurs nucléaires : comment les start-up labellisées s’organisent pour décrocher les financements
L’audit du haut-commissaire à l’énergie atomique sur la douzaine de projets de mini-centrales nucléaires sélectionnés par France 2030 sera déterminant. À la clé : plusieurs centaines de millions d’euros d’aides.
Après trois jours d’auditions mi-juillet pour présenter leurs projets aux pouvoirs publics, les start-up travaillant sur des prototypes de mini-réacteurs nucléaires vont devoir s’armer de patience. L’audit exhaustif des concepts portés par les 11 entreprises sélectionnées dans le cadre de l’appel à projets (AAP) sur les réacteurs innovants, porté par France 2030, doit être compilé dans un rapport piloté par le haut-commissaire à l’énergie atomique Vincent Berger. Lequel sera remis à son commanditaire, Emmanuel Macron, en vue de la seconde étape : la sélection de celles qui pourront concourir à la deuxième étape de l’AAP et qui permettra aux heureux élus de prétendre à de nouveaux financements publics.
Les équipes du haut-commissaire ont jusqu’au prochain comité de politique nucléaire (CPN) pour rendre leur copie. Cette instance, censée définir les grandes orientations de la politique nucléaire française, devait se réunir en octobre. Mais selon nos informations, son organisation devrait a minima être reportée d’un mois. « L’évaluation du haut-commissaire s’inscrit comme un point d’étape au milieu du calendrier, explique Vincent Gorgues, directeur de cabinet du haut-commissaire. Elle a vocation à dresser l’état des lieux scientifique, économique, technique et de sûreté de chaque projet labellisé. Charge ensuite aux équipes de France 2030, et notamment au Secrétariat général pour l’investissement (SGPI), de décider de la suite ».
Un milliard d’euros de financement public est prévu pour les trois étapes de l’appel à projets. L’État a déjà déboursé 129,8 millions d’euros pour le round 1 de l’AAP, achevé en juin 2023. Ce sont donc les centaines de millions du round 2 prévus par France 2030 que visent désormais les lauréates. Les fonds sont décernés en fonction de la maturité technique et financière des projets. Les jeunes pousses ayant présenté des concepts de réacteur innovant en phase 1 - dite de « maturation » - ont bénéficié d’un premier niveau de financement allant jusqu’à 10 millions d’euros. La deuxième phase, appelée « preuve de concept », ouvre droit, elle, à près de 80 millions d’euros. La troisième phase (« prototypage ») est l’ultime Graal : elle permet d’être soutenue à hauteur de 300 millions d’euros. Sur les 11 start-up, 10 ont candidaté en phase 1 (Blue Capsule, Calogena, Hexana, Naarea, Newcleo, Otrera, Renaissance Fusion, Stellaria, Taranis, Thorizon) et une en phase 2 (Jimmy).
« En vue de la deuxième étape, les sociétés vont devoir montrer qu’elles ont levé les verrous techniques bloquants, travaillé leur business plan et dérisqué au maximum leur concept », gage un spécialiste du secteur. En éclairant les pouvoirs publics sur leurs forces et faiblesses, l’évaluation que va fournir le haut-commissaire sera donc décisive pour prétendre accéder à la prochaine marche du podium…
Regroupements
Car il n’y aura pas de place pour tout le monde. « Il faut évidemment s’attendre à un effet entonnoir », explique un fin connaisseur du dossier. « Sur chaque technologie [sel fondu, sodium, haute température…], il y a plusieurs projets concurrents. Il est logique que cela conduise à des regroupements », complète Alain Vallée, ingénieur en chef chez Calogena. La société dont il est l’un des fondateurs développe par exemple une mini-centrale - destinée à produire de la chaleur - basé sur un réacteur à eau légère, comme l’est le réacteur d’EDF Nuward, destiné, lui, à produire de l’électricité. Naarea, Thorizon et Stellaria planchent de leur côté sur des réacteurs à sels fondus tandis qu’Hexana et Otrera phosphorent sur un réacteur au sodium.
Le deuxième round de l’AAP ne devrait pas intervenir avant 2025. Ses modalités sont en cours de révision, pour tenir compte de difficultés rencontrées pendant la phase 1, notamment autour de l’implication du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA). Chargé d’accompagner et d’apporter son expertise aux entreprises candidates, il est lui-même partie prenante dans l’appel à projets, via plusieurs start-up lauréates (Hexana, Stellaria, Blue capsule…).
La mise à l’arrêt soudaine du projet de mini-centrale modulaire d’EDF, révélée début juillet par l’Informé, rebat par ailleurs les cartes du financement public. Elle « libère » en effet de moitié de l’enveloppe financière prévue par France 2030 pour les réacteurs innovants : un demi-milliard devait être affecté à Nuward. Reste que le nouveau contexte politique laisse cependant le secteur circonspect et inquiet. Selon le profil du futur premier ministre, le soutien au nucléaire pourra ne pas être le même…