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Énergie - Environnement

Daniel Verwaerde, l’ex-patron du CEA, appelé à la rescousse du nucléaire

L’Élysée multiplie les décisions pour encadrer le projet de construction des nouveaux EPR : il vient de missionner l’ex-administrateur du CEA comme éminence grise du prochain Conseil de politique nucléaire.

Daniel Verwaerde
Daniel Verwaerde ERIC PIERMONT / AFP

En pleine relance du nucléaire, l’exécutif bat le rappel des troupes pour déployer sa feuille de route. Selon nos informations, l’Élysée vient de mobiliser l’un des grands manitous du secteur : Daniel Verwaerde, ancien administrateur général du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), a été appelé pour apporter son expertise dans le cadre du prochain Conseil de politique nucléaire (CPN), prévu vendredi 3 février.

Cette instance, créée en 2008 par Nicolas Sarkozy, est censée selon la loi « définir les grandes orientations de la politique nucléaire française et veiller à leur mise en œuvre » . Elle rassemble, sous la présidence du chef de l’État, pas moins d’une dizaine de ministères (économie, écologie, armées, recherche, affaires étrangères...), le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) ou encore le CEA. Peuvent aussi être conviés à participer aux débats hauts fonctionnaires, représentants des industriels du secteur et personnalités qualifiées.

Quatre ans sans Conseil de politique nucléaire

Le prochain CPN promet une revue exhaustive des enjeux de la filière, de « l’approvisionnement en combustibles au traitement des déchets », a fait savoir l’Élysée. Le rendez-vous était plus qu’attendu, alors que plusieurs décisions clés sur l’avenir énergétique de la France ont été prises depuis un an : la construction de 6 réacteurs de type EPR2 annoncée par Emmanuel Macron en février 2022, l’examen parlementaire du projet de loi visant à accélérer le nucléaire, la remise en cause du plafonnement à 50 % de la part de l’atome dans la production d’électricité d’ici à 2035… Voilà plus de quatre que le conseil n’avait pas été réuni ! Ce manquement avait d’ailleurs été souligné à plusieurs reprises en fin d’année dernière lors des auditions menées par la Commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale sur « la perte de souveraineté et d’indépendance énergétique de la France » .

Daniel Verwaerde jouera donc les éminences grises au sein de ce cénacle. Patron du CEA de 2015 à 2018, il avait, auparavant, dirigé la puissante - et discrète - direction des applications militaires (DAM). Au-delà de son expertise sur le volet technique, il devrait aussi avoir un rôle de conseiller sur l’organisation de la filière, alors que le programme de construction du futur parc se dessine (chaîne industrielle, effectifs, formation en nombre et en compétences des ingénieurs sur les prochaines décennies). L’homme est par ailleurs rompu aux subtilités des arbitrages interministériels : une qualité utile au sein du CPN. Sa présence devrait aussi rassurer les corps des ingénieurs, en particulier les centraliens très présents dans le nucléaire.

Son arrivée complète la série de nominations initiées par l’exécutif dans le secteur depuis six mois. Le mercato a commencé en septembre avec la désignation de Luc Rémont comme PDG d’EDF, à la suite de Jean-Bernard Lévy. En novembre, c’est une délégation interministérielle au nouveau nucléaire qui a été lancée et confiée à Joël Barre. Cet ancien Délégué général à l’armement, peu familier des questions atomiques, va superviser la construction des réacteurs. Sa mission ? Coordonner la relation entre l’État, les acteurs de la filière (EDF, RTE, l’Autorité de sûreté nucléaire…) et les territoires où les centrales seront construites… Avec un objectif, éviter les retards et les surcoûts.

D’autres pontes du nucléaire tricolore sont aussi consultés, comme Yannick d’Escatha. L’ancien administrateur général du CEA, et ex-directeur général délégué d’EDF, avait déjà été mandaté en 2018 pour réfléchir aux conséquences de la programmation de la construction de nouveaux réacteurs nucléaires. Son rapport, réalisé avec le prédécesseur de Joël Barre à la DGA, Laurent Collet-Billon, gageait que sans futures centrales la filière risquait de perdre en compétences et en attractivité et préconisait d’ailleurs le déploiement de plusieurs paires d’EPR à compter de 2025…

Reste une nomination que tout le secteur attend : le prochain Haut-Commissaire à l’énergie atomique. Patrick Landais, en poste depuis 2019, vient tout juste d’achever son mandat et ne sera pas renouvelé.