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Continuer la lectureLe DRH « disparu » du CEA sous le coup d’une enquête judiciaire
Alors que le Commissariat à l’énergie atomique reste mystérieux sur les raisons du retrait de Philippe Sansy fin janvier, l’Informé révèle que ce haut cadre habilité secret défense a été interpellé fin janvier.
Voilà maintenant quatre mois que Philippe Sansy, le directeur des ressources humaines et des relations sociales (DRHRS) du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) ne s’est pas présenté chez son employeur. Mi-mars, le dirigeant a été remplacé, en toute discrétion, par son ...
Selon nos informations, Philippe Sansy a été interpellé fin janvier pour des soupçons de violence sexuelle intrafamiliale. Un important dispositif policier armé a été déployé de bon matin à son domicile. Une enquête est ouverte au parquet de Nanterre, qui ne communique pas sur le sujet. Même discrétion au ministère des Armées, l’une des tutelles du CEA, qui précise ne pas commenter « une enquête en cours ». Présumé innocent, Philippe Sansy fait toujours partie aujourd’hui des effectifs du commissariat.
Le mutisme de la direction est à la hauteur de l’embarras suscité par cette affaire et de la position occupée par Philippe Sansy au sein de ses instances dirigeantes depuis trente-six ans. Entré en 1990 à la Direction des ressources humaines et des relations sociales, ce spécialiste du droit social y a gravi les échelons, devenant l’incontournable grand manitou de la gestion des carrières et des sujets sociaux du CEA.
Numéro 2 de la DRHRS en 2001, il avait rejoint en 2007 la puissante Direction des applications militaires (DAM) pour en superviser les ressources humaines. Sorte d’État dans l’État, cette entité chargée d’assurer la conception et la fiabilité de la dissuasion nucléaire française était alors dirigée par Daniel Verwaerde. La désignation de ce dernier comme administrateur général (AG) du CEA en 2015 a ensuite donné à Philippe Sansy l’occasion de revenir à la tête de la DRHRS un an plus tard.
L’arrivée de François Jacq à la tête du commissariat, en 2018, a cependant un peu enrayé son ascension. Le nouvel arrivant lui avait alors confié une entité moins stratégique : la direction de l’audit, des risques et du contrôle interne (Darci). Il y est resté trois ans, avant d’être rappelé en 2022 à la DAM en tant que directeur opérationnel adjoint. La nomination d’Anne-Isabelle Etienvre comme administratrice générale du CEA, l’été dernier, lui a permis de retrouver son terrain de prédilection : en octobre 2025, il a de nouveau été propulsé à la tête de la DRHRS. Investi d’un large périmètre, il a été missionné pour régler plusieurs dossiers sociaux épineux qui empoisonnent de longue date l’organisme (accords sociaux, rémunérations, statuts des forces locales de sécurité…).
Informations classifiées
Un parcours qui fait de Philippe Sansy un salarié peu ordinaire… Tant à la DRHRS qu’a fortiori à la DAM, Philippe Sansy est en effet habilité - au plus haut niveau - au secret de la défense nationale, sésame indispensable pour accéder aux informations classifiées « secret » et « très secret » (comme par exemple le positionnement des sous-marins lanceurs d’engins ou le plan des armes). Cette habilitation est obtenue après une enquête administrative diligentée par la Direction du renseignement et de la sécurité de la défense (DRSD) pour les activités militaires et, pour les activités civiles, par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et le Commandement spécialisé pour la sécurité nucléaire (CoSSEN) créé en 2016. Elle permet « de déterminer si l’intéressé, par son comportement ou son environnement proche, présente des vulnérabilités » précise la loi. Soit parce « qu’il constitue lui-même une menace pour le secret, soit parce qu’il est exposé à un risque de chantage ou de pressions pouvant mettre en péril les intérêts de l’État ».
Si les faits dont est soupçonné Philippe Sansy sont confirmés par la justice, ils soulèveraient des interrogations sur le criblage des hauts profils travaillant pour le CEA à des postes sensibles. « Les enquêteurs effectuent des recherches très approfondies sur les personnes et leur entourage, explique un ancien du CEA. Mais ils ne peuvent pas anticiper une situation imprévisible, comme un salarié qui se bat dans bar, commet un crime, ou la déviance subite d’un collaborateur qui vrille. » À l’inverse, s’il s’avérait que l’analyse du profil de Philippe Sansy, était passée à côté d’une éventuelle fragilité personnelle ou de manquements professionnels, la fiabilité des procédures de sécurité de l’organisme ou de celles des services enquêteurs pourrait être questionnée. Sachant que pour un profil de ce type les habilitations sont réexaminées régulièrement…