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Continuer la lectureLe CEA lance le lifting de sa direction militaire
Sous la houlette de son nouveau patron, la très stratégique direction des applications militaires (DAM) du Commissariat à l’énergie atomique, chargée d’assurer la fiabilité de la dissuasion nucléaire française, va faire peau neuve. Une première depuis 30 ans.
Il aura fallu plus de six mois de concertation pour jeter les grandes lignes de la nouvelle organisation de la direction des applications militaires (DAM) du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA). Mais quand on est âgé de 70 ans, que l’on n’a pas connu de réforme profonde depuis 30 ans et que l’on est responsable de l’efficience et de la fiabilité de la dissuasion nucléaire française, il faut savoir prendre son temps. C’est ce qu’a fait Jérôme Demoment, arrivé il y a 15 mois à la tête de cette direction de l’organisme de recherche, aussi discrète que stratégique, ainsi que l’avait annoncé l’Informé.
Selon nos informations, la nouvelle mouture va être déployée à partir de juillet. Pour l’élaborer, le directeur des applications militaires s’est appuyé sur les directeurs de centres, les différentes directions de programme et les partenaires sociaux. Environ 5 000 personnes, sur les 22 000 que compte le CEA, travaillent dans les cinq sites de la DAM répartis dans toute la France. Les supercalculateurs pour la défense, la lutte contre la prolifération et le terrorisme nucléaires et la conception des charges nucléaires sont opérés par la DAM Île-de-France (Essonne) ; l’architecture des têtes nucléaire relève du site bordelais Cesta (Gironde) où est aussi exploité le Laser Mégajoule ; les matériaux et composants nucléaires sont faits à Valduc (Côte d’Or), la vulnérabilité des systèmes d’armes à Gramat (Lot), tandis que Le Ripault (Indre-et-Loire) assure la mise en œuvre des composants et matériaux non nucléaires des armes. Une grande partie de l’activité propulsion nucléaire (maintien en condition opérationnelle des équipements notamment) est opérée sur le site de Cadarache.
Nouvelles menaces
Objectif de cette refonte engagée par Jérôme Demoment : adapter la DAM aux nouvelles menaces. « Les doctrines militaires de nos alliés et de nos ennemis ont changé, les menaces prennent de nouvelles formes, les matériels changent très vite, analyse un spécialiste du secteur nucléaire. La DAM doit être en capacité de suivre ces évolutions. Cette transformation doit l’amener à mieux pénétrer les défenses adverses (rapidité, furtivité, etc.) ». Elle permet également à son nouveau patron d’imprimer sa patte sur la structure, dirigée de 2020 à 2024 par son prédécesseur Vincenzo Salvetti.
Présenté ces jours-ci au comité national du CEA, ce changement devrait entraîner des modifications dans les strates managériales, permettre d’améliorer les interfaces entre les différents sites de l’entité et « faire émerger une nouvelle génération de managers », gage un ancien de la maison. La réorganisation semble, pour l’instant, faire consensus en interne, malgré l’absence de précédent récent : la dernière refonte majeure de la DAM remonte à l’année 1996, lorsque la direction a lancé le programme « simulation », consécutif à l’arrêt des essais nucléaires…