Énergie - Environnement

Réorganisation d’EDF : EDF Power Solutions attend son tour

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Alors que le PDG Bernard Fontana vient de revoir la gouvernance de son programme « nouveau nucléaire » et de son activité hydraulique, la filiale verte d’EDF planche sur la revue stratégique de ses actifs.

Bernard Fontana, PDG d’EDF
Bernard Fontana, PDG d’EDF JEFF PACHOUD / AFP

Après la fournée de nominations officialisées le 8 juillet sur la gouvernance de son programme nouveau nucléaire et de son activité hydraulique, le PDG d’EDF Bernard Fontana va se saisir rapidement d’un autre chantier : la stratégie du groupe dans les énergies vertes. Selon nos informations, le nouveau patron de l’énergéticien doit bientôt s’entretenir avec Béatrice Buffon, la directrice d’EDF Power Solutions, l’ex-EDF Renouvelables, nouvellement rebaptisé (voir notre article).

Depuis quelques semaines, tout le monde est donc sur le pont pour préparer cette revue des actifs. Tout est passé au crible : rentabilité des projets, perspectives et développement des business en France et à l’étranger, dans l’éolien en mer, l’éolien sur terre et le photovoltaïque ! En attendant de savoir comment le vent va tourner, les troupes s’accrochent à quelques signaux faibles : « La participation du groupe à l’appel d’offres sur une concession d’éolien flottant en mer du Nord allemande s’est certes soldée par un échec - le marché ayant finalement été remporté par TotalEnergies et EnBW en juin - mais l’offre portée par EDF n’avait pas été bloquée par Bernard Fontana et le projet avait été accepté en comité des engagements », analyse une source interne. EDF Power Solutions poursuit en parallèle le déroulé de son projet « Boost », qui prévoit notamment l’intégration en son sein des salariés de la direction internationale d’EDF. La filiale Hynamics, spécialisée dans l’hydrogène et actuellement logée dans EDF Pulse Holding, pourrait également y être rattachée.

Les propos de Bernard Fontana sur les renouvelables lors de son audition du 30 avril devant les commissions des affaires économiques parlementaires ne sont pas de nature à rassurer les équipes. « Pour mémoire, il n’en a quasiment pas parlé et s’est focalisé sur le programme nucléaire et l’hydroélectricité », rappelle un observateur. Le nouveau patron d’EDF a certes promis de consacrer « un investissement personnel de [son] temps dans ces énergies », mais a surtout circonscrit leurs champs. L’éolien off shore a fait l’objet de quelques évocations, mais essentiellement sur les projets déjà attribués à EDF en France. Le photovoltaïque et l’éolien terrestre n’ont pas été cités une seule fois par le nouveau patron du groupe, qui a en revanche rappelé que la « ligne de Belfort » [où Emmanuel Macron a relancé le programme nucléaire français en 2022, ndlr] guidait « les projets du groupe EDF ».

Quelques nuages planent aussi sur la filiale verte. Le groupe vient d’annoncer que le parc éolien de Courseulles-sur-Mer dans le Calvados ne sera mis en service qu’en 2027, au lieu de 2025 comme prévu, en raison des problèmes rencontrés par l’italien Saipem dans la construction des fondations. La filiale américaine EDF Renewables North America est également en posture délicate : elle a dû passer 900 millions d’euros de dépréciation dans ses comptes en février, relançant les supputations sur sa possible cession - totale ou partielle -. « Cette revue stratégique des actifs devrait donner un état des lieux circonstancié sur la maîtrise des projets, l’analyse des risques et des marchés d’EDF Power Solutions, qui permettra de clarifier les axes de la stratégie », gage un proche du dossier côté maison mère.

Comité exécutif d’EDF : Fontana revoit les têtes et les périmètres

Les préconisations du rapport Folz de 2019 sur la construction de l’EPR de Flamanville semblent clairement transcrites sur le papier et incarnées par des visages dans l’organisation d’EDF. Les nominations officialisées le 8 juillet par le PDG Bernard Fontana dans la gouvernance du groupe, en témoignent. Deux piliers émergent désormais pour porter le programme nucléaire tricolore : l’un est strictement structuré autour de la maîtrise d’œuvre (MOE) et l’autre autour de la maîtrise d’ouvrage (MOA). Le premier a été confié à Thierry Le Mouroux, chargé de la direction projets et construction et le second à Xavier Gruz en tant que directeur des programmes nucléaires. Celui-ci, dont l’Informé avait annoncé fin mars les futures fonctions, rejoint le premier au comité exécutif.

Ce sont donc deux profils, recrutés par Luc Rémont et arrivés récemment dans le groupe - respectivement en janvier et décembre 2024 - que Bernard Fontana a choisi de faire monter pour mettre en ordre de marche le programme nouveau nucléaire. Ce remaniement modifie en profondeur - et à la baisse - les périmètres de deux autres membres du comité exécutif. Alain Tranzer, arrivé lui aussi l’an dernier, pour piloter l’ingénierie et la supply chain est amputé d’une partie de ses attributions : d’abord le pilotage d’Edvance, la filiale d’EDF et Framatome chargée de la conception et la fabrication des îlots nucléaires et du contrôle commande des réacteurs en construction, mais aussi la supply chain, récupérées par Thierry le Mouroux. Cet ancien d’Areva « aura donc la main sur l’ensemble des projets nouveaux nucléaires, en France, au Royaume-Uni et à l’international. Les interfaces vont être désormais sous son pilotage, ce qui facilitera l’alignement de toutes les entités vers un seul objectif : la réussite des projets », estime une source interne.

Le patron de la direction stratégie, technologies, innovation et développement Xavier Ursat, dont le sort était au cœur des interrogations, garde quant à lui, pour l’instant, la R&D et la stratégie. La MOA du nouveau nucléaire, passée chez Xavier Gruz, et le développement nucléaire international lui échappent. La question de son maintien à la tête du Comité stratégique de filière nucléaire (CSFN) et du Groupement des industriels français de l’énergie nucléaire (Gifen) pourrait donc se poser.

Pour remplacer le secrétaire général Brice Bohuon, qui a payé de n’avoir pas su accompagner au mieux Luc Rémont dans ses relations avec l’exécutif, Bernard Fontana a choisi Nicolas Machtou, dont le profil très politique « sera utile pour gérer l’interface avec le gouvernement et l’Agence des participations de l’Etat », gage un proche du dossier. Enfin, Emmanuelle Verger, que Luc Rémont avait placée à la tête du parc hydraulique en 2022, fait elle aussi son entrée au comité exécutif.

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