Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Énergie - Environnement

Marcoule, le site du CEA que toute la filière nucléaire s’arrache

Possible lieu d’implantation de Nuward, la mini-centrale d’EDF, le site gardois est aussi dans le viseur des start-up engagées dans des projets de petits réacteurs de nouvelle génération.

BRAND20240325_209
BRAND20240325_209

Accueillir non pas un, mais plusieurs réacteurs nucléaires modulaires de petite taille. Voilà, à terme, ce qui pourrait se dessiner pour le site du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) à Marcoule, dans le Gard. Comme l’écrivait l’Informé, EDF est bien parti pour y implanter son small modular reactor (SMR) Nuward, dont la mise en service est espérée vers 2035. Mais une dizaine de start-up engagées dans des projets de petits réacteurs nucléaires de quatrième génération pousse, aussi, pour y trouver sa place. Il faut dire que les qualités du site sont indéniables.

Disposant de réseaux électriques dimensionnés pour de fortes puissances, baigné par le Rhône (nécessaire pour refroidir les grandes installations nucléaires), riche du centre de recherches et de tests dont dispose sur place le CEA et d’un écosystème industriel local étoffé, le site basé à Bagnols-sur-Cèze frôle le sans-faute, suscitant un lobbying actif des nouveaux entrants. Les candidats potentiels sont nombreux. En 2023, huit entreprises lauréates de l’appel à projet « réacteurs nucléaires innovants » ont reçu un soutien financier de l’État (Naarea, Newcleo, Jimmy Energy, Renaissance Fusion, Calogena, Hexana, Otrera, Blue Capsule). Elles ont été rejointes en mars 2024 par Stellaria, Thorizon et GenF.

Si leurs projets ne sont pas encore mûrs, la détermination du lieu d’implantation reste un enjeu essentiel. « Savoir où ces futurs réacteurs vont s’implanter est nécessaire pour connaître l’impact des effets sismiques et avancer sur leur dimensionnement », explique un fin connaisseur du secteur. « On réfléchit dès maintenant aux impératifs fonciers. Si nous voulons faire diverger notre réacteur [ndlr : démarrer la réaction en chaîne de fission] en 2032, comme nous l’espérons, il faut que l’on sache vers 2027 où l’on va s’installer », ajoute Frédéric Varaine, le fondateur d’Otrera. Malgré une quarantaine d’hectares déjà disponibles auxquels pourraient s’ajouter quelques dizaines d’autres adjacents, Marcoule ne pourrait cependant probablement pas accueillir tout le monde. « In fine, sur cette douzaine de projets, il n’y en aura sûrement pas plus de trois ou quatre qui seront en mesure de se lancer dans un prototype », reprend Frédéric Varaine. De premières convergences s’esquissent d’ailleurs entre ces nouveaux acteurs. Naarea, Newcleo et Thorizon ont annoncé en début de l’année des partenariats stratégiques et industriels. Des logiques de complémentarités pourraient aussi émerger entre les projets d’Hexana ou d’Otrera, deux start-up essaimées par le CEA.

Orphelins d’Astrid

Pour compliquer un peu la donne, ces petits acteurs du nucléaire de 4e génération ne sont pas les seuls à lorgner le site gardois. L’emplacement fait aussi briller les yeux des partisans des réacteurs à neutrons rapides (RNR) de forte puissance, orphelins depuis l’abandon du projet de réacteur Astrid par le gouvernement d’Édouard Philippe en 2019. D’autant que ce démonstrateur, ne nécessitant pas d’uranium naturel extrait des mines et permettant de brûler tous types de plutonium ainsi qu’une meilleure gestion des déchets radioactifs, devait voir le jour à... Marcoule.

Fin février, dans un courrier à Emmanuel Macron, l’Association de défense du patrimoine nucléaire et du climat PNC-France, présidé par Bernard Accoyer, s’était indignée que des jeunes pousses « s’autorisent, par voie de presse, à préempter l’usage de terrains (...) appartenant au CEA à Marcoule », estimant qu’ils devaient être « clairement réservés aux projets les plus importants ». « Abandonner Marcoule aux start-up reviendrait à renoncer au développement des recherches nécessaires à un prototype RNR de forte puissance, alors que c’est une nécessité : les ressources en uranium sont limitées et les besoins énormes compte tenu du développement mondial des centrales nucléaires », insiste la physicienne Claire Kerboul, ancienne chercheuse au CEA.

La possible implantation à Marcoule du projet de SMR d’EDF Nuward suscite elle aussi des crispations. L’énergéticien espérait qu’elle soit officialisée lors du Conseil de politique nucléaire du 26 février. Mais ça n’a pas été le cas. « Un site comme celui-là a-t-il vocation à accueillir un réacteur de 3e génération [Nuward est basé sur la technologie des réacteurs à eau pressurisée, comme les EPR] ? N’est-il pas plus logique de conserver cette zone pour les projets innovants ? », s’interroge un spécialiste de la filière.

Le « Stéphane Plaza » du foncier nucléaire

Du côté du CEA, on ne commente pas le sujet. L’organisme s’en remet aux décisions de l’État. Le Commissariat, qui a vocation à structurer la filière en mettant à disposition ses outils de recherche et son expertise, est plutôt mobilisé sur le pilotage de l’Agence de programme pour le nucléaire innovant (APNI), chargée d’animer l’écosystème scientifique et industriel et d’accompagner les nouveaux acteurs dans leurs démarches. « Le commissariat n’a pas à être le « Stéphane Plaza » du foncier nucléaire », rappelle une source qui connaît bien la maison. « Il y a une focale sur Marcoule parce que le site s’y prête mais tout cela est prématuré et il y a d’autres emplacements possibles, chez Orano, EDF », complète un expert du secteur. Ne reste plus qu’à attendre le prochain Conseil de politique nucléaire, prévu en fin d’année, qui décidera du ou des sites choisis pour ces nouveaux réacteurs.