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Énergie - Environnement

Marcoule (Gard) tient la corde pour accueillir la future mini-centrale nucléaire Nuward

Le petit réacteur modulaire développé par la filiale d’EDF doit voir le jour en 2035.

Le centre du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives de Marcoule (Gard)
Le centre du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives de Marcoule (Gard) PASCAL GUYOT / AFP

Mais où donc sera construit le futur petit réacteur modulaire Nuward, porté par EDF, le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), TechnicAtome, Framatome, Edvance, Naval Group et Tractebel ? Sur le papier, cette mini-centrale d’une puissance de 340 MW, est prévue pour 2035. Basé sur la technologie des réacteurs à eau pressurisée (EPR), Nuward est le plus avancé de la dizaine de projets de Small Modular Reactor (SMR) en développement en France, que l’enveloppe de 1 milliard d’euros annoncée par Emmanuel Macron a dopée. Nuward a passé la phase d’avant-projet sommaire (APS) et est entré dans celle d’avant-projet détaillé (APD). Pour tenir les délais, le choix du lieu où il sera implanté doit donc être rapidement acté. Plusieurs sites s’y prêtent dans l’Hexagone, mais l’un d’eux fait figure de favori : le centre nucléaire de Marcoule, appartenant au CEA, près de la commune de Bagnols-sur-Cèze dans le Gard.

Pour l’instant, la prudence est de mise en matière de communication sur le sujet : la révélation de l’emplacement choisi pourrait être réservée aux deux prochains événements majeurs de la filière : le Conseil de politique nucléaire (CPN) qu’a promis de tenir Emmanuel Macron d’ici la fin de l’année et la grand-messe bisannuelle internationale des industriels de l’atome, le World Nuclear Exhibition (WNE), prévu du 28 au 30 novembre à Villepinte.

Sur place, en tout cas, on ne doute pas de la pertinence du site gardois pour accueillir le premier SMR tricolore. Baigné par le Rhône (nécessaire pour le refroidissement de la centrale), raccordable à un réseau de transport d’électricité capable d’absorber sa future production, le centre de Marcoule dispose aussi d’une botte secrète : son foncier. Le CEA a en effet acquis il y a des années un emplacement où devait être construit le réacteur nucléaire de 4e génération Astrid, que l’État a finalement suspendu en 2018. « Le site de Marcoule bénéficie en plus de la bienveillance locale, qu’il s’agisse des collectivités, conscientes des retombées économiques du projet, que de la population, habituée aux activités nucléaires du CEA, d’Orano et même d’EDF sur place, explique un spécialiste du secteur. La supply chain [chaîne d’approvisionnement, ndlr] nucléaire est par ailleurs très présente localement et le niveau de compétence élevé ».

Les atouts de la vallée du Rhône

« La focale est mise sur ce territoire », estime de son côté Anthony Cellier à l’Informé. L’ancien député du Gard (LREM), aujourd’hui membre du collège de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), a d’ailleurs œuvré en ce sens quand il était sur le terrain. En octobre 2021, il avait réuni à Marcoule l’administrateur du CEA François Jacq et les patrons respectifs d’Orano et d’EDF de l’époque, Philippe Knoche et Jean-Bernard Lévy pour une journée sur l’avenir de la filière. Avec un but : « montrer l’excellence de l’écosystème électronucléaire local et renforcer la visibilité du territoire auprès des grands décideurs ». Le directeur du site CEA de Marcoule, Michel Bedoucha, ne communique pas sur le sujet. Pour autant, ses équipes poursuivent leur travail de fond en rencontrant les responsables locaux, du conseil départemental aux Commissions locales d’information (CLI), ces structures d’information et de concertation sur la sûreté et l’impact des activités des sites nucléaires sur les populations et l’environnement. Jean-Claude Pissas, le président de la CLI Marcoule-Gard, se garde bien de se réjouir tant que rien n’est officiel. Mais il veut y croire. « La vallée du Rhône a des atouts. Les élus locaux ne peuvent qu’y être favorables », estime-t-il. Surtout après que la région a vu lui passer sous le nez la troisième paire de réacteurs EPR 2 sur les six annoncés par le gouvernement. C’est la centrale de Bugey dans l’Ain qui a été choisie lors du dernier Conseil de politique nucléaire de juillet, et non celle du Tricastin dans la Drôme. Un coup dur quatre ans après l’annonce de l’abandon du réacteur Astrid…

En l’absence d’officialisation, la compétition reste cependant ouverte sur les implantations. Au sein même du CEA, d’autres sites peuvent faire valoir leurs atouts, comme celui de Cadarache (Bouches-du-Rhône) qui dispose aussi de réserves foncières. Mais les risques sismiques y sont plus élevés et c’est le centre gardois qui a fait consensus en interne pour être proposé pour Nuward. EDF ne manque pas non plus de sites capables d’accueillir d’un SMR. Une quarantaine d’hectares sont nécessaires pour un Small modular reactor comme Nuward, qui pourrait être installé à proximité de centrales existantes. D’autant que les manifestations d’intérêts se multiplient. Dans la perspective de la fermeture de la centrale à charbon de Cordemais (Pays de Loire), la présidente de la région Christelle Morançais a ainsi obtenu que la convention signée mi-octobre avec EDF mentionne la possibilité d’y construire un SMR…

Concurrence entre les start-up du nucléaire

Chef de file de Nuward, constitué en filiale depuis novembre 2022 avec Renaud Crassous à sa tête, EDF pèse les opportunités. La piste d’une construction à Marcoule est privilégiée mais le silence est de règle et l’entreprise ne souhaite pas faire de commentaires. Le sujet est sensible car la compétition pour les lieux d’implantation se joue aussi entre la nuée de nouveaux acteurs impliqués dans des projets de réacteurs de faible puissance. Le site pourrait aussi intéresser des sociétés ambitieuses comme Naarea, qui travaille sur un réacteur à neutrons rapides (RNR) utilisant la technologie du sel fondu, ou encore Newcleo qui a fait le choix d’un RNR refroidi au plomb. Toutes deux très actives, elles comptent dans leurs équipes des cadors du nucléaire et quelques profils parfaits pour assurer leur lobbying auprès des pouvoirs publics. Naarea a par exemple recruté Barbara Frugier pour piloter sa communication et ses affaires publiques en mai, tandis que Newcleo a fait rentrer en mars l’ex-ministre des Armées Florence Parly à son conseil d’administration. Le CEA lui-même cultive son vivier de start-up concurrentes à Nuward, comme Hexana (technologie RNR au sodium), Stellaria (RNR avec sel fondu) ou encore Otrera, qui planche sur un projet de RNR au sodium.

Tout en reconnaissant les atouts du site de Marcoule, le CEA s’évertue à ne rien laisser filtrer sur laquelle de ces futures mini-centrales pourrait y pousser. « Le projet qui sera le plus prêt prendra la place », avance prudemment l’organisme qui tempère aussitôt pour peu que l’on comprenne son propos comme une confirmation de l’arrivée de Nuward. « Ce SMR est optimisé pour produire de l’électricité plus que de la chaleur. Son emplacement présuppose qu’il y ait des besoins en énergie aux alentours comme des industries électro-intensives. Ce qui n’est pas particulièrement le cas sur place ».

Très attendue, l’annonce du site d’implantation de Nuward pourrait cependant pâtir de l’actualité nucléaire très dense de ces dernières semaines, en Europe et en France. Certes, un compromis sur la réforme du marché européen de l’électricité a été trouvé le 17 octobre. Il prévoit d’instaurer des « contrats pour différence » (CFD), censés donner une meilleure visibilité aux investisseurs et aux consommateurs sur les prix. Mais il doit encore être débattu au parlement européen d’ici la fin de l’année. Les tensions persistantes entre le PDG d’EDF Luc Rémont et le gouvernement autour de la future régulation du nucléaire, qui doit remplacer le dispositif d’accès régulé au nucléaire historique (Arenh) après 2025, compliquent aussi le calendrier.