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Énergie - Environnement

Mini-réacteurs nucléaires : EDF planche sur le nouveau Nuward

L’énergéticien prévoit de statuer en début d’année prochaine sur le devenir de son projet de petit réacteur nucléaire SMR, dont il a décidé de changer la conception cet été.

Siède d’EDF à La Défense.
Siède d’EDF à La Défense. EMMANUEL DUNAND / AFP

Stopper l’aventure Nuward ou la poursuivre, mais dans ce cas, comment… Tel est le dilemme d’EDF sur le projet de petit réacteur nucléaire modulaire qu’il porte depuis six ans. Selon nos informations, c’est en début d’année prochaine que l’énergéticien dirigé par Luc Rémont devrait statuer sur le sort...

Une manière de reconnaître l’échec du projet tel qu’il avait été envisagé. D’une puissance de 340 MW, appuyé sur la technologie des réacteurs à eau pressurisée proche de celle des réacteurs embarqués des sous-marins et de porte-avions de la Marine nationale, Nuward était pourtant entré depuis 2023 en phase de basic design. Le dossier dressant les caractéristiques de sûreté du projet avait été envoyé à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et le début de la construction était envisagé vers 2030. Las. Nuward a buté sur plusieurs volets techniques innovants, notamment au niveau des générateurs de vapeur à plaques ou des pompes primaires horizontales.

L’enjeu pour EDF est maintenant de savoir quelle voie prendre pour ne pas perdre le fruit de ces années de travail, alors même que la compétition internationale bat son plein sur les petits réacteurs modulaires. Des dizaines de projets sont en développement dans le monde (États-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni, Japon...). Qu’il s’agisse des SMR de génération 3 ou 3+ ou des Advanced Modular Reactors (AMR), réacteurs de 4e génération permettant de mieux utiliser les ressources et de produire moins de déchets, basés sur d’autres technologies comme les réacteurs à neutrons rapides au sodium, au plomb, à très haute température…

La France n‘est pas en reste en matière de nouveaux projets. Depuis l’annonce du milliard d’euros dédiés à la filière des réacteurs innovants, via France 2030, une douzaine de start-ups s’activent pour sortir du rang et rafler des subventions (voir notre article). La stratégie du groupe public sur Nuward est d’autant plus scrutée qu’EDF s’est vu accorder par le gouvernement une subvention de 300 millions d’euros, avalisée au printemps par une Commission européenne toujours très vigilante sur les aides d’État. Depuis quelques jours, le projet de l’électricien fait, en outre, partie des neuf qui ont été sélectionnés par l’Alliance européenne industrielle des SMR - créée en début d’année pour accélérer leur déploiement sur le Vieux Continent d’ici 2030 en identifiant les technologies les plus prometteuses…

Depuis l’été, le brainstorming est donc plus que jamais relancé : EDF s’efforce de redéfinir un cahier des charges stratégiques en vue de partir sur un nouveau conceptual design, toujours sur une génération 3 et sans avoir encore statué sur certains choix technologiques clés. Le volet partenarial devrait aussi être passé au crible, les relations entre les entreprises participant au projet n’ayant pas toujours été aussi fluides qu’espéré ces dernières années, en particulier avec TechnicAtome. « Le spécialiste de la propulsion navale a eu quelques difficultés à se faire aux exigences de sûreté du secteur civil », rapporte un spécialiste du secteur. D’autres pistes de collaboration, plus exotiques, affleurent également dans la réflexion : des rapprochements ou des créations de joint-venture avec des sociétés travaillant sur des concepts de SMR avancés - donc potentiellement étrangères - ne sont pas exclus.

Des SMR et des AMR, pour qui et pour quoi ?

Avec des niveaux de puissances très inférieurs aux centrales nucléaires, les Small Modular Reactors (SMR), de génération 3 ou 3+, et les Advanced Modular Reactors (AMR) - réacteurs de 4e génération permettant de mieux utiliser les ressources et de produire moins de déchets - sont censés répondre aux nouveaux besoins en électricité. De taille plus modeste et de conception plus simple, ils visent deux objectifs : être modulaires pour être plus rapides à construire et surtout être standardisés, pour permettre un effet de série et donc une réduction des coûts. Une nécessité puisque leur compacité rend le coût par kW produit bien plus élevé que celui issu des grandes centrales.

Une centaine de projets, pour produire de l’électricité ou de la chaleur, sont en développement dans le monde. Les puissances varient de quelques dizaines de MW à plusieurs centaines, à l’instar de Nuward. Les réacteurs plus puissants (de 200 à 500 MW) peuvent par exemple se substituer à des centrales à charbon. Ceux de quelques dizaines de MW à 200 MW sont envisagés pour alimenter des industries électro-intensives ou de production d’hydrogène. Les plus petits formats pourraient fournir de l’énergie sur des sites isolés ou pour des besoins spécifiques (militaires…).