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Continuer la lectureEpoka : les coulisses d’une reprise compliquée
Mantu et 2017 ont proposé de racheter l’agence de communication. Mais leurs offres suscitent de nombreuses interrogations.
« Bizarre », le mot revient sans cesse à la bouche de ce salarié d’Epoka, interrogé sur les temps difficiles que traverse son agence de communication depuis plusieurs mois. Placée en redressement judiciaire le 19 mars dernier, la structure, idéalement localisée dans un sublime immeuble au cœur de Paris, cherche un repreneur. Et pourtant : « En interne, on ne voit pas d’impact de gestion, on dirait qu’ils s’en fichent, s’étonne notre témoin. On se demande comment on peut rester dans un faste certain et de l’autre côté, planter ses fournisseurs et accuser un passif d’une trentaine de millions d’euros. » Si cinq acteurs, dont le géant Havas, se sont dans un premier temps positionnés pour reprendre cette société de 165 personnes habituée à travailler pour des grands groupes comme Groupama, Keolis, ou encore L’Oréal, ils n’étaient plus que deux, mardi 2 juillet dernier, à présenter une offre améliorative devant le tribunal de commerce de Paris, comme nous l’indiquions la semaine passée. Pour un verdict le 24 juillet prochain.
D’un côté, le groupe de conseil suisse Mantu, qui projette de garder 122 employés, propose un prix d’achat de 636 000 euros et prévoit de dépenser 5,5 millions d’euros dans le développement de la boîte. En sus, le candidat promet 64 000 euros pour le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) à venir. De l’autre côté, le cabinet de conseil 2017, soutenu par le fonds Verdoso, se dit prêt à conserver 80 salariés, met 300 000 euros sur la table et prévoit d’investir 3 millions d’euros dans son projet de reprise. Concernant le PSE, cette agence cofondée par Gaspard Gantzer propose un million d’euros.
Selon nos informations, lors de l’audience du tribunal de commerce tenue le 2 juillet dernier, les juges ont indiqué à Roman Abreu, dirigeant de 2017, que son offre n’était pas recevable. En cause ? La volonté du dirigeant de sélectionner les salariés qu’il souhaitait reprendre. Le patron estime qu’« on veut contraindre les candidats à reprendre des consultants qui ne travaillent pas sur les métiers historiques d’Epoka, sans revenir à un périmètre plus cohérent industriellement, pérenne socialement et viable économiquement ». Une situation qui a, selon nos informations, contribué à ce que Havas se retire du dossier.
Dans ce contexte, Mantu est donc sorti grand favori de l’audience. Et ce, alors que quelques jours plus tôt, les salariés de l’entreprise s’étaient pourtant prononcés en faveur de l’offre de 2017 lors d’un scrutin interne. « L’issue de ce vote a été une vraie surprise, puisque 2017 proposait de reprendre moins de monde ! » souffle un salarié à l’Informé. À l’écouter, ce résultat serait le signe d’une vraie défiance vis-à-vis des dirigeants de l’entreprise, Mathieu Gabai et Manuel Lagny : « Dans son projet, 2017 ne reprenait pas la direction, alors que Mantu, si. Et comme la majorité des gens estiment que le management n’est pas à la hauteur et ne veulent plus de la direction actuelle… » Cette situation conflictuelle aurait aussi pesé dans la décision de Havas.
D’autant plus que selon nos informations, plusieurs jugements ont déjà sanctionné Epoka suite à des conflits sociaux. Ainsi, l’agence a été condamnée en septembre 2023 au paiement de 44 000 euros de dommages et intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse envers deux salariés. Une condamnation dont l’agence a tenté de faire annuler l’exécution provisoire en mars dernier « au regard de sa situation financière » en mars dernier, sans succès.