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Continuer la lectureToulon : Eiffage en passe de reprendre la concession du port de plaisance
La métropole Toulon Provence Méditerranée s’apprêterait à confier à Eiffage la gestion des ports de plaisance de la rade de Toulon. Les syndicats tirent la sonnette d’alarme, craignant pour le maintien de l’emploi et des conditions de travail.
C’est devenu un secret de polichinelle qu’on s’échange ouvertement depuis quelques jours sur les pontons de la rade de Toulon. La métropole Toulon Provence Méditerranée (TPM) aurait choisi de ne pas renouveler la concession détenue depuis 1971 par la Chambre de commerce et d’industrie du Var (CCIV) pour l’exploitation de ses ports de plaisance. L’exécutif métropolitain, présidé par Jean-Pierre Giran depuis qu’Hubert Falco a été déchu de ses mandats en avril suite à sa condamnation pour recel de détournement de fonds publics, aurait préféré attribuer le marché à Eiffage, selon les informations de l’Informé.
Face au groupe de BTP et de concessions d’infrastructures (autoroutes, lignes ferroviaires, énergie), un seul autre candidat est en lice : la CCIV qui vise un renouvellement au sein d’un groupement comprenant la Banque des territoires (filiale de la Caisse des dépôts et consignations), la Caisse d’Épargne Côte d’Azur (BPCE) et le gestionnaire d’infrastructures NGE. « Rien n’est officiel mais tous les acteurs du domaine maritime toulonnais ont été avertis », indique une source proche du dossier. Du côté de la Métropole, l’exécutif n’a pas souhaité commenter l’information avant que la décision ne soit entérinée officiellement par le Conseil métropolitain. Le sujet doit être discuté et voté lors d’une prochaine réunion en septembre.
L’affaire n’est pas mince car ces anneaux, ouverts à la location à l’année ou pour un simple séjour temporaire, sont parmi les plus recherchés des propriétaires de bateaux de la Méditerranée. Cet été, le taux de remplissage frôle même les 100 %, selon les chiffres de la CCIV. Résultat : les recettes générées par la future concession ont été évaluées à pas moins de 290 millions d’euros sur 30 ans. « L’investissement à réaliser est assez limité, de l’ordre de 50 millions d’euros sur la durée de la concession, indique un dirigeant du port. Il s’agit essentiellement de rénover de petites installations et de réaménager des pontons pour accueillir plus de bateaux ».
Surtout, cette nouvelle délégation de service public prévoit de réunir l’ensemble des sept entités maritimes de l’immense baie de Toulon, par ailleurs port d’attache du porte-avions Charles de Gaulle et des quatre SNA (sous-marins nucléaires d’attaque) de la Marine nationale. Aujourd’hui, la CCIV opère les trois ports de plaisance situés sur le territoire de la commune de Toulon, ainsi que ceux de La Seyne-sur-Mer et de Saint-Mandrier, à l’extrémité de la presqu’île qui ferme la rade. De son côté, la métropole, qui est l’unique propriétaire des terrains depuis 2017, opère en régie directe les ports de Saint-Elme et, à La Seyne-sur-Mer, du Lazaret. L’appel à candidatures, lancé en octobre 2021, réunit donc au total 4 500 anneaux. « La réunion des deux lots permet d’avoir un seul interlocuteur, plus puissant, et délivrant une seule offre dont la qualité de service sera rehaussée » juge-t-on à Toulon.
Pourtant, l’attribution du marché fait des vagues. Les salariés du port s’inquiètent du transfert de leurs contrats de travail à un organisme privé. « Nous ferons tout pour éviter une casse sociale pour les 30 salariés en poste au port de plaisance et une dégradation de nos conditions de travail, indique l’un d’eux. Nous n’avons aucune assurance que le repreneur garde les salariés actuels et remplace les six salariés déjà partis en retraite. L’inquiétude est forte en particulier chez les personnels des services administratifs, qui pourraient être mutualisés avec d’autres structures ».
Eiffage est bien implanté dans la cité varoise : le groupe présidé par Benoît de Ruffray a été retenu l’année dernière avec ABB pour réaliser le branchement électrique des navires à quai et réduire les émissions polluantes des ferries et de navires de croisière. Il a aussi été sélectionné en 2021 pour réaliser, avec Icade (filiale de la Caisse des dépôts), la reconversion en zone urbaine d’un ancien site militaire en bordure du littoral. Et, à quelques encablures, à Villeneuve-Loubet (06), il est opérateur depuis janvier 2021 du port de plaisance Marina Baie des Anges.
Les représentants syndicaux du port de Toulon, qui réclament des éclaircissements sur les futures conditions d’exploitation, ont obtenu un rendez-vous, ce vendredi 28 juillet, avec le président de la métropole, Jean-Pierre Giran. Un autre marché, très attendu à Toulon, s’invitera très certainement au menu des discussions : celui de la concession du port de commerce, qui représente 1 600 escales à quai par an et 2 millions de passagers. Il compte plus d’une centaine de salariés. Le cahier des charges et l’appel d’offres seront publiés mi-2024 pour un début de concession prévu en 2025. Actuellement détenu par la CCIV, « le marché est compliqué car l’infrastructure a été sous-investie, il faudrait une rénovation de 50 millions d’euros pour aboutir à quelque chose de correct, prévient un élu toulonnais. Résultat : la métropole craint qu’aucun candidat ne se présente pour déposer une offre ».
Interrogé, Eiffage n’a pas souhaité commenter nos informations.