L'abonnement à l'Informé est à usage individuel
Un autre appareil utilise actuellement votre compte
Continuer la lectureEiffage veut présider le lobby des autoroutes
Offre professionnelleUn désaccord sur la gouvernance bloque depuis 2020 la nomination d’un président pour l’Association des sociétés françaises d’autoroutes.
Les dissensions entre sociétés d’autoroutes peuvent durer aussi longtemps qu’un contrat de concession. Celle qui oppose Vinci à Eiffage, les numéros un et deux français, empêche depuis cinq ans l’association professionnelle du secteur d’avoir un président, choisi pour porter la voix de tous les conce...
Toutefois, Eiffage (APRR, AREA, Viaduc de Millau…) ne compte pas s’arrêter là : le groupe dirigé par Benoît de Ruffray vient de relancer une offensive pour conquérir la présidence qu’il estime devoir lui revenir. Selon plusieurs sources, la nouvelle présidente de ses concessions autoroutières, Camille Bonenfant-Jeanneney, qui vient de succéder à Philippe Nourry, a fait savoir en avril aux dirigeants du secteur qu’elle était candidate. Reste à déterminer si Nicolas Notebaert, le nouveau dirigeant de Vinci Autoroutes (ASF, Cofiroute), maintient la même ligne de blocage ou si la nouvelle représentante d’Eiffage saura renverser la vapeur. Interrogé par l’Informé, Eiffage répond que « le sujet est prématuré. Aucune candidature n’a été soumise par Eiffage. » Vinci ne souhaite pas commenter.
En attendant, depuis septembre 2020, l’association, qui représente 23 entreprises exploitant 9 200 km d’autoroutes et d’ouvrages d’art, n’est plus pilotée que par ses quatre vice-présidents : Nicolas Notebaert (Vinci), Camille Bonenfant-Jeanneney (Eiffage), Arnaud Quémard (Sanef) et l’ex-ministre de l’intérieur Christophe Castaner (Autoroutes et tunnel du Mont-Blanc). Cette gouvernance sans leadership correspond à un affaiblissement du rôle de l’Asfa : l’association n’est plus véritablement l’interlocuteur des pouvoirs publics et ne s’exprime plus dans les médias, alors que les sociétés d’autoroutes sont très attaquées sur les « surprofits » qu’elles dégagent sur les concessions et les hausses de tarifs de leurs péages. « Le lobbying des autoroutes n’est plus porté par l’Asfa : chaque société défend ses positions indépendamment les unes des autres », constate un dirigeant du secteur.
L’association ne traite plus désormais que deux sujets : les négociations sur la convention collective du secteur ainsi que l’interopérabilité des badges de télépéage développés par les multiples opérateurs. « Pour assurer ces deux fonctions, pas besoin de président : un délégué général (Christophe Boutin, ndlr) suffit, estime la même source. Pour le télépéage, le rôle de l’Asfa est aussi en perte de vitesse car les sociétés ont toutes basculé dans le Service européen de télépéage (SET), conformément à la directive européenne de 2019. » Logiquement, son budget s’est réduit à 2 millions d’euros, alors qu’il atteignait jusqu’à 10 millions dans les années 2010.
Dans les faits, la présidence de l’Asfa tournait tous les deux ans entre les leaders du marché français : en 2009, Henri Stouff (Vinci) a laissé la place à Jean-François Roverato d’Eiffage, auquel a succédé Pierre Coppey (Vinci), puis des représentants de Sanef dont le dernier fut Arnaud Quémard. Malgré cette représentation partagée entre les grands groupes du secteur, « petit à petit, les intérêts et les analyses de chacun ont divergé, indique un dirigeant. Aujourd’hui les sociétés concessionnaires ne souhaitent plus avoir un représentant unique auprès des pouvoirs publics. »
Ces dernières années, chacun s’est accommodé à voir le leader, Vinci, et son emblématique dirigeant Pierre Coppey, monter au créneau dans les médias et devant les tribunaux pour défendre les intérêts de toutes les sociétés concessionnaires, comme pour la taxe sur l’exploitation des infrastructures de transports. « Un jeu de rôles s’était installé, confie un observateur du secteur. De son côté, Eiffage n’a jamais joué collectif. Le groupe a toujours actionné une carte personnelle que ce soit sur la convention collective, à laquelle le groupe n’adhère pas complètement, ou sur le lobbying, où cela l’arrange que Vinci prenne les coups tout en réclamant des dispositions propres à son périmètre. Beaucoup jugeaient que Philippe Nourry ne devait pas prendre la présidence de l’Asfa. » « Il y a des gens qui ont plus ou moins le sens du collectif, ajoute un autre. Après, ce sont des histoires de relations personnelles… Peut-être que la nouvelle représentante d’Eiffage réussira à donner la bonne impulsion qui fera consensus. »
Cet article est réservé aux abonnés bénéficiant de l'Offre Pro
Vous n’êtes pas abonné(e) à l’Informé ou êtes abonné(e) à l’offre particuliers ? Découvrez nos offres professionnelles dédiées aux entreprises, collectivités ou tout autre type d'organisations.
Je m'abonnePourquoi l’Informé lance une “Offre Pro” ?
Depuis notre création en octobre 2022, de nombreux abonné(e)s nous ont demandé d’aller encore plus loin sur leur univers professionnel, de leur apporter des informations encore plus pointues sur leur marché. C’est pour répondre à ce besoin que l’Informé enrichit son offre avec des “articles pro”. La vie de votre secteur n’aura plus le moindre secret pour vous.