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Continuer la lectureÀ peine reprise par CMA CGM, La Méridionale perd déjà son directeur général
Nouvel actionnaire de la compagnie de ferries, l’armateur CMA CGM trouve une société désormais à l’équilibre, après des années de pertes. Mais l’artisan du redressement va quitter ses fonctions.
Le troisième armateur mondial vient à peine de prendre le contrôle de La Méridionale que déjà une nouvelle gouvernance se met en place. Le directeur général de la compagnie, Guillaume de Feydeau, va quitter ses fonctions très prochainement, selon nos informations. Artisan du redressement de la compagnie marseillaise, déficitaire depuis 2019, ce professionnel du retournement d’entreprises, passé par la SNCM (aujourd’hui Corsica Linea) et Office Depot, a préféré remettre sa démission. CMA CGM lui avait bien proposé d’assurer une transition avec ses nouvelles équipes mais il devrait quitter le navire en juin. « Il a redressé l’entreprise à vitesse grand V et CMA CGM arrive avec sa propre équipe, forte d’une dizaine de personnes, indique un de ses proches. Il a estimé que le nouvel actionnaire était tout à fait dans son droit de vouloir prendre le contrôle total de son nouvel actif. »
Le groupe présidé par Rodolphe Saadé va loger La Méridionale dans une nouvelle division baptisée « transport maritime spécialisé », qui sera dirigée par Jean-Emmanuel Sauvée, le fondateur de la compagnie de croisières de luxe Ponant (groupe Pinault), devenu conseiller spécial de Rodolphe Saadé l’an dernier. Le pôle comprendra aussi la participation de 12 % de CMA CGM dans la compagnie bretonne Brittany Ferries, ses 35 % dans la start-up de cargos à voile Neoline et l’activité de transport d’automobiles par bateaux créée à partir du rachat de Gefco.
Jean-Emmanuel Sauvée prendra par ailleurs la présidence non exécutive de La Méridionale, en remplacement de Marc Reverchon, figure emblématique de la compagnie. Guillaume de Feydeau pourrait néanmoins rester aux manettes quelque temps pour « assurer une transition confortable », préfère-t-on croire chez CMA CGM. Appelé par STEF en fin d’année 2022, le dirigeant est arrivé pour remettre de l’ordre dans La Méridionale, qui perdait un quart de son chiffre d’affaires annuel (110 millions d’euros en 2022) depuis trois exercices. Pour les 600 salariés du groupe, l’inquiétude était alors à son comble mais moins de six mois plus tard, le ciel s’est dégagé : La Méridionale, qui opère quatre ferries entre Marseille, la Corse (Ajaccio et Porto-Vecchio) et Tanger au Maroc, ne perdra plus de cash à partir du 1er juin et jusqu’à la fin de l’année, selon des sources internes.
La recette de ce retour express à l’équilibre tient en trois ingrédients : une réduction drastique des coûts, la conquête de nouveaux marchés et une affirmation de l’identité du groupe. Après une consultation en interne, le caractère pionnier de La Méridionale a été repositionné au cœur de son identité : première compagnie maritime historique à Marseille, première à desservir la Corse, première à avoir une femme commandant, première à opérer un navire fonctionnant à quai à l’électricité… Pour compléter ce travail de remobilisation des salariés, Guillaume de Feydeau a clarifié les missions et les moyens des commandants et officiers, notamment à terre, permettant de stabiliser les effectifs de cette fonction stratégique.
Un plan de transformation de La Méridionale, partagé avec les salariés, a aussi été mis sur pied. Le Comex a été resserré et un contrôle des coûts très strict a été mis en place. « Il y avait précédemment une dérive permanente des dépenses, notamment sur les opérations de maintenance et de rénovation des navires, confie-t-on en interne. Il y a été mis fin par une politique de rigueur et de suivi budgétaire qui devra être maintenue. »
La première décision opérationnelle a été de suspendre la liaison entre Barcelone et Tanger, dont l’exploitation perdait plus de 20 millions d’euros par an. Une mesure qui a permis un réaménagement plus profitable de la flotte de 4 navires. Car, parallèlement, Guillaume de Feydeau a décroché deux nouveaux contrats commerciaux pour La Méridionale. Un affrètement a été gagné auprès de Stellantis pour transporter ses voitures entre Tanger et le port italien de Livourne. Un bateau a aussi été loué pour trois mois à Corsica Linea, ce qui ouvre la perspective d’une rentrée de liquidités conséquente et sans risque.