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Continuer la lectureLe croisiériste Ponant retrouve son cap mais les Pinault continuent d’écoper
Très affectée par la pandémie, la compagnie maritime de luxe reprend des couleurs. Son actionnaire principal reste cependant contraint de la maintenir sous perfusion.
Mer plus calme mais cales toujours sèches pour Ponant. Après trois ans d’activité en berne, le croisiériste de luxe se porte mieux mais reste plus que jamais dépendant de son actionnaire principal, Artemis, la holding familiale de François Pinault. En 2023, la société patrimoniale de l’homme d’affaires a dû à nouveau renflouer la société, rachetée il y a huit ans pour 400 millions d’euros au fonds d’investissement Bridgepoint. Car avec 490 millions d’euros de pertes cumulées fin 2022 pour un chiffre d’affaires d’environ 500 millions d’euros, le spécialiste du tourisme maritime haut de gamme reste fragile. En novembre, le family office du groupe Pinault a dû remettre au pot via une nouvelle augmentation de capital de l’ordre de 300 millions d’euros… Cette bouée de secours s’ajoute au plan d’investissement massif (environ un milliard d’euros) injecté dans la société depuis la reprise pour financer l’achat d’une demi-douzaine de nouveaux navires. Le dernier d’entre eux, l’ultra-luxueux brise-glace Commandant Charcot, réceptionné en juillet 2021, vaut à lui seul 300 millions d’euros.
La crise sanitaire, pendant laquelle Ponant a mis sa flotte à l’arrêt, avait plombé les comptes. En 2021, le chiffre d’affaires de l’entreprise est passé sous la barre des 100 millions d’euros, contre 326 millions d’euros en 2019. Quant au résultat, il a dévissé, s’effondrant à - 97 millions d’euros en 2021, contre un bénéfice de 34 millions d’euros deux ans plus tôt. Même morosité du côté de ses filiales : la Compagnie des Îles du Diamant, Caroline 50 et Caroline 55, tout comme CDP Australie et CDP USA ont achevé l’exercice 2021 sur un total de pertes cumulées de 25 millions d’euros. Un repli conforme à ce qu’a encaissé la filière mondiale des croisiéristes. Avec une baisse de la fréquentation de plus de 80 %, l’activité du secteur s’est repliée de près de 60 %, rappelle le rapport 2022 de l’association professionnelle Cruise Lines International Association (CLIA), qui regroupe les principaux opérateurs de croisières océaniques.
Pour passer le creux de la vague, Ponant a signé en mars 2020 deux moratoires d’un an avec ses créanciers pour reporter le remboursement des crédits liés au financement de ses navires. Deux prêts garantis par l’État (PGE), d’un montant total de 95 millions, ont aussi été souscrits en parallèle.
La reprise du trafic mondial, perceptible en 2023, éclaircit cependant l’horizon. Très discrète sur ses performances financières depuis trois ans, la société s’est remise à communiquer timidement sur ses objectifs ces derniers mois. « Nous anticipons une hausse de 35 % de nos revenus par rapport à 2019, à environ 500 millions d’euros », expliquait en décembre son PDG Hervé Gastinel dans les colonnes du Journal du dimanche. Le patron du groupe, arrivé aux manettes en mars 2021, espère doubler son « chiffre d’affaires d’ici deux à trois ans », porté par le succès croissant des croisières haut de gamme et des voyages d’expédition.
À défaut de gagner de l’argent avec Ponant, la famille Pinault peut au moins compter sur son croisiériste comme outil de prestige et d’influence sur les flots. La compagnie sollicite régulièrement des « invités d’exception » pour jouer les conférenciers à bord, transformant les anciens ministres Dominique de Villepin ou Hubert Védrine, la navigatrice Maud Fontenoy ou encore le cuisinier Pierre Hermé en produits d’appel de ses croisières culturelles. Pour Noël 2023, Ponant proposait aux passagers du Commandant Charcot rien moins que d’assister à « l’union entre la voûte céleste et l’écorce terrestre sous une nuée d’étoiles » dans le golfe de Botnie, entre la Suède et la Finlande, en compagnie de Renaud Capuçon et de son violon. Soit une escapade de neuf jours à partir de 10 000 euros. Quant à la prochaine croisière printanière dans l’Adriatique, sur le navire Le Bougainville, elle fera halte au Palazzo Grassi, qui abrite la collection d’art contemporain de… François Pinault.
Contacté, Ponant n’a pas répondu aux questions de l’Informé.