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Continuer la lectureLe cadre d’Air France arrosait de miles toute sa famille
Un dirigeant d’Air France a profité de plusieurs opérations promotionnelles de la compagnie pour distribuer des miles à ses proches. Son licenciement vient d’être confirmé.
Qui mieux placé que le responsable de la loterie pour attribuer le panier garni selon son bon plaisir ? Un ex-directeur commercial d’Air France s’est laissé tenter par l’expérience… avant de se faire rattraper par sa hiérarchie. Rattaché à la délégation Côte d’Ivoire de la société de 2014 à 2018, il est parvenu à détourner partiellement deux programmes adressés aux passagers ivoiriens et sénégalais au profit de ses proches.
À l’origine, ces campagnes étaient réservées aux titulaires de comptes Flying Blue, le célèbre programme de fidélité d’Air France-KLM qui permet de convertir ses miles en vols gratuits ou en avantages auprès des partenaires (hôtels, location de voiture…). Les jeux promotionnels d’Air France avaient pour cible deux types de clients : d’une part les résidents de Côte d’Ivoire ou du Sénégal pour le programme « Facebook Game », d’autre part ceux ayant acheté une voiture de la marque Renault en Côte d’Ivoire pour le programme « AFKL Renault ». Il suffisait aux membres Flying Blue de remplir l’un de ces deux critères pour participer à une loterie et espérer gagner des miles.
L’ex-cadre d’Air France ne s’est pas encombré de ces formalités. Il a attribué à des personnes non éligibles 820 000 miles, l’équivalent de 25 % de l’enveloppe commerciale totale prévue. Parmi les heureux bénéficiaires, son épouse a obtenu 135 000 miles, sa sœur 125 000, son père 105 000. De coquettes sommes, lorsque l’on sait que les « billets prime », réservables avec des miles valent en moyenne entre 5 000 miles pour un vol court-courrier en classe economy et 50 000 miles sur des trajets long-courrier en classe business. L’ensemble des gains a été crédité sur leurs comptes Platinium, le régime fidélité « nec plus ultra » de la compagnie d’après son site internet, offrant un « parcours prioritaire dans l’aéroport, l’accès aux salons avec un invité, une ligne téléphonique exclusivement réservée aux membres… ». Un surclassement attribué là encore gracieusement, « à titre commercial ».
Le service de prévention des fraudes d’Air France alerte
À l’époque des faits, ces manœuvres douteuses semblent passer inaperçues. Le directeur commercial prend même de nouvelles fonctions de cadre, auprès du service marketing opérationnel puis à la gestion des performances et des ventes du marché français en septembre 2018. Mais en février 2019, le monte-en-l’air est convoqué à un entretien avec mise à pied conservatoire. « Le service prévention des fraudes d’Air France avait été saisi par les supérieurs hiérarchiques du salarié au cours de la période pendant laquelle il était en poste à Abidjan », indique Air France à L’Informé. Il sera licencié en mars.
Le fraudeur débusqué et écarté, l’affaire aurait pu s’arrêter là. C’était sans compter sur la pugnacité de cet Arsène Lupin de l’aérien. Pas effrayé, ce dernier conteste la légitimité de son licenciement et réclame environ 150 000 euros d’indemnités diverses, dont la moitié en dommages et intérêts. Surprise, le 13 janvier 2021, le conseil des prud’hommes de Bobigny lui donne raison et juge le licenciement « sans cause réelle et sérieuse ». C’est donc bien à la société Air France, condamnée, qu’il revient de le dédommager. Celle-ci interjette appel immédiatement. Finalement, au terme du second procès, la Cour d’appel de Paris a jugé le 11 avril 2023 que le licenciement pour faute grave était fondé. Un soulagement pour l’entreprise qui se dit « satisfaite de cette décision ».
L’affaire est-elle formellement close ? Pas si sûr, puisque le cadre téméraire pourrait encore se pourvoir en cassation. La question reste en suspens : ni lui ni son avocate n’ont répondu à nos sollicitations.