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Énergie - Environnement

Pourquoi Air France ne parle plus d’éco-voyageurs

Recadré par le Jury de Déontologie Publicitaire, Air France a dû retirer de ses sites la mention d’ « éco-voyageur ». La stratégie environnementale du groupe a récemment évolué mais pose toujours question.

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TAYFUN COSKUN / Anadolu Agency via AFP

« Rejoignez la communauté d’éco-voyageurs d’Air France ». C’est ce qu’on pouvait encore lire sur le site d’un partenaire d’Air France en février dernier. Ce n’est plus le cas. Suite à la plainte d’un particulier déposée le 30 janvier, la compagnie s’est fait remonter les bretelles par le Jury de Déontologie Publicitaire (JDP), l’instance qui dépend de l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP). Celle-ci estime que le terme d’éco-voyageurs évoque des « voyageurs respectueux de l’environnement ou, à tout le moins, attentifs à minimiser leur empreinte écologique lors de leurs déplacements ». Et vu l’empreinte carbone d’un trajet en avion, le Jury juge la formulation « disproportionnée ».

Le JDP a aussi demandé à la compagnie de retirer de son site une proposition devenue désuète : « calculez votre empreinte carbone et plantez des arbres ». Sur ce point, Air France a une politique ambiguë. Sous la pression d’un collectif de citoyens, elle ne propose plus de planter des haies en Normandie ou des arbres au Mexique lors de l’achat des billets d’avion. Selon Air France, en 2021, 77 014 clients avaient souscrit à l’option « Trip and Tree » pour alléger leur conscience, et permettre la plantation de 277 870 arbres par l’association A Tree For You. Une initiative jugée trompeuse par Icare car ces végétaux mettant des années à pousser et donc à effectivement capter du CO₂, les planter ne neutralise pas les émissions d’un vol.

Mais Air France n’a pas renoncé complètement à cette stratégie. D’abord, sa filiale KLM continue de proposer l’option à ses clients. Ensuite, les membres du programme de fidélité Flying Blue peuvent toujours offrir une partie de leurs « miles » : la compagnie aérienne reverse alors de l’argent à l’association en compensation. « De ce fait, A Tree for You n’a pas subi de dommage majeur, et a pu tenir ses engagements vis-à-vis des ONG locales sur le terrain pour les projets engagés, en France comme ailleurs » précise Joëlle Touré, sa secrétaire générale. « L’association A Tree for You permet à nos clients de soutenir des projets de reforestation, avec tous les bénéfices qui y sont associés : eau, biodiversité, population, sols et absorption de CO₂. Nous offrons simplement à nos clients la possibilité de faire un don » explique-t-on chez Air France.

Des biocarburants à la place des arbres

Il n’y a pas que les arbres qui posent problème dans la communication d’Air France. Les clients grand public de la compagnie se voient depuis l’automne proposer une nouvelle option : financer un carburant moins émetteur de dioxyde de carbone que le kérosène, le « SAF » (Sustainable Aviation Fuel). « Lorsqu’un client prend son billet, le mécanisme calcule la jauge de carburant durable correspondant, qu’il peut acheter pour un vol futur » explique Air France à L’Informé. Ainsi, pour un vol Paris-New-York qui émettra 980 kg de CO₂, on peut acheter 48 kg, 244 kg ou 980 kg d’équivalent CO₂ que ce biocarburant de seconde génération pourrait économiser, pour respectivement 36 euros, 178 euros et 713 euros. Cette dernière option, qui peut largement dépasser le prix initial du billet, permettrait de compenser l’intégralité du dioxyde carbone émis.

Si l’intention semble louable, ce système de compensation est nettement plus coûteux qu’un crédit sur le marché de la compensation carbone : la tonne de CO₂ y évolue entre 5 et 50 euros selon les types de projet. L’explication est simple : le carburant SAF est « de 4 à 8 fois plus cher que le kérosène » précise Air France. Autre limite : les pays de l’Union européenne peinent à produire ces biocarburants, faute de matières premières. Il est en effet interdit d’en fabriquer à partir d’huile de palme, de colza ou de céréales alimentaires.

Au sein des ateliers Icare, Romain Morizot salue l’effort d’Air France, tout en s’interrogeant sur la nouvelle option proposée. « La présentation du SAF laisse encore entendre que plus on paie, plus on compense. Mais en fait on n’en sait rien ! Et on ne sait pas non plus dans quel délai le biocarburant sera effectivement utilisé. » Pour le représentant de l’association, la seule façon pour les compagnies aériennes de réduire leur empreinte carbone serait de réduire le nombre de vols. Air France s’est engagé à réduire de 30 % ses émissions par voyageur d’ici 2030. « Mais ce qu’il faut retenir, c’est le chiffre en valeur absolue, dont le recul se limite à 12,5 % (NDLR : compte tenu de l’augmentation du nombre de voyageurs). Ce qui n’est pas compatible avec l’accord de Paris » conclut Romain Morizot.