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Continuer la lectureL’Élysée casse sa tirelire pour compenser ses émissions de CO₂
C’est une première pour la présidence de la République qui n’a pas encore publié son bilan carbone global.
C’est une première pour l’Élysée. Le 20 janvier, la présidence de la République a lancé un appel d’offres pour compenser une partie de ses émissions de dioxyde de carbone. 350 tonnes par an pour être précis. Le principe du deal ? Via le candidat retenu - un cabinet de conseil spécialisé, une association ou un organisme comme l’Office national des forêts (ONF) par exemple - , l’Élysée financera des projets de réduction ou de séquestration de gaz à effet de serre pour contrebalancer sa propre pollution. Avec un budget de 350 000 euros hors taxes sur 7 ans, la présidence est prête à payer grassement le service : l’équivalent de 143 euros la tonne de CO2, 35 fois le prix moyen sur le marché de la compensation (lire encadré en fin d’article) !
Pour l’exécutif, cette surcote est sûrement le meilleur moyen de sélectionner les programmes les plus sérieux, certains laissant franchement à désirer. Plus des deux tiers de la note de l’appel d’offres reposeront d’ailleurs sur la méthodologie, le contenu des projets et les qualités de l’équipe proposée, alors que le prix ne comptera que pour 30 %. Le donneur d’ordres souhaite aussi que les projets financés disposent du Label Bas Carbone (une étiquette reconnue dans le milieu) ou équivalent et qu’ils soient cofinancés par une autre administration française. En revanche, ils n’ont pas à être obligatoirement menés en France.
Un périmètre obscur
À coup sûr, cette démarche présidentielle en étonnera plus d’un dans le secteur. Car voilà des mois qu’une évaluation des émissions du palais est attendue. Au détour d’un encadré sur le développement durable, même la Cour des comptes suggérait dans son dernier rapport sur le budget de l’Élysée qu’« un bilan carbone pourrait être réalisé ». Mais rien n’a été publié. À eux seuls, les bâtiments principaux, mal isolés et chauffés au gaz ou au fioul, émettaient 2 000 tonnes de CO₂ par an selon un calcul de We Demain en 2021 (mais le fioul a été supprimé depuis). Ces bâtiments regroupent l’Élysée, l’hôtel de Marigny, les hôtels des 2, 4 et 14 rue de l’Élysée, et le palais de l’Alma. Il faut ajouter d’autres sources d’émission, comme le transport quotidien des quelque 800 salariés, mais aussi leur repas, ainsi que les achats divers. Bien sûr, les déplacements en avion finissent d’alourdir le bilan global mais les émissions de CO₂ de la flotte présidentielle font l’objet d’une compensation via une autre procédure, précise l’appel d’offres. Selon la loi du 22 août 2021, tous les vols intérieurs doivent désormais être contrebalancés.
La compensation, un choix qui fait débat
Pour beaucoup d’observateurs, choisir de compenser ses émissions reste un arbitrage contestable. Les projets financés consistent souvent à planter des arbres pour capter le CO₂ alors que le procédé atteint ses limites : la hausse des températures et ses conséquences, comme les feux et les maladies des arbres, malmène la capacité du couvert végétal à absorber du dioxyde de carbone.
Une enquête conjointe du Guardian et de Die Zeit publiée fin janvier a aussi révélé que 90 % des crédits carbone certifiés par le plus gros opérateur américain, Verra, avaient en réalité peu d’impact sur le climat. La prétendue protection des forêts tropicales offerte par le label en question serait non seulement inutile, mais néfaste pour les populations locales. La création par la France du Label Bas Carbone permet néanmoins d’encadrer le marché. « Certains acteurs proposent des crédits crédibles et vérifiés, pour un prix moyen de 3,5 à 4 euros » veut rassurer Renaud Bettin, vice-président Action climat de Sweep, qui développe un logiciel de gestion de l’empreinte carbone pour les entreprises.
Des tonnes de CO₂ à tout prix
Sur le marché de la compensation, le prix moyen d’un crédit (représentant une tonne de dioxyde carbone évitée) tourne aujourd’hui autour de 4 euros. Mais ce tarif cache de grandes disparités. La tonne de CO₂ évitée sera ainsi vendue peu cher par une centrale photovoltaïque en Turquie grâce aux revenus issus de l’électricité produite. A l’inverse, le crédit carbonne rattaché à un programme de reforestation au Brésil affichera un tarif élevé, le projet ne générant pas de recettes directes. Actuellement, les projets les plus chers consistent à aspirer le CO₂ de l’atmosphère avant de le solidifier. Dans ce cas, le prix de la tonne de CO₂ peut atteindre 200 euros. Précisons que, sur le marché réglementé, celui des quotas européens destinés aux entreprises, la tonne de CO₂ avoisine 80 euros, et non 4.