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Continuer la lectureViolences contre une hôtesse Air France : l’ex-bâtonnier Pierre-Olivier Sur plaide coupable
Le célèbre avocat a négocié une peine plus légère après avoir reconnu qu’il avait agressé verbalement une salariée de la compagnie aérienne en 2018. Mais les parties civiles ne veulent pas en rester là.
C’est un dossier qui n’a pas fini d’agiter le barreau de Paris. L’ex-bâtonnier de Paris Pierre-Olivier Sur était appelé à comparaître une nouvelle fois en justice pour des violences contre une hôtesse d’Air France, commises en octobre 2018. Condamné en juin 2024 à 5 000 euros d’amende, le ténor, ayant notamment défendu Isabelle Balkany ou Gérald Darmanin, avait fait appel. Une première audience s’était tenue devant la cour d’appel le 26 septembre, avant d’être renvoyée à ce mercredi 8 avril. Mais retournement de situation : entre-temps, l’homme a finalement admis les faits dans le cadre d’une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC), plus communément appelée « plaider coupable ». La peine convenue avec le procureur général, puis homologuée le 27 janvier, est légèrement plus clémente : Pierre-Olivier Sur est toujours condamné à 5 000 euros d’amende, mais cette fois-ci avec sursis. Et sans inscription à son casier judiciaire.
Le dossier avait donc été retiré du rôle de la cour d’appel ce mercredi. Problème : les avocats de la victime et de la société Air France, parties civiles dans cette affaire, se sont élevés contre cette décision, prise sans eux. « Quand c’est la partie civile qui initie l’action publique, il faut obtenir son accord pour mener une procédure de CRPC, argue Me Jean-Michel Baloup, devant les juges ayant quand même permis un court débat. Or cet accord n’a pas été obtenu ni même sollicité. » Ce dossier avait en effet pris de l’ampleur au fil des recours lancés par la plaignante, soutenue par Air France, pour obtenir la tenue d’un procès. Il avait finalement eu lieu devant le tribunal correctionnel de Bobigny, sur citation directe de la jeune femme. Selon son avocat, la décision prise à l’issue de la CRPC sans recueillir l’avis de la victime est donc irrégulière. Il a formé un pourvoi en cassation.
En face, Me Cédric Labrousse, qui défend Pierre-Olivier Sur aux côtés de Me Clarisse Serre, conteste : « Pour avoir l’accord de la partie civile, encore faut-il qu’il y ait une partie civile. » Or selon lui, le fait que son client se soit désisté de son appel induit la caducité de l’appel incident des parties civiles. Un argument contre lequel s’insurge Me Yann Pedler, l’avocat d’Air France : « Me Pierre-Olivier Sur, qui a expressément reconnu avoir commis des actes de violences volontaires, ne peut maintenant empêcher la société Air France de faire valoir son propre préjudice devant la cour, au nom de notre appel principal dont la cour est toujours saisie. »
Un imbroglio juridique inédit, comme le reconnaît l’avocat général. « Il est habituel que dès lors qu’une procédure fait l’objet d’une CRPC, elle est désaudiencée, mais là nous sommes devant une situation qui n’a jamais été abordée. » Selon l’avocat général, la cour doit estimer si elle est toujours compétente pour statuer sur la recevabilité de l’appel formé par Air France. « Vous pourriez faire en la matière jurisprudence en décidant si vous avez encore la main ou non », dit-il aux magistrats.
La cour a indiqué que sa décision serait rendue en mai. Le fond de l’affaire n’a donc pas été abordé aujourd’hui. Pourtant, la plaignante était présente dans les rangs du public, ainsi que d’autres personnes venues pour témoigner des faits, désormais reconnus donc. L’histoire était partie d’un problème tout à fait banal de papiers d’identité. L’épouse de l’avocat avait fourni une pièce à son nom de jeune fille, alors que l’enregistrement avait été fait avec son nom d’épouse. L’hôtesse de l’air lui avait donc refusé l’embarquement, provoquant la colère de Pierre-Olivier Sur. Celui-ci avait violemment frappé sur le comptoir en arguant « Vous ne savez pas qui je suis », avant de tambouriner à la porte d’accès du tarmac ou donnant un coup de pied dans une bannière. Il s’était encore mis nez à nez avec la plaignante en hurlant « Vous ne savez pas qui je suis, je vais avoir votre tête » et en la traitant de « débile » et d’« incompétente ». Un collègue avait dû s’interposer.
L’incident a conduit à l’intervention des forces de l’ordre et entraîné un léger retard sur le vol. De son côté, la jeune femme décrit un avant et un après cet épisode, reconnu comme accident du travail. Elle est depuis inapte au poste qu’elle occupait, et n’a désormais plus de contact avec le public dans le cadre de ses nouvelles fonctions. À la sortie de l’audience, les avocats n’ont pas souhaité commenter.