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Continuer la lectureAir France condamnée pour harcèlement et discrimination liée à l’origine
La compagnie a notamment été reconnue coupable, en appel, d’avoir bloqué la carrière d’une agent d’escale d’origine guyanaise.
À nouveau, la compagnie Air France est épinglée pour ne pas traiter tous ses employés de la même manière. Le 18 janvier, la cour d’appel de Paris a condamné la compagnie pour le harcèlement et la discrimination d’une de ses agents d’escale à cause de son origine guyanaise. L’ex-membre du personnel ac...
L’ancienne agent d’escale a aussi retracé son parcours du combattant, finalement vain, pour tenter d’évoluer dans la société. En tout, Maria a postulé à 22 offres d’emploi en interne et a été systématiquement écartée - ses candidatures n’ont pas toutes été transmises aux services en question - sans passer d’entretien ni même obtenir d’explications. « Ne même pas avoir de réponse relève du mépris, estime son avocate, Me Savine Bernard. D’autant que la compagnie lui a autorisé des formations pour ensuite lui assurer que c’était inutile pour son évolution ». Selon l’arrêt d’appel, ces refus de poste s’apparentent à des « pratiques punitives », qui ont pesé tant sur sa carrière que sur son moral.
A cela s’ajoutent les « propos vexatoires » de sa hiérarchie, les pratiques managériales « génératrices d’humiliation » à son encontre, les « nombreux retards » dans le versement de son salaire… Le tout a abouti à « une situation d’échec et un épuisement professionnel », selon la cour. En deux ans, l’ex-salariée a envoyé une douzaine de mails et courriers à sa hiérarchie pour signaler ses conditions de travail et son mal-être. Aux yeux de l’instance, tous ces éléments démontrent que la plaignante - qui n’a pas souhaité faire de commentaires - a subi du harcèlement moral.
Parmi l’une des nombreuses preuves apportées par Maria, un échange de mail suite à des propos tenus par un responsable d’escale : « Je vous souhaite bonne chance dans votre recherche de poste chez Air France ou ailleurs… si vous voyez ce que je veux dire ». La cour a aussi jugé qu’Air France n’avait pas respecté son obligation de sécurité à l’égard de Maria Alors qu’elle avait une entorse et que le médecin du travail lui avait prescrit de ne réaliser que « des tâches assises, sans déplacement », la compagnie a mis plus d’un mois à la muter… et encore, dans un terminal où il lui fallait 20 minutes de marche pour atteindre son service. « On a l’impression que tout a été fait pour lui mettre des bâtons dans les roues, estime son avocate. Ce dossier est emblématique de la difficulté à évoluer dans une société lorsque l’on n’est pas blanc, ou d’origine étrangère ».
La compagnie n’a pas souhaité commenter la décision auprès de L’Informé, mais indique qu’elle ne va pas se pourvoir en cassation et « conteste les accusations de harcèlement et de discrimination qui ont été portées contre elle ». Devant la cour, l’entreprise a argué que la plaignante se livrait à un simple inventaire « à la Prévert » de griefs dont chacun n’est « ni réel ni sérieux ». Air France assure par ailleurs que la plaignante a postulé « sur des postes variés sans aucune cohérence » et qui n’ont pu aboutir vu son profil - quand bien même la cour rappelle que les salariés peuvent postuler dans n’importe quel service. Aux yeux de la société, l’agent d’escale a été recrutée « alors qu’elle avait les mêmes origines et la même couleur de peau » et ses accusations de discrimination ne sont donc « pas sérieuses ».
Ce n’est pas la première fois que l’entreprise est pointée du doigt pour des pratiques discriminantes. En novembre dernier, la Cour de cassation a jugé qu’Air France avait fait preuve de discrimination en interdisant à l’un de ses stewards le port de tresses afro - il était en revanche autorisé pour les femmes. Un salarié avait dû porter une perruque pendant plusieurs années pour faire son métier avant de saisir la justice, selon Capital. En 2020, la compagnie était déjà dans le viseur du gouvernement pour une « présomption de discrimination » à l’embauche. Air France avait alors été épinglée, aux côtés de six autres grandes entreprises, par une campagne de testing commandée par les pouvoirs publics.
La société indique à L’Informé avoir « contesté la méthodologie et les conclusions de cette étude “testing”, dont les points soulevés ne reflétaient en rien la réalité de ses procédures et pratiques » et que l’entreprise juge « erronées ». Air France ajoute être « engagée depuis de très nombreuses années pour favoriser l’égalité des chances et accompagner les jeunes vers l’emploi ». « Présente dans 92 pays, avec des salariés de 113 nationalités différentes, l’ouverture vers l’autre, la promotion des cultures et de leur diversité est au cœur de l’activité d’Air France », ajoute l’entreprise, qui dit être « guidée par une conviction forte : celle que la diversité de ses 40 000 salariés est sa plus grande richesse ».
(1) Le prénom a été modifié