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Continuer la lectureX, TikTok… Comment la Chine manipule les réseaux pour protéger ses voitures électriques
Le service spécialisé Viginum a mis en évidence une offensive massive directement reliée au parti communiste chinois. Une première qui pourrait en appeler d’autres.
Dans un rapport confidentiel remis au gouvernement, des experts de Viginum détaillent comment la Chine a tenté d’empêcher la taxation de ses véhicules électriques en Europe. Des milliers de publications sur X, TikTok ou Facebook, des dizaines de diplomates et journalistes mobilisés… Contrairement à l...
À l’origine de cette offensive, il y a une mesure ferme de l’Union européenne (UE) : à partir du printemps 2024, l’exécutif européen, estimant que les constructeurs chinois bénéficient de subventions déloyales par le régime de Xi Jinping, leur a imposé un taux de taxation spécifique à chacun. Une initiative que la Chine a ensuite contestée devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC)… après avoir tenté de la combattre sur les réseaux. Le pays a lancé une campagne qualifiée de « basse intensité » en interne, mais nourrie d’un nombre tout de même élevé de posts, sur une période particulièrement longue.
Sur un total de 40 000 publications sur le sujet, 3 606 ont été émises par 787 comptes chinois et/ou connus pour être proches du Parti communiste chinois. Comme le détaille la note de l’organisme remise au printemps, la vague a déferlé en anglais et en français, principalement sur X, le réseau le plus politique où les élus sont très présents. Trois pics d’intensité ont été observés : en juin 2024, lorsque des premières mesures de rétorsion contre les véhicules électriques chinois sont mises en place ; en octobre 2024, quand le Parlement européen vote un régime de taxe pérenne et, fin 2024, quand la Chine saisit l’OMC. Et la campagne n’est pas tout à fait terminée. Les commentateurs concentrent leurs écrits sur trois grands thèmes : les vertus de l’industrie automobile chinoise, le protectionnisme de l’UE et l’ambivalence de l’Europe sur le sujet climat, taxer les voitures électriques les moins chères n’étant pas la voie la plus rapide pour faire évoluer le parc auto.
Une campagne jouant sur les divergences au sein de l’Union européenne
Les contributeurs tentent de créer des divisions sur le Continent. Alors que la France défend mordicus ces taxes, ils insistent sur le risque pris par l’Hexagone pour ses exportations de cognac, la Chine menaçant de les surtaxer en retour. Les comptes surveillés amplifient aussi largement les réticences émises par certains industriels allemands : lorsque Volkswagen ou Mercedes manifestent leur inquiétude, leur message est entendu partout en Europe - tout comme la mesure de rétorsion adoptée depuis, à savoir une taxe sur les « voitures de luxe ». Enfin les militants de l’électrique chinois tentent d’influencer l’Espagne, plutôt indécise sur le sujet, à l’aide d’arguments écologiques.
Parmi les acteurs de cette campagne, on retrouve en premier lieu un certain nombre de diplomates, en poste en Chine ou à l’étranger. À commencer par Zhang Meifang, en poste à l’ambassade de Chine au Royaume-Uni par exemple, qui qualifie l’option des taxes de « perdant perdant ».
The EU tariffs on EV imports from China create lose-lose situationpic.twitter.com/8nE3cdeFoi
— Zhang Meifang (@CGMeifangZhang) October 7, 2024
Wang Lutong, (@WangLutongMFA) aujourd’hui ambassadeur en Indonésie, et Wang Jinfeng (@WJFChina), désormais ambassadeur en Jamaïque, se montrent tout aussi prolifiques sur le sujet. L’italien Marco Castelli (@macastel3), établi en Chine, habitué des contenus vantant l’économie chinoise, s’engage largement sur le dossier des taxes européennes. Tout comme William Woo (@Wmhuo168), qui se présente comme représentant d’Intel en Chine. On lui doit de longs fils reprenant et interprétant des articles occidentaux, comme dans ce post :
BYD would still have the cheapest EV in the US, even with a 100% tariff https://t.co/AUGDojjd2k
— William Huo (@wmhuo168) September 18, 2024
Contrairement aux diplomates, qui relaient surtout les agences de presse Xinhua ou CGTN, ces influenceurs s’appuient davantage sur la presse anglophone.
Au-delà des diplomates, la Chine s’appuie aussi sur des journalistes étrangers « sponsorisés », le Centre international de communication de presse de Chine (CIPCC) en invitant régulièrement sur place. Ainsi, des rédacteurs burkinabés invités à visiter une usine produisent des contenus en français, publiés dans l’agence de presse nationale AIB, comme cette dépêche : « Chine : une entreprise produit plus de 1 200 voitures électriques par jour. »
Enfin, un large contingent de bots et de faux comptes a été identifié : profils récents, très peu suivis et dont les horaires de publication coïncident avec les rythmes de travail chinois, concentrés entre 8 heures et 21 heures (heure de Pékin). Leur fonction est avant tout d’amplifier artificiellement le volume global de messages.
Parmi les limites de cette guerre d’influence à la chinoise, Viginum relève que le nombre d’acteurs impliqués est important, mais que leur approche plus quantitative que qualitative s’avère peu productive notamment en matière de référencement. Les actions constatées manquent aussi de coordination et les contenus, rudimentaires, créés sans recours à l’intelligence artificielle, sont assez techniques donc et finalement peu viraux. Si bien que l’écho donné aux propos s’avère souvent relativement faible, malgré des efforts importants. Et si les réflexes sont souvent pertinents, comme celui d’amplifier des tendances déjà existantes plutôt que de tenter d’en créer de nouvelles, le bruit médiatique reste relativement modeste.
Conclusion des experts : sur le fond, cette opération n’a pas porté atteinte aux intérêts essentiels de la France ou d’acteurs industriels européens, mais la menace est maintenant grande de voir ce type de campagnes ressurgir. On comprend mieux pourquoi l’Union européenne est en train de mettre en place un service d’observation de l’espace numérique, le « bouclier démocratique européen », sur inspiration du Viginum français.