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Transports - Auto

La RATP sauve son activité en Italie

Le méga contrat de 4 milliards d’euros gagné en 2021 pour exploiter bus et tramways en Toscane s’est révélé moins rentable que prévu. Le PDG de la régie, Jean Castex, vient d’obtenir un accord pour en revoir les conditions financières.

Jean Castex, PDG du groupe RATP.
Jean Castex, PDG du groupe RATP. JULIEN DE ROSA / AFP

Il aura fallu un an de négociations serrées mais le résultat est là. Selon nos informations, la RATP vient d’obtenir de meilleures conditions financières pour exploiter les tramways de Florence et 2 900 autobus sillonnant 1 000 lignes dans la campagne toscane, représentant 100 millions de kilomètres parcourus chaque année. Cet accord devrait aider la régie parisienne à réduire sensiblement les pertes de ce marché amorcé en 2021, prévu pour rapporter 4 milliards d’euros de recettes sur onze ans. « Les récentes discussions avec la Région vont nous permettre d’opérer dans de bonnes conditions et dans la durée », affirme une source proche du dossier. Confirmant ainsi que la RATP ne cherchera pas, à moyen terme, à vendre le contrat toscan, comme il est en passe de le faire pour ses trois réseaux de bus de Londres. Selon nos informations, un déplacement du PDG Jean Castex à Florence, le 4 février dernier, a été décisif pour obtenir une soulte de l’exécutif régional italien.

Le groupe menaçait d’arrêter les frais et de trouver un repreneur pour sa filiale Autolinee Toscane. En cause : un exercice 2023 qui a plongé dans le rouge avec 16 millions d’euros de pertes nettes, malgré un chiffre d’affaires en hausse de 11 % à 410 millions d’euros, selon des données obtenues par l’Informé. Selon l’entreprise, ce déficit a résulté d’un moindre recours aux transports par les salariés privilégiant le télétravail depuis l’épidémie de Covid, mais aussi d’un mauvais état des autobus laissés par les exploitants précédents, qui a occasionné des réparations en série. Par ailleurs, le contrat de concession n’était pas indexé sur l’évolution de l’inflation, ce qui représente une incongruité pour un marché prévu pour durer 11 ans. Autolinee Toscane a, en conséquence, fait face à une explosion de ses coûts, en particulier de carburant.

La société a dès lors réclamé, dès mars 2024, une renégociation des conditions financières à la région Toscane afin de revenir aux prévisions de résultat initiales. Il faut dire que, depuis la signature du contrat, le contexte a été fortement chahuté. Si la RATP a remporté ce marché dès 2016, la vingtaine d’exploitants locaux précédemment chargés des transports publics a multiplié les recours en justice : il a fallu attendre que ces procédures soient définitivement purgées, en 2021, pour que l’exploitation démarre. Entre-temps l’épidémie de Covid et la hausse des cours des matières premières ont changé l’équation, sans que le contrat avec la région soit amendé. Résultat, malgré le retour à de bons indicateurs de production, les comptes 2024 de la filiale italienne (pas encore arrêtés) ne se sont pas rétablis à un niveau suffisant pour le groupe français. L’exécutif toscan aurait donc accepté de recalculer les termes du contrat, en prenant en compte la hausse des prix des carburants notamment. L’accord que vient de décrocher Autolinee Toscane ne lui offrira pas un retour à l’équilibre dès cette année, mais réduira fortement ses pertes.

La RATP est, elle-même, sous pression pour sortir du rouge au plus vite, après avoir essuyé 109 millions d’euros de déficit en 2023 et 26 millions en 2022. Pour redresser la barre, Jean Castex a donné l’ordre de se désengager des diversifications risquées (taxis volants) et des marchés internationaux non rentables. La filiale RATP Dev s’est déjà séparée de l’activité de tramway à Alger en mars 2023 et elle est entrée en négociations exclusives avec le britannique FirstGroup pour lui céder ses bus à Londres. Cette dernière opération « permettra à RATP Dev de concentrer ses ressources sur sa stratégie de rail urbain, notamment sur les projets de métro automatique et de rail régional capacitaire, ainsi que sur les marchés où l’entreprise dispose d’une présence multimodale significative », avait indiqué le groupe. Bercy vient d’autoriser la cession pour un montant de 43 millions de livres sterling (52 millions d’euros). Les négociations devraient aboutir ces prochains jours.

Mais redresser définitivement le contrat toscan prendra du temps. Le sous-effectif a déjà été jugulé en 2024 avec plus de 1 000 conducteurs formés (pour atteindre 5 000 collaborateurs au total). Autolinee Toscane, qui a réuni à partir de 2021 les dépôts, les bus et les salariés de 22 opérateurs différents, a bouclé un vaste programme d’unification de la marque (« at »), de la billettique et de l’information voyageurs, avec une nouvelle application lancée en 2023. Les services ont aussi été refondus pour mieux correspondre aux flux de voyageurs selon les saisons (scolaire, domicile-travail, déplacements touristiques). La sécurité a aussi été renforcée avec l’équipement de 5 à 7 caméras par bus et un système de SOS directement connecté aux forces de l’ordre. Autolinee Toscane est ainsi revenue à une fréquentation correspondant à 94 % du niveau préCovid, alors que le transport par bus dans le reste du pays en est encore à seulement 80 %, selon des données internes. La société a aussi engagé le renouvellement progressif de la flotte, avec l’apparition de premiers bus électriques. D’ici 2032, ce sont 1 700 véhicules qui seront remplacés.