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Continuer la lectureAutomobile : État et entreprises planchent sur le nouveau contrat de filière
Bercy, les constructeurs et les sous-traitants se réunissent pour préparer le secteur au tout électrique. L’enjeu ? Sauver un maximum d’emplois.
Objectif : limiter une lourde casse sociale. Alors que la révolution électrique bouleverse la production automobile, la filière tricolore - 4000 entreprises, 400 000 emplois directs - tremble. Les industriels français doivent s’adapter, Bruxelles ne leur laisse d’ailleurs pas le choix - l’UE a acté la fin de la production en Europe de véhicules thermiques d’ici 2035 - mais ils font face à la concurrence féroce du leader Tesla et de nouveaux fabricants asiatiques, capables de sortir des modèles verts à moindre coût. Alors, pour éviter au maximum les pertes d’emplois chez les constructeurs mais aussi chez les sous-traitants, producteurs de pièces détachées et réparateurs, le secteur s’organise : selon nos informations, Roland Lescure, le ministre délégué à l’industrie, a réuni à Bercy l’ensemble des acteurs concernés et lancé les premières consultations pour aboutir à un nouveau contrat de filière pour les années 2023 à 2027.
Le projet est coordonné par la Plateforme automobile (PFA) dont le président, l’ancien ministre Luc Chatel, est aussi président du comité stratégique de filière. « L’objet est de faire un état des lieux et de définir les priorités face aux défis à relever pour les prochaines années », confirme-t-on à la PFA. Les ministères de la transition écologique et celui des transports sont aussi associés. Une grande réunion est prévue à l’automne pour tirer les principaux enseignements des groupes de travail. Avant une signature officielle, sous l’égide du gouvernement, avant la fin de l’année : le nouveau contrat succédera alors au document de 2018 qui actait le tournant de la décarbonation du transport automobile, avec l’ambition de quintupler les ventes de véhicules électriques en quatre ans.
Ce texte n’a rien d’insignifiant. Négocié avec les pouvoirs publics, il liste les engagements pris par les grands groupes français comme les PME pour atteindre des objectifs communs. « Le contrat de filière doit permettre un dialogue harmonieux entre tous les acteurs où qu’ils se situent dans la chaîne de valeur automobile, indique un participant aux négociations. Dans un contexte difficile, il est nécessaire de trouver des consensus pour que chaque métier se comprenne bien ». Une demi-douzaine de groupes de travail thématiques ont été mis en place. Leurs intitulés (« Gestion du parc et décarbonation du transport routier », « Soutenabilité de la transformation par les entreprises et le corps social »...) donnent le ton de l’urgence pour la filière française.
Il s’agit de limiter les sorties de route de centaines d’entreprises dont le modèle d’activité, fondé sur le moteur thermique, sera percuté. Car les voitures électriques comportent moins de pièces, s’usent moins vite, requièrent moins de réparations… « Avec l’électrification, il y a une baisse significative depuis 2019 des volumes, les réseaux vendent moins et les sous-traitants produisent moins de pièces, rappelle un ancien dirigeant de l’industrie. Cela provoque des conséquences sur toute la chaîne de valeur, les sous-traitants comme la distribution. Une casse sociale paraît inéluctable, mais une des réflexions à mener est de voir comment la réduire au maximum, notamment via l’investissement industriel et la formation. »
En Europe, « 500 000 emplois sont menacés dans le thermique (...) et les créations d’emplois dans l’électrique en compenseront moins de la moitié », mettait en garde l’économiste Élie Cohen dans une note du think tank Terra Nova. « On ne va pas baisser les bras et utiliser nos forces, ajoute un haut cadre de l’automobile. La France dispose d’atouts formidables : des produits de grande qualité technologique par rapport aux concurrents étrangers et une population d’ingénieurs très bien formés, capables de mettre en place des industries de rupture ».
Les industriels se félicitent chacun d’un gouvernement « à l’écoute » de leurs préoccupations. Mais beaucoup jugent qu’il a les mains liées pour empêcher la vague de véhicules électriques bon marché qui déferle de Chine. Plusieurs voient un bon exemple de réponse dans le programme américain de subventions massives à l’industrie verte que Joseph Biden a porté à plus de 470 milliards de dollars. « L’IRA préserve beaucoup de valeur et d’investissement sur le sol américain, l’Union européenne devrait avoir la même intelligence et proposer des incitations financières plus importantes pour les véhicules produits en Europe », met en avant un dirigeant. Qui ne se prive pas de réclamer que Bercy aille à Bruxelles plaider pour l’imposition de droits de douane ou de taxe carbone aux frontières de l’UE, sur les importations de voitures chinoises.