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Air France : le directeur « opérations aériennes » sur le départ

Le responsable de l’ensemble des opérations de vol de la compagnie aérienne, et membre du Comex, a fait part de son souhait de quitter ses fonctions. Cette décision intervient alors qu’une grogne s’est installée chez les pilotes sur la sûreté des vols et leur organisation.

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ED JONES / AFP

Son départ signe un certain malaise parmi les 4 000 pilotes d’Air France. Selon nos informations, Alexandre Blanc, le directeur général adjoint de la compagnie française chargé des opérations aériennes (OA) et membre du Comex, devrait quitter ses fonctions en avril, après quatre ans à ce poste. « Il a annoncé en interne son départ, indique une source interne. C’est un choix personnel, mais c’est aussi significatif de problèmes.  » Alexandre Blanc reste dans le groupe, mais abandonne son fauteuil de cadre dirigeant pour retrouver celui de simple pilote de ligne. « C’est un défi de gérer dans la durée une équipe de cette taille de pilotes en opération, et encore plus chez Air France, tempère un commandant de bord chevronné de la compagnie. Le poste est très exposé, un directeur des OA qui dure quatre ans, c’est déjà la fourchette haute ici.  » Interrogée, la compagnie aérienne confirme l’information. Un processus de sélection sera lancé mi-janvier pour trouver le nouveau DGA opérations aériennes.

Expert reconnu du pilotage des Boeing 777, les gros-porteurs engagés sur le long courrier, Alexandre Blanc a été nommé en 2021 à la tête des opérations aériennes, une fonction centrale qui fait le lien entre la direction générale et les représentants des personnels navigants. Son rôle ? Traiter les questions de formation des pilotes, conduire le management de ceux qui sont détachés au centre de contrôle opérationnel (CCO) et gérer le « dispatch », c’est-à-dire la préparation et le suivi des vols. Commandant de bord, Alexandre Blanc, a été instructeur à partir de 2011 sur Boeing 777 puis sur 787. Il a pris des fonctions d’encadrement à partir de 2018, d’abord au pôle Sécurité des Vols/Formation Boeing puis en tant que Chef pilote du secteur Boeing 777.

Son départ survient alors que plusieurs incidents de sûreté ont secoué dernièrement la compagnie française. Celui du « corridor irakien » a marqué les esprits : le 1er octobre dernier, en pleine attaque de missiles iraniens visant Israël, le vol AF662 reliant Roissy à Dubaï n’est pas dérouté alors que British Airways et Lufthansa ont déjà donné l’ordre à leurs avions de faire demi-tour. Résultat : les membres d’équipage ont vu les missiles balistiques depuis leur cockpit, selon LCI. Depuis, le SNPL d’Air France se fait le relais de la grogne interne. Le puissant syndicat des pilotes tonne : « une amélioration des process et un changement de culture sont exigés aux opérations aériennes, à la sûreté, au CCO, au hub et dans certaines escales, écrivait-il en décembre. La place du pilote et en particulier du commandant de bord doit être réaffirmée. (…) Cette demande est prise en compte au plus haut niveau de l’entreprise et commence à retomber en pluie fine dans tous les services.  » Selon plusieurs sources, le départ d’Alexandre Blanc serait une première conséquence du « ras-le-bol général » pointé par le SNPL.

À la suite de l’incident du 1er octobre, une enquête interne a été déclenchée par la direction pour faire la lumière sur le processus de décision et calmer les esprits. La publication d’un rapport définitif est attendue ce mois-ci. Il devrait reprendre dans les grandes lignes un texte préliminaire qui fait de premières recommandations d’une part sur le survol du Moyen-Orient dans la période actuelle de très fortes tensions dans la région et, d’autre part, sur le fonctionnement du service sûreté d’Air France. Selon nos informations, le rapport demande en particulier « une réévaluation de la pesée de poste des effectifs de la permanence sûreté », c’est-à-dire qu’il estime insuffisante les qualifications des agents. Pour y répondre, il juge nécessaires des formations supplémentaires et une sélection plus stricte de ceux qui ont la responsabilité d’évaluation des risques propres à chacun des vols. Le document pointe aussi un « suivi minimaliste » pendant la période de nuit (entre minuit et 5 h), « à un niveau jugé pas acceptable », cingle un cadre de la compagnie. Autre problème relevé : le processus de décision est jugé « flou » entre le CCO, le service sûreté et les Opérations aériennes, sur les responsabilités de chacun.

Conséquence : les pilotes d’Air France « n’adhèrent plus trop à leur encadrement Opérations aériennes, lâche un délégué syndical. Il y a une forme d’usure du pouvoir.  » Si beaucoup en interne reconnaissent les qualités humaines et professionnelles d’Alexandre Blanc, nombreux sont ceux qui remarquent « un management autoritaire ». Les pilotes font remonter qu’ils se sentent aussi peu soutenus par la direction des opérations aériennes face à un CCO qui met la pression pour éviter au maximum les annulations de vol. Beaucoup attendent une « nouvelle impulsion » de la part de la compagnie dirigée par Anne Rigail. « Ce départ est un soulagement même si on ne sait pas qui prendra le relais, conclut un pilote. Il y a un enjeu de changement de méthode pour la direction. »