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Continuer la lectureAir France : la concession à 18 millions d’euros de la direction au personnel au sol
Avec des résultats 2023 qui s’annoncent exceptionnels, le groupe aéronautique dirigé par Ben Smith lâche du lest. Dans le cadre des négociations annuelles sur les rémunérations, il a préféré clore un contentieux initié par le syndicat FO des agents de piste.
Pour les élus FO d’Air France, c’est une « injustice insupportable » vieille de 30 ans qui vient d’être levée. Les chefs d’escale, agents de piste et de maintenance de la compagnie aérienne seront désormais indemnisés au même niveau que les personnels navigants (pilotes, stewards et hôtesses) pour leur trajet domicile-travail. La direction a choisi d’inclure ce réalignement dans ses propositions pour les négociations annuelles obligatoires (NAO) pour 2024, selon nos informations.
Jusqu’à présent, pour un trajet quotidien de 50 km, ces salariés touchaient 233 euros par mois d’indemnités kilométriques véhicule (IKV) pour se rendre à l’aéroport où ils opèrent. Pour le même trajet, un collègue de l’équipe navigante (pilote ou hôtesse) percevait, de son côté, 435 euros d’indemnités kilométriques service (IKS), soit 48 % supplémentaires. Un gap important qui concernait beaucoup de salariés : compte tenu des horaires de travail souvent décalés, plus de 70 % des 22 000 effectifs au sol d’Air France choisissent ce système indemnitaire, en utilisant leur véhicule, plutôt que l’option du remboursement d’un abonnement aux transports publics (comme le Pass Navigo). Dès le 1er avril, le barème des IKV sera aligné désormais sur celui des IKS.
Depuis plus d’un an, cette remise à niveau entre les différentes catégories de salariés d’Air France faisait l’objet d’un bras de fer avec le syndicat FO d’Air France. Ce dernier avait porté plainte, en janvier dernier, devant le Conseil des prud’hommes de Bobigny. En septembre, Air France, dirigé par Anne Rigail, avait finalement préféré ouvrir une médiation, qui vient donc d’aboutir à un accord : le contentieux sera finalement éteint avec un règlement à l’amiable, contractualisé dans le cadre des NAO.
« Nous n’avons pas exigé la rétroactivité sur 30 ans de cette remise à niveau pour les personnels au sol, indique un élu FO. Mais nous avons tout de même refusé que l’écart soit réduit en trois fois, sur les années 2024, 2025 et 2026 comme le proposait la direction. C’était une exigence pour valider l’accord sur les NAO 2024. » La direction d’Air France a finalement accepté le paiement d’un rattrapage en une seule fois, dès cette année. Ce qui a permis que l’accord sur les NAO soit finalement signé, cette semaine, par 5 syndicats représentatifs sur 8. Le relèvement du calcul indemnités kilométriques des personnels au sol représentera une charge supplémentaire de 18 millions d’euros en 2024.
Le sujet était particulièrement délicat pour la direction, qui a engagé cet automne un important projet de transfert de ses vols domestiques d’Orly vers son hub de Roissy d’ici l’été 2026. Un changement majeur dans l’organisation de la compagnie tricolore dont les personnels au sol sont les premiers impactés. Des négociations particulièrement serrées sont en cours sur le sujet : plusieurs syndicats, dont la CFDT, réclament que les agents Air France à Orly ne souhaitant pas être transférés au nord de Paris puissent opérer les vols Transavia, la compagnie low cost du groupe Air France-KLM. Cette revendication reste toutefois difficilement acceptable pour la direction, puisque le modèle économique de Transavia s’appuie, notamment, sur le recours à des prestataires extérieurs pour les opérations au sol.
Dans ce contexte tendu, Air France a également lâché du lest sur les rémunérations pour 2024, alors que les NAO s’achèvent cette semaine, quelques jours avant la présentation, fin février, de résultats a priori historiquement bons pour le groupe. Après avoir proposé une augmentation générale des salaires de 1,6 %, la direction a musclé son offre à +2,5 % et proposé une prime annuelle rehaussée de 100 euros pour atteindre 1 500 euros brut. Au total, les rémunérations vont augmenter de 4,5 % en moyenne cette année pour les collaborateurs de la compagnie. Des discussions doivent aussi s’ouvrir prochainement concernant des mesures d’accompagnement spécifiques pour la période des Jeux Olympiques de Paris 2024, où une affluence exceptionnelle dans l’Hexagone est prévue.