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Continuer la lectureAir France : les vols intérieurs pourraient basculer d’Orly vers Roissy
Cette délocalisation permettrait de réduire les pertes des vols domestiques. Elle changerait aussi la vie de milliers de passagers et de plusieurs centaines de salariés de la compagnie aérienne.
Changement majeur en vue chez Air France ? Selon nos informations, la compagnie réfléchit sérieusement à transférer l’intégralité de ses vols domestiques d’Orly à Roissy. Sont en particulier concernées les « navettes », ces multiples liaisons quotidiennes entre la capitale et Nice, Toulouse et Marsei...
« C’est une question de timing, on s’oriente effectivement vers du tout Roissy pour les vols intérieurs tandis que la présence du groupe à Orly serait réduite à la seule compagnie low cost Transavia, nous confie un membre du conseil d’administration d’Air France-KLM. Les lignes Air France vers les territoires d’outre-mer ont déjà été basculées en double desserte Orly et Roissy, et Cayenne n’a déjà plus de liaison qu’avec Roissy. La logique est que les vols intérieurs suivent le mouvement. Il est absurde de laisser les personnels d’Orly dans l’incertitude plus longtemps ».
En interne, la direction ne cache d’ailleurs plus que le maintien de la base d’Orly pour Air France devient de plus en plus difficile. « Si vous voulez me faire dire que je vous conseille de ne pas investir dans l’immobilier au sud de Paris, effectivement je vous recommande d’y regarder à deux fois », avait prévenu la directrice générale de la compagnie française Anne Rigail lors d’un CSE en début d’année. « Chacun voit bien que l’avenir n’est pas florissant à Orly pour Air France, juge un proche du dossier. On peut le regretter mais c’est ainsi. Le chantier devrait être lancé d’ici la fin de l’année. » Différents scénarios sont sur la table. Avant de lancer le transfert, il faut déterminer la stratégie à adopter pour la desserte de la Corse, pour les navettes vers Marseille, Nice et Toulouse ainsi que leurs correspondances avec les territoires d’outre-mer.
Pour le groupe, l’objectif est clair : réaliser des économies drastiques sur un segment du court courrier qui n’a retrouvé que 75 % de ses recettes d’avant la crise Covid. « En 2019, nous perdions plus de 250 millions d’euros sur ce réseau point à point, indiquait fin septembre Anne Rigail au Figaro. Bien que nous ayons réduit nos capacités de 40 %, nos pertes restent conséquentes. » Limiter les foyers de pertes est d’autant plus nécessaire qu’Air France multiplie les investissements par ailleurs. D’une part, le groupe a signé une méga commande de cinquante avions long-courriers A350 (et 40 en option). De l’autre, il a investi 145 millions de dollars dans la compagnie scandinave SAS pour monter jusqu’à 20 % de son capital. Une participation à la privatisation du portugais TAP reste aussi d’actualité.
Mais abandonner Orly, aéroport historique d’Air France après 70 ans de présence, n’a rien d’évident. Le sujet sera d’abord social dans une compagnie où les conflits, plutôt maîtrisés depuis l’arrivée de Ben Smith en 2018, peuvent rapidement s’enflammer. En première ligne pour ce transfert, les 600 salariés au sol de la base Orly d’Air France, sur les fonctions de maintenance et d’aide à l’embarquement. Au nombre de 2000 il y a dix ans, ils se sont le plus souvent installés à proximité de l’aérogare, dans des communes de la banlieue sud de Paris et dans l’Essonne. « Pour être acceptable, le projet devra laisser le temps aux collègues de s’organiser pour effectuer ce transfert, difficile à accepter pour certains, prévient un responsable syndical. Le nombre d’années de préavis qu’ils auront pour gérer leur mobilité sera âprement discuté avec la direction. Ce n’est pas l’année prochaine qu’Air France quittera Orly. »
D’autant que le groupe fait aussi face à un autre impératif, technique celui-là : ne pas laisser ses créneaux à Orly à la concurrence. Le principe serait de transférer les droits acquis par Air France à la compagnie low cost du groupe Transavia. Positionnée sur les liaisons européennes, celle-ci connaît une forte progression qui lui permet d’espérer atteindre l’équilibre dans un avenir proche : elle n’enregistrait « plus que » 104 millions d’euros de pertes en 2022, pour un chiffre d’affaires de 2,2 milliards d’euros. « Le problème est que Transavia a connu une forte croissance de son trafic ces dernières années, passant de 38 avions avant 2020 à 71 aujourd’hui, rappelle un délégué syndical. Aura-t-elle la capacité à absorber très rapidement une nouvelle phase de croissance qui la ferait encore doubler de taille ? » Là encore le transfert des créneaux pourrait s’étaler sur plusieurs années.
La compagnie low cost est en tout cas une partie de la solution. Le syndicat CFDT plaide pour que, à Orly, ses avions soient à l’avenir opérés par les personnels d’embarquement ou de maintenance affectés aujourd’hui à la flotte court-courrier d’Air France. Ce qui permettrait de résoudre une partie de la question de la mobilité des salariés qui ne souhaitent pas rejoindre Roissy. « Les avions du groupe doivent être traités par les salariés du groupe », martèlent les représentants du syndicat. Mais c’est en ayant recours à des prestataires extérieurs d’assistance aéroportuaire que Transavia réussit à rester compétitif face aux concurrents Easyjet, Ryanair ou Vueling. « Il y a matière à négociation si on veut maintenir l’emploi, insiste un délégué CFDT. Les pilotes d’Air France ont bien accepté de piloter des avions Transavia au prix d’aménagement sur le temps de travail. Pourquoi les mêmes aménagements ne seraient pas possibles pour les personnels au sol ? »