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Continuer la lectureAir France-KLM : la succession d’Anne-Marie Couderc lancée
Les premiers entretiens se sont tenus cet été pour dénicher la perle rare qui prendra, au printemps prochain, la présidence du conseil d’administration du groupe.
C’est un des postes les plus prestigieux de la place de Paris mais aussi un des plus politiques. La présidence du conseil d’administration d’Air France-KLM est remise en jeu, alors qu’Anne-Marie Couderc doit quitter son fauteuil au printemps 2024. Selon nos informations, le processus pour identifier son successeur a démarré peu avant l’été, avec un mandat confié à Sylvain Dhenin, associé star du cabinet de chasse Heidrick & Struggles. C’est lui qui avait réussi à convaincre Ben Smith, il y a cinq ans, de quitter son siège de directeur général adjoint d’Air Canada pour devenir DG du groupe franco-néerlandais, en grande difficulté à l’époque. Mais cette fois, le limier n’est pas seul sur le dossier : signe que la fiche de poste est compliquée, la compagnie a récemment mandaté un deuxième cabinet pour trouver le président idéal. « Nous souhaitions avoir la vision la plus large possible », explique une source au fait du dossier.
Plusieurs « prospects » ont déjà été approchés, a appris l’Informé, et des premiers entretiens ont été menés. Quelques contacts informels auraient même été initiés avec les administrateurs du groupe qui siègent au Comité de nomination et de gouvernance. Cette instance, présidée par Anne-Marie Couderc, est aujourd’hui composée du néerlandais Alexander Wynaendts et de May Gicquel, directrice de participations Transports à l’Agence des participations de l’État (APE). Celle-ci a remplacé cet été Jean-Dominique Comolli, dont le mandat arrivait à terme. Selon plusieurs sources, le processus de sélection n’y est pas piloté par Anne-Marie Couderc elle-même, mais par Alexander Wynaendts.
La difficulté à trouver le « mouton à cinq pattes », en pleine zone de turbulence Covid qui plus est, a déjà fait reculer le conseil d’administration deux fois. En 2020 d’abord, puis à nouveau en fin d’année dernière : atteinte par la limite d’âge, l’ex-ministre chiraquienne, âgée de 73 ans depuis le 13 février dernier, avait obtenu un report d’un an. À seulement quelques semaines de sa date anniversaire, en décembre 2022, le conseil a choisi d’autoriser « le président du conseil d’administration à continuer d’exercer ses fonctions jusqu’au terme de son mandat lorsqu’il est atteint par la limite d’âge », fixée à 72 ans. Administratrice depuis 2016 et présidente depuis l’inattendue démission de Jean-Marc Janaillac en 2018, Anne-Marie Couderc quittera son poste en juin prochain, à l’issue de l’assemblée générale devant statuer sur les comptes 2023.
« Le report d’un an de son départ convenait à tout le monde, et en particulier à Ben Smith, qui a pris l’habitude de travailler de manière extrêmement fluide avec elle, affirme un proche du groupe. Lui se concentre sur la gestion opérationnelle et les relations sociales, quand elle gère le volet politique : les relations avec l’État et avec la partie néerlandaise. » Un avis partagé par cet administrateur : « c’est elle qui l’a introduit dans le milieu politique français et lui a ouvert les portes. Au travers des crises du Covid et avec l’État néerlandais, ils ont établi une relation de grande confiance. »
« S’il n’y a qu’une seule condition à remplir pour devenir président, ce serait de bien s’entendre avec Ben Smith, avance, sans plaisanter, un bon connaisseur du groupe. C’est d’ailleurs lui qui choisira en dernier ressort le nom qui sera proposé aux administrateurs et à Emmanuel Macron ». L’État français, premier actionnaire du groupe avec 29 % du capital, conserve une voix prépondérante sur les évolutions stratégiques. « Idéalement, il faut une personnalité avec, à la fois, l’expérience de la direction d’une grande entreprise et une bonne connaissance du fonctionnement de l’État, juge un administrateur. Elle devra être bien connectée avec l’exécutif, où Ben Smith n’a pas développé de relais. Ce serviteur de l’État ne doit pas non plus avoir trop d’ego pour ne pas faire d’ombre au directeur général… » Pour ne rien arranger, il devra aussi accepter une rémunération qui ne dépasse pas (aujourd’hui) 200 000 euros, pour un poste très exposé.
De son côté, l’État français, actionnaire de référence, préférerait que le successeur d’Anne-Marie Couderc soit une femme, afin de ne pas dégrader la parité, récente, au sein des instances dirigeantes du SBF 120. Une position soutenue par le groupe européen qui veut éviter que la proportion d’administratrices au conseil ne descende sous le seuil de 40 %. La nationalité française est aussi requise, le directeur général étant déjà un citoyen étranger. Les administrateurs hollandais, représentants de l’État néerlandais et des salariés de KLM, ont fait savoir, de leurs côtés, que le successeur devrait maîtriser l’anglais. Tous s’accordent par contre pour souhaiter un président âgé au maximum d’une petite soixantaine d’années, afin de pouvoir assurer au moins deux mandats à la tête de la compagnie franco-néerlandaise. Dernier impératif : ne pas se heurter avec les dirigeants de l’armateur CMA CGM, entré à hauteur de 9 % du capital du groupe en mai 2022 pour associer leurs opérations dans le fret aérien. Le candidat devra être compatible avec le représentant de Rodolphe Saadé au conseil, Ramon Fernandez, un ancien directeur du Trésor passé par le cabinet de Nicolas Sarkozy.
Un profil semble cocher toutes les cases, celui de Florence Parly, l’ex-ministre des armées d’Emmanuel Macron jusqu’en 2022. Un temps pressentie, cette proche de l’Élysée a finalement vu sa candidature reportée l’année dernière. La raison ? Selon plusieurs sources, elle n’aurait pas laissé que de bons souvenirs lors de son passage chez Air France de 2006 à 2014. Elle a eu la responsabilité de plusieurs dossiers difficiles comme la réduction de la flotte d’avions cargo, dont les pilotes de la compagnie lui tiennent encore aujourd’hui rigueur. « Sa nomination comme présidente du groupe au printemps prochain pourrait provoquer quelques remous en interne, il serait étonnant que l’État choisisse une stratégie de tension à quelques semaines des JO » de Paris 2024, remarque un représentant syndical.
Autre difficulté pour Florence Parly : elle a interdiction de défendre d’éventuels dossiers auprès de ses anciens collègues encore au gouvernement, a décidé la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) dans un avis qu’elle avait elle-même sollicité. « Pendant encore deux ans, elle ne peut pas défendre le groupe auprès de l’actuel ministre de l’économie, Bruno Le Maire, alors qu’avoir de bonnes relations avec Bercy est une priorité absolue du président d’Air France-KLM », remarque un administrateur. Malgré toutes ces embûches, Florence Parly reste néanmoins candidate. Celle qui est aujourd’hui administratrice d’Ipsos, d’Eutelsat et présidente du Cnam « a bien été reçue dans le cadre du processus, confirme une source au fait du dossier. Il y a d’autres candidats en lice. Ou plutôt d’autres candidates, ce sont principalement des femmes qui ont été auditionnées ».
Contactés, Florence Parly et Heidrick & Struggles n’ont pas souhaité commenter nos informations.