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Tech - Télécom

Victime des difficultés d’Altice, Netceed se dirige droit vers une lourde restructuration

Ce distributeur de matériel télécoms avait été racheté près de 2 milliards d’euros par Cinven il y a trois ans.

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Petra Nowack / penofoto.de - stock.adobe.com

La pression s’accentue sur Netceed et ses 2 000 collaborateurs. Ce distributeur français de matériel pour la maintenance et la gestion des infrastructures télécoms, historiquement connu sous le nom d’EuroTechnoCom, est confronté à des difficultés financières croissantes, trois ans seulement après son rachat par Cinven. Tout avait pourtant bien commencé. En 2022, le fonds d’origine britannique s’imposait dans le cadre d’une enchère animée par Goldman Sachs, face à Brookfield et PAI Partners, en acceptant de valoriser le groupe pas moins de 2 milliards d’euros ( soit plus de 10 fois l’Ebitda de l’époque). Une juteuse opération pour Carlyle, le précédent actionnaire de référence, qui l’avait repris trois ans plus tôt pour quelque 500 millions d’euros.

Netceed a alors connu son heure de gloire, dopé par la croissance de son principal donneur d’ordre, Altice, qui a notamment profité du plan « France Très Haut Débit » visant à couvrir l’ensemble de l’Hexagone en fibre optique d’ici 2025. Mais aujourd’hui, la maison mère de SFR a perdu de sa splendeur et a été contrainte d’opérer une restructuration colossale de sa dette. Avec Netceed comme victime collatérale, l’empire chancelant de Patrick Drahi représentant 20 % de son activité. L’an dernier, la participation de Cinven a vu sa dette nette frôler 2 milliards d’euros. En parallèle, son flux de trésorerie d’exploitation a sombré dans le rouge à -75 millions, tandis qu’il ne restait en caisse que 80 millions à fin septembre, la ligne de crédit revolving de 230 millions ayant déjà été entièrement tirée.

Selon S&P, l’Ebitda ajusté serait de 120 à 125 millions d’euros en 2025, pour un ratio dette nette/Ebitda stratosphérique, compris entre 15 et 19 fois l’excédent brut (selon l’exclusion ou non des preferred equity certificates). Même si aucune échéance majeure n’est attendue avant 2029, la structure du capital est jugée par l’agence de notation comme « insoutenable ». Pour tenter de redresser la barre, le groupe créé il y a 30 ans par Cédric Varasteh (un proche d’Armando Pereira, l’ancien numéro 2 d’Altice) a fait appel aux services de Rothschild & Co, a appris l’Informé. La banque d’affaires travaille notamment à la vente du pôle « Energie » d’Amadys, une entreprise allemande que Netceed a rachetée à Equistone Partners Europe il y a deux ans. Le périmètre en question génère 140 millions d’euros de chiffre d’affaires pour une marge à deux chiffres. Sa cession pourrait donc lui permettre de récupérer entre 150 et 200 millions… sachant que les intérêts de sa dette lui coûtent actuellement près de 200 millions par an.

Une multitude d’établissements figurent parmi la liste des prêteurs de Netceed, dont Credit Suisse, BNP Paribas, Crédit Agricole CIB, Barclays, mais aussi Bank of Ireland, Mizuho, Mitsubishi UFG, Standard Chartered. « Une restructuration s’impose et les banques vont nécessairement demander à Cinven de remettre au pot pour partager l’effort », estime un proche du dossier. L’actionnaire majoritaire, sollicité par nos soins, n’a toutefois pas précisé s’il comptait le faire. Son engagement financier initial n’est déjà pas négligeable. Détenteur de plus de 50 % du capital, il aurait investi entre 500 et 600 millions d’euros, aux côtés de Cédric Varasteh (près d’un quart du capital), de Carlyle (10 à 15 %) et de Brookfield (Cinven ayant accordé un peu moins de 10 % au fonds canadien en raison de son intérêt pour l’entreprise).

Netceed, dirigé par l’ancien vice-président de CommScope Alper Turken depuis l’an dernier, a aussi pâti d’une instabilité de ses équipes de direction. L’ancien patron d’Amadys, Hein Wilderjans, est parti en 2024, tout comme plusieurs fidèles du fondateur. L’année dernière a d’ailleurs été mise sous le signe d’importantes réductions de coûts en Europe, proposée par AlixPartners. Une mission qui a abouti à une réduction de près de 20 % des effectifs, soit près de 200 départs dans la zone. Le vieux continent continue pourtant d’être le fer de lance du groupe, avec près de 700 millions de chiffre d’affaires enregistrés, contre 300 aux Etats-Unis. Un déséquilibre qui ne devrait pas se résorber facilement étant donné les retards constatés l’an dernier dans le déblocage des fonds du programme BEAD - un plan à 42 milliards de dollars destiné à développer le très haut débit dans le pays. En janvier, l’administration Trump a d’ailleurs suspendu le financement du plan.