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Continuer la lectureLe président de la CFE-CGC d’Orange averti par la DRH pour son comportement. Partie 2
Au terme d’une enquête interne de plusieurs mois, Sébastien Crozier s’est vu signifier un avertissement disciplinaire de la part de la direction des ressources humaines du groupe. Une dizaine de salariés s’étaient plaints. Deuxième volet de nos investigations.
Pour un élu du personnel à l’avant-garde du combat contre le harcèlement moral chez Orange, qui plus est président de son principal syndicat, l’affaire est pour le moins embarrassante. Selon nos informations, plus de dix signalements de salariés ont été enregistrés en 2024 sur la plateforme interne d...
Ce dossier est très sensible pour Orange car en plus d’être le représentant du syndicat le plus puissant en interne, Sébastien Crozier est administrateur représentant du personnel. L’audit de la DRH a donc été confié à un cabinet extérieur, Empreinte Humaine, en raison du statut de salarié protégé de l’accusé. Selon nos informations, sa conclusion a conduit la direction à lui infliger, il y a peu, un avertissement disciplinaire en raison de propos humiliants et vexatoires tenus en public contre des collègues. Plusieurs plaignants, nous ont d’ailleurs confirmé avoir subi ce genre de traitement mais veulent rester anonymes par crainte de mesures de rétorsions en prenant la parole publiquement.
Ce n’est pas la première fois que la méthode Crozier est critiquée. En 2010, neuf militants CFE-CGC avaient alerté la direction de l’opérateur, l’inspection du travail et le président national de la confédération des cadres de l’époque, Bernard Van Craeynest, de « risques psychosociaux » dus à « la direction du syndicat » chez Orange. Aucun des trois n’avait donné suite. En 2013, Jean-Yves Claret, ex-délégué syndical central adjoint et membre du conseil d’administration de la CFE-CGC du groupe, a porté plainte au pénal contre Sébastien Crozier pour « harcèlement moral ». La plainte a été classée sans suite par le parquet en 2017 puis la procédure a été relancée lorsqu’il s’est ensuite constitué partie civile. « Je l’ai abandonnée depuis mais je peux témoigner que j’ai été harcelé avec le retrait de tous mes mandats pour avoir défendu la branche fonctionnaire », nous précise-t-il.
Interrogé par Capital en 2013 à ce sujet, Sébastien Crozier avait contesté toute pression vis-à-vis de Jean-Yves Claret, et tout lien de subordination avec lui. Enfin, en 2021, une nouvelle plainte contre le président, toujours pour « harcèlement moral » et « entrave à la liberté d’expression et de réunion », a été déposée par Amaury Franchette, ancien délégué syndical coordinateur qui avait tenté de postuler à la présidence de la CFE CGC d’Orange en 2022 (cf. Partie 1). La procédure est toujours en cours. Il avait aussi saisi la DRH de l’opérateur qui n’avait pas donné suite.
Incontournable, le président de la CFE-CGC a entretenu des liens étroits avec le PDG du groupe jusqu’en 2022, Stéphane Richard. L’élu ne manquait jamais de saluer publiquement son bilan, vantant le retour de la paix sociale à la suite de la crise des suicides de 2006 à 2011. Un soutien de poids. Ces bonnes relations ne sont pas interrompues jusqu’à aujourd’hui. En novembre 2024, dans une lettre anonyme « signée Furax » et largement diffusée en interne, un corbeau y a révélé que Sébastien Crozier était actionnaire d’une start-up au côté de l’ancienne direction (l’ex-PDG et l’ex-DRH Bruno Mettling…). Ripple Digital a été fondée par une ex-déléguée de la CGC d’Orange, Christel Clamouse, comme l’a révélé le Monde. « Certes, on peut s’étonner de voir d’anciens membres de la direction côtoyer des élus et alors ?, s’était défendu Stéphane Richard auprès de l’Informé. Je peux vous dire que nous avons eu des désaccords et des prises de bec avec M. Crozier par le passé. Mais là, il s’agit d’un projet qui nous a séduits, porté par une personne que nous connaissons et dont les compétences sont reconnues. J’ai beaucoup d’admiration pour son parcours et son profil atypique de salarié et d’entrepreneur. »
Depuis le départ du PDG, les relations sont plus électriques entre le boss de la CFE-CGC et le duo à la tête de l’opérateur, composé de la directrice générale, Christel Heydemann, et du président, Jacques Aschenbroich. « Il est en conflit avec eux depuis qu’il a brigué la présidence d’Orange (en 2022 ndlr), dévolue finalement à Jacques Aschenbroich », souligne Philippe Vidal, élu CFDT. Un message posté sur LinkedIn en octobre dernier par le compte de la CFE-CGC a embrasé encore davantage les esprits. Ce post critiquait la direction et ses pratiques décrites comme discriminatoires et révélait des éléments de la vie privée de Jacques Aschenbroich, comme l’a dévoilé le Monde. Orange, son président et son DRH Vincent Lecerf ont porté plainte contre X pour diffamation publique envers un particulier le 19 novembre. Interrogé à ce sujet, un porte-parole de la société estime ce message posté sur le réseau social professionnel comme « discriminatoire et accusait les plaignants [Jacques Aschenbroich et Vincent Lecerf] de comportements homophobes, voire constitutifs d’infraction pénale. Ces propos ont depuis lors été retirés de LinkedIn. Le groupe Orange est fier de ses valeurs d’inclusion et ne permettra pas de propos diffamatoires à l’encontre du groupe ou de ses représentants. »
Contacté, Sébastien Crozier n’a pas répondu à nos sollicitations.